hawad

Hawad est originaire du massif de l'Aïr dans le Sahara central. Enfant, il reçoit une éducation traditionnelle "dans la tente de sa mère" et rencontre, très jeune, des groupes de soufis itinérants.

Avant tout héritier d'une culture nomade, Hawad nous livre une expérience et une vision du monde bâties sur des notions qui traduisent toutes le mouvement, la mobilité, l'itinérance des choses et des êtres, voyageant entre les points fixes que représentent l'eau et l'abri. 

Furigraphier le vide  Hélène Claudot-Hawad

Pour exprimer l'indicible et briser le champ clos des mots, il développe une calligraphie originale créée à partir des tifinar. (notes parues dans Yasida)

oeuvre hawad

Hawad : Caravane de la soif

Ces gémissements, paroles de fièvres embrasées devant la source tarie, je les dédie à Tellent, aux mirages vagues de dune, à l'errance du vent, au concert du silence et aux oreilles de l'oubli, seule étoile de ma caravane divaguant à travers les tempêtes qui ont brisé la charpente constellée des tentes nomades.

Le nomade

Il est enturbanné de soleil / vêtu d'une robe de scorpions / chaussé d'épines / Il s'appuie sur la vipère fourchue / Il a domestiqué l'essuf / La mort s'écarte de son sentier /

Devant lui les montