hawad

HAWAD : Touareg, poète, peintre, calligraphe ...

Hawad est originaire du massif de l'Aïr dans le Sahara central. Enfant, il reçoit une éducation traditionnelle "dans la tente de sa mère" et rencontre, très jeune, des groupes de soufis itinérants.

furigraphieFurigraphie

Avant tout héritier d'une culture nomade, Hawad nous livre une expérience et une vision du monde bâties sur des notions qui traduisent toutes le mouvement, la mobilité, l'itinérance des choses et des êtres, voyageant entre les points fixes que représentent l'eau et l'abri.

Furigraphier le vide  Hélène Claudot-Hawad

Pour exprimer l'indicible et briser le champ clos des mots, il développe une calligraphie originale créée à partir des tifinar.

notes parues dans Yasida

oeuvre hawad

œuvre de Hawad

Cosmogonie touarègue

Dans la cosmogonie touarègue, tous les éléments, les êtres les choses, les moindres particules, sont perçus en mouvement, engagés dans un itinéraire cyclique, rythmé par des étapes successives.

Ainsi les nomades, en arpentant les sentiers ne font que mimer la marche du monde qui s'organise autour des points fixes que représentent l'eau et l'abri.

L'achèvement d'un trajet marque le début d'un autre cycle, dans une spirale ascendante qui conduit à la fusion avec l'Univers, à la désintégration de soi dans le flux cosmique, à l'harmonie absolue, au vide ou au néant.

Le terme qui désigne la cosmogonie « telletamete » provient de la racine « ellemi » qui signifie se répandre et implique la notion du flux continuel et du mouvement perpétuel.

L'univers est conçu comme un emboitement des mondes jusqu'à l'infini, contenu lui -même dans des infinis, à leur tour parties d' une infinité d infinis.

Abass Adando

Hawad : Caravane de la soif

Ces gémissements, paroles de fièvres embrasées devant la source tarie, je les dédie à Tellent, aux mirages vagues de dune, à l'errance du vent, au concert du silence et aux oreilles de l'oubli, seule étoile de ma caravane divaguant à travers les tempêtes qui ont brisé la charpente constellée des tentes nomades.

tareyit

tareyit  A. Tambo

Le nomade

Il est enturbanné de soleil / vêtu d'une robe de scorpions / chaussé d'épines / Il s'appuie sur la vipère fourchue / Il a domestiqué l'essuf / La mort s'écarte de son sentier /

Devant lui les montagnes de feu s'effondrent / Derrière lui le tapis de la terre s'enroule

Son chemin est tracé par la soif / comme le jet ébloui de l'étoile filante / au-delà des abîmes / son appui murmure sans rêve / Toi crête de l'univers / sois cheville / et tête de la pyramide

Hier l'armée d'acier a brûlé sa tente / La sécheresse a balayé ses enclos

Sa femme est au puits / drapée de chiffons gris / grimaçante sinistre / visage enduit de cendres / tresses dénouées / veuve fantôme

Ses enfants plient genoux / dans les marécages du venin / Creux de la famine / Entraves de la misère / Couche galeuses / Couvertures de vermines

Pâturages champs clos / Tornades de fumées / Ses chemins s'entassent dans les filets cloutés / mis en cellule / boîtes de conserve

Le nomade entre dans la cité / pour acheter trois mesures de blé / Ceux qui vénèrent le béton / lui crachent au visage / lui jettent dans le dos / les os de ses moutons / Hurlements de la ville / Soit maudit nomade / renard voleur pillard traître / sauvage compagnon de l'araignée / frère du chameau

Il quitte le marché / pour les étoiles / indifférent exalté / il n'entend que le son de ses pas / poussière qui l'enveloppe / violon qui harmonise / en un seul son / le passé et le futur / boucle inondant l'instant présent

Au-delà de ce temps / il regarde / et accompagne le jet des âmes / qui débordent la vie / pour la tente d'Inta / et l'aridité d'Abat / où l'existence devient mousse de lumière / dans l'océan des mirages miroirs

Il retourne à ses plaintes en chantant / mélodie de l'errance

A celui qui ne crache pas sur le déshonneur / demain les contraintes crèveront les yeux / Pour qui ne s'est pas délié / des chaînes de la servitude / les nœuds ne se démêleront pas / qui attachent la trousse des délices / de la graine étincelle

Hawad

tanezruft

tanezruft A. Tambo

Exil

L'exil m'érode, tige dans la tempête de dune / Les vertiges, nausées du sevrage, me renversent / chiffon que le vent agite / sur les piquets des campements désertés / Le parfum de la nostalgie m'étouffe / comme un enfant entraîné par le reflux des vagues / Le soleil dessèche mon cœur / Mes yeux sont tannés par le regard de l'étrangeté / grimaces de fantômes / Les soucis ont creusé mes tempes / des rivières, marques de la vie / rides d'une pastèque abandonnée / sur les pas de la caravane / qui relie Ghadamès à Tombouctou / Mes souvenirs sont figés dans les mirages du temps / Aujourd'hui, des milliers de milliers d'étapes / vallées de vipères, falaises de fumées-ténèbres / me séparent des campements de jadis / où les corbeaux ont dévoré les rayons de la vie nomade

L'exil me noue comme les cordes de marins

L'angoisse m'élime en une aiguille de douleur

Des années et des années sont passées / Je suis la trace de mes rêves / Tant de nuits ont coulé derrière moi / Je danse dans les flammes

J'ai goûté la sève des fruits de tout l'univers / les parfums de toutes les fleurs / menthe, jasmin, grenadier / fraîcheur du palmier / jardins, ombres des palais / mosquées du lointain orient

J'ai écouté l'écho des larmes / métissage de tous les accords / Je me suis bercé à toutes les aurores-balancelles

Mais rien n'a adouci mes gémissements

J'ai dit / Où sont les tentes de jadis / imprégnées de l'indigo d'ahal ? / Où sont les tentes d'autrefois / ouvertes vers l'horizon des étoiles / le désert de la liberté errante ? / Où sont les saisons de la transhumance / Cours d'amour et de beauté ? Où sont les plaines de mirages / où pâturent les jeunes chamelles / aux gazelles mêlées / gardées par des garçons / tresses serrées dans la ceinture

O jusqu'à présent, j'entends les cris de joie / des braves guerriers / Je vois encore dans le soleil couchant / la silhouette des antilopes au cou élancé / les maîtresses de l'ahal / Sourire de la lune

Kha ! caresse fine des doigts / sur le violon de l'honneur / qui nous allie au toit des constellations / hors du temps

Khay ! Mes brûlures n'ont pas de remède / car mes rêves sont emportés / dans les tourbillons d'acier / des machines-dragons / entre la patte des hyènes

Quelle erreur de confier le gouvernail / du vaisseau de la vie à des épouvantails / qui le font dériver dans la tempête

Nous emporterons l'étincelle de cet exil / jusqu'au trône des galaxies / au royaume des éclats qui plongent / dans les océans de lumière / Car la douleur de notre exil se confond / avec celle des gémissements de l'âme / voyageuse / des corps-pierres jusqu'à l'absolu

Hawad

mounin

moun in A. Tambo

Au fils du nomade

Chausse tes sandales / et foule le sable / qu'aucun esclave n'a piétiné / Éveille ton âme / et goûte les sources / qu'aucun papillon n'a frôlées / Déploie tes pensées vers les voies lactées / dont aucun fou n'a osé rêver / Respire le parfum des fleurs qu'aucune abeille n'a courtisées / Écarte-toi des écoles et des dogmes / Les mystères du silence / que le vent démêle dans tes oreilles / te suffisent / Éloigne-toi des marchés et des hommes / et imagine la foire des étoiles / où Orion tend son épée / où sourient les Pléiades / autour des flammes de la Lune / où pas un Phénicien n'a laissé ses traces / Plante ta tente dans les horizons / où aucune autruche n'a songé à cacher ses œufs / Si tu veux te retrouver libre / comme un faucon qui plane dHawad
ans les cieux / l'existence et le néant suspendus / à ses ailes / la vie la mort

Hawad

Issa

Rhissa RHOSSEY

NOMADES

Hier encore / Ils comptaient les étoiles / Ils avaient tout le temps / et tout l'espace / Solitaires et libres / N'écoutant que l'écho de leur voix /

Aujourd'hui / Contrariés / leur lourd voile / obstrue leur regard / Et ils ne peuvent compter les étoiles / Pourtant encore, ils rêvent / Leurs rêves lumineux / Comme la voix lactée / Est en suspend dans le chant / Des canons

Leur mouvement pris en otage / Dans le filet des frontières / Héritier d'une époque / Sans gloire/ Les fils du vent et des étoiles / Font du Silence et de l'oubli / Leur triste mélodie

 

Pas de nom

PAS DE NOM

Non, frère d'outre-mer / Surtout pas de nom / Je ne suis pas le fils / Du vent et des nuages / Je suis le fils de la fange / De la fange stérile et rouge / Sables, montagnes et pierres / Je suis le fils de la terre / Maternelle / Silence, oubli, mépris / Je suis l'enfant des douleurs / Éternelles / Non,frère, je ne suis pas / Je ne suis plus / Le Seigneur du désert / Mais l'esclave / Des horizons nus

Rhissa Rhossey

Jour et Nuit, Sable et sang, poèmes sahariens

ED Transbordeurs

sans titre

A. Tambo

MARCHE NOCTURNE

Sur le sillage / Des caravanes / Tu foules Ie sable nu / Contre la tempête / Vent qui te cingle / Un turban effiloché / Noué autour du cou coiffant ta maigrichonne silhouette / De nomade / Égarée dans les flammes / Oh cite du couvre-feu / Vieille cigale dans l'abime / Chanson des naufragés / Aspergeant l'aurore / D'une poussière de sang

Si cet enfant est né /Avec la nuit / Donne-lui les jambes des caravaniers / Fous d' errance / Ivres de route /Ces étoiles au-dessus de sa tête / Sont le miroir céleste / Pour son âme / La poésie qui apaise la soif / Sur le chemin sinueux / De la source

Dormir sous la dune / Dans les bras du silence / Le voila surgir / Comme le vent des cavernes / Sur l'épaule / Une mitrailleuse / Chanteuse de l'aube / Aux pieds des falaises ancestrales

Oh AÏR regard noyé dans les larmes / Oh ADRAR abimé /Au fond du mirage / Par quel rocher / Baliser la source ? / Entre le vestige / Du soleil au crépuscule / Son cri est une foudre / Craquant dans le silence / Des d2serts / Donne-lui le visage / Du mirage / Quand il est source

Oh cité du couvre-feu / Mères aux girons de flammes / Cet enfant aime / Les lunes d' été / Comme mon père / Au temps de l'exil / Il se moque des sciences po / Il foule les sentiers / Dans sa fébrile solitude, / Souriant à la mort / Ombre d'une nuit sans lune

Sur le sillage / Des caravanes / Tu marches dans la nuit / Oh poète !

Rhissa RHOSSEY

Yunus OCQUET

yunus

Yunus Ocquet

La journée du pauvre

A l’aube quand le coq chante la vie qui annonce son / impitoyable compétition, / Faufilant entre les corps frêles de tes gosses / endormis, / Tu te demandes s’ils sont morts ou seulement assoupis… / Ton boubou en lambeaux s’accroche à la palissade / épineuse ; / Dérisoire rempart contre les regards moqueurs des / passants… / L’air pur du matin jette un voile mélancolique dans / l’iris de tes yeux / boursouflés… / Un pas incertain te mène vers l’horizon zéro où nulle / dignité ne germe / Quarante années déjà que tu traînes dans les ravins / stériles de l’indigence / Sans emploi, sans avenir, le présent te fait mal aux / yeux / Les réponses à tes demandes d’emploi sentent toujours mauvais
Et les questions au destin jamais envoyées … / Souffre en silence et espère jusqu’au bout de ton / parcours !

Yunus OCQUET

assam

photo Assan Midal

Souéloum DIAGHO

Le nomade

Le nomade est enturbanné, le vent du désert l'a dévêtu pour le tatouer de signes particuliers, comme l'essouf' et le Ténéré qui l'ont absorbé dans sa lutte incessante d'apprivoiser le climat dur et enchanté. La mort et la peur l'ont toujours habité. Devant lui les dunes défilent, derrière lui les montagnes se montrent hostiles. Enveloppé dans sa 'guandoura' il médite et cherche la solution à laquestion posée sans réponse.

