Hawad : Figure emblématique du Peuple touareg

Dépossédé de son territoire, le Peuple Touareg est aussi dépossédé de son écriture le tifinagh, de sa langue le tamasheq. 

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Hawad

" Le Peuple Touareg a toujours exercé une sorte de fascination sur les sociétés européennes et sur la nôtre en particulier. A l'heure où il n'apparait à l'écran que pour meubler des heures d'antenne inoccupées par les aléas d'une course assourdissante et meurtrière qui a l'insolence de vouloir commémorer leur grandeur passée, il est bon de rappeler qu'il s'agit avant tout d'un Peuple et d'une culture en perdition dont Hawad est un des porte-paroles."

Extrait de     No Pasaran

" Désormais, une réalité agressive et incontournable se substitue aux images poétiques passées de la guerre d'honneur et de l'amour courtois. Avec les siens, Hawad vit les entraves qui enserrent de plus en plus le nomadisme, l'étranglement des espaces, le durcissement des frontières qui déchiquètent le pays touareg entre plusieurs nations, l'interruption des caravanes, la dissolution des échanges et des solidarités. Il connaît l'irruption brutale du modernisme et de la logique des technocrates sédentaires. "

Hélène Claudot-Hawad :  Caravane de la soif Hawad

" Au cours de son histoire, la société touarègue a commencé par endurer l'offensive islamique qui l'a profondément affectée jusque dans ses mythes fondateurs. Elle a ensuite connu les assauts de la colonisation occidentale. Dans le même temps, la mécanisation des moyens de transports entraînera l'abandon des pistes du désert. (...) Cette société, comme celle des autres peuples dont le système social n'est pas rentable pour le libéralisme, est condamnée à disparaître. "

No Pasaran

Hawad encre

" Pour le nomade, la pensée n'existe qu'en marchant ou en chantant ; et tout ce qui est nomade doit être soit chanté, soit marché pour être vraiment tel. "

Le coude grinçant de l'anarchie (extrait)

" Ce livre, avant d'être écrit, a d'abord été chanté entre les cimes de l'Atlas et de l'Anti-Atlas, puis sur les vieux toits d'Aix. Je l'offre et le chanterai à tous les Imazighen et à toutes les femmes et tous les hommes, tous les enfants et les vieillards qui n'acceptent pas de se soumettre à l'autorité qui mutile, fut-elle celle de leur père et de leur mère. "

Avant-hier comme hier, / ils sont venus du Levant  / et d'autres sont apparus / sous l'étoile du Nord / Ils nous ont envahis / par le Coran et l'épée / par l'Évangile et le fusil / et sur leurs visages s'étalaient / la faim et la frustration. / Hier comme aujourd'hui, / ils crient dans mon thorax :  / Indigène  amazigh / c'est ici que tu mourras, / sous les écrits de notre Dieu / et sous les rayons laser de notre civilisation. "  

le coude grinçant

Les passeurs de Crépuscule (extrait)

Depuis trente six ans je veille / sur le sillage des combattants / qui ont pavé les champs de bataille / balisés par la pierre / du non-retour / j''ai pris la plume comme un fusil / et l'encre comme le tartre de la mort / Ainsi ai-je épuisé le vent / et toutes les passerelles de la métaphore / j'ai décortiqué la graine des mots / j'en ai écorcé le son pour qu'ils deviennent galets / munitions de paradoxes / dépouillés du tanin des sens / butoirs / sur lesquels je trébuche / et s'émousse ma vue / Est-ce dans la lie de mon esprit / que j'ai nagé / jusqu'à écraser mon regard / sur le marc de la réalité ? / Ou est-ce les débris du souvenir / qui m'ont dévidé dans cet abîme noir de la conscience ? / La conscience d'être condamné / épave ombre touarègue / fantôme de sa propre âme / traversant les vertiges / et les clignements du crépuscule / Une épave, dis-je, une ombre / fantôme de sa propre âme / O tourne-tête sans appui / autre que latemujaghal / tempête de cimes d'orgueil / auquel personne aujourd'hui ne croit  / pas même ceux qui ont tété / la moelle épinière de son échine / bosselée par les résistances / aux temps / Chaque jour du présent est  / comme chaque jour de la veille sans horizon

Entorse et chagrin / nous sommes l'orgueil du voyage / Du levant au couchant / nous avons traîné l'alphabet millénaire / et tatoué le désert / du crépuscule à / Voilà qui je nomme / les passeurs de crépuscule / Si vous aussi avez des brumes / à traverser au-delà des cauchemars / alors prenez la route avec nous / Ne craignez pas les crépuscules / nous avons avalé mille lames de l'horizon / sur l'aiguille des saisons / et avons mâché multitude d'étoiles / Orions des époques

Ceci est le gémissement éteint / de l'enfant touareg que le rot d'un canon a vissé / sur les vertèbres de sa mère / S'emmêlent les amarres / et s'entrecroisent les paysages et se tassent les horizons / et sont piétinées les étoiles / Entre l'ennemi et l'ami / plus de distinction / entre le veule et le brave / plus de séparation / O vertiges / jument des nausées / Dans quelle époque / quel marécage-purin / de chiens et de phacochères / dansons-nous / au pas de canards constipés.

Copyright © Hawad   La République des Lettres

Voix solitaires sous l'horizon confisqué  

Les voix de l’ombre

L’idée de ce livre est née précisément de la distorsion observée entre les commentaires publiés depuis l’insurrection touarègue de 1990 par les grands organes de diffusion médiatique et, par ailleurs, les points de vue des autres acteurs sociaux concernés, ceux qui n’ont pas trouvé le moyen de faire entendre leur opinion au monde extérieur. L’histoire ne peut se construire, comme l’écrivait l’ethnologue américaine Lina Brock (1990 : 72), qu’en « rassemblant les récits qui représentent des prises de position importantes dans une société donnée – (ou dans les) différentes sociétés en présence – » afin d’ « entendre non pas une seule voix mais la conversation à laquelle ces voix prennent part. »

Hawad

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chef touareg  michèle ludwiczak

Testament nomade 

Et les camions jetèrent le peuple / du turban et des transhumances / au large du désert / où aucune larme de rosée n'amadoue / la langue de la soif / Alors le monde civilisé mit un bandeau de ténèbres sur ses prunelles / et de l'étoupe dans ses oreilles / comme si tous les vents et tous les souffles / de l'univers n'avaient jamais gémi  / de la douleur  et du chagrin / de la veuve Tayort. "

journal en tifinagh