Il a essayé de domestiquer le néant qui l'a enfanté, son chemin est la soif qui l'a habité, la terre roule toujours à ses pieds, sa couche est le berceau de l'enfant qui balance, le nomade lutte pour sa liberté il se débat contre la tempête folle de la vie qui l'entoure, il vise haut au-delà de l'abîme, le murmure du vent lui dicte des mots que personne d'autre ne peut interpréter, le souvenir des siens perdus dans des batailles sans merci le tient en vie, il a juré de se venger contre la sécheresse et le mépris, il a combattu seul dans la nuit, son arme est l'étoile filante, son phare de champ est le clair de lune, qui éblouit tous les clos, ses exploits et son mérite son récompensés par des chants de sirènes dans les cieux, le nomade enturbanné ne montre que ses yeux, de peur de montrer toutes les marques et sillons creusés sur son corps et qu'on le traite de chien galeux, le nomade a pour frère et ami le chameau qui l'a transporté dans toutes ses traversées passées et futures, il lui parle de ses douleurs et lui confie ses misères, le seul remède qu'il a pour panser ses blessures est l'espoir qui ravive la flamme dans son cour, il fixe son âme dans 'l'akal-niba' où l'existence est peut-être meilleure où dans le mirage de l'océan imaginaire en sillonnant les plaines il chante la mélodies de l'errance, ses enfants grattent le marécage tombeau de famine, ses orteils s'enfoncent dans le sable pour s'accrocher comme un animal qui expire mais qui tient à la vie, les pâturages ne sont plus, les tentes sont devenues des huttes en carton, les beaux sacs en cuir sont remplacés par des boîtes de conserve entassées, la tornade est passée et a tout emporté sur son passage, elle a balayé les nomades et le nomadisme qu'ils ont tant aimé

Souéloum Diagho

a tambo

photo A. Tambo

Inventer nous-mêmes notre avenir

" Il ne faut compter que sur nous-mêmes et sur notre désir de transformer la mort en vie. La première autonomie que nous revendiquons, nous ne la demandons ni à la Libye, ni au Niger, ni au Mali, ni à leur maître la France, nous l'exigeons de nous-mêmes :

C'est l'autonomie de pensée. Ce n'est pas un droit, c'est un devoir.

Une société qui ne fabrique plus ses idées, ni sa culture, ni son propre regard, c'est la banlieue exclue du centre."

Hawad

Touaregs    Chronique d'une mort annoncée

tente_touar_gue

La tente de la réalité

est au-delà du bivouac des étoiles

qui filent vers d'autres voies lactées

Hawad

Tambo

photo A. Tambo

Écartez-vous, écartez-vous
laissez-nous encore
la bride de l’épuise-vent
Pour l’homme des carrefours
et de l’embouchure des rêves
nul besoin d’un mensonge
crue de larme
bridée par la pitié

Hawad

edriz

edriz  A. Tambo

ATRI N'ASSOUF

AKAL : Pays

C'est sur nos terres que nous vivons / Nous les défendrons quel qu'en soit le prix ! / Les notes d'imzad et d'houmaïssa, vous sont dédiées chers combattants. / J'en appelle à tous les hommes / De l'Aïr et de l'Azawak. / Unissons-nous, main dans la main ! / Que Dieu protège les combattants, / Pour qu'ils nous rendent à tous la paix. / J'en appelle à tous mes frères Burkina, Libye, Mali, Niger, Algérie, / Unissons-nous !

Atri n'assouf

akal

TOUAREGS : VOIX SOLITAIRES SOUS L'HORIZON CONFISQUÉ

LES VOIX DE L'OMBRE   Hawad

Photo Rhissa (2)

Rissa Rhossey

ÉTERNEL CRI

Pour que le soleil éclose / Brisons la carapace du silence / Lâchons le temps des mots / Sur le rideau de l'indifférence

CRIONS CRIONS

Ce cri / Commun à tous / Ce cri qui a traversé les siècles / et les continents / Toujours jeune, toujours frais

Comme né d'aujourd'hui / Pourtant, Pourtant / Aussi vieux que l'homme / Ce cri qu'on nomme / Liberté, Dignité / Et qu'on poussera / Tant qu'il y aura des chaînes

Éternel cri

Rhissa Rhossey  poème inédit

moussa kaka
Moussa Kaka

ORAGE

ça tonne / Et tu t'étonnes / Pourquoi / ça tonne

ça ne te dis rien / que je ne sois rien / chez moi / que je n'ai pas / droit de cité / chez moi

ça tonne / Et tu t'étonnes / Pourquoi / ça tonne

Mais le désert / est lourd assoiffé / l'enfant affamé / les libertés confisquées / Par les marchands de minerais

Que ça tonne / de plus bel / qu'éclate Orage / et Tempête / Orage ! / Ô rage !

Rhissa Rhossey    poème inédit

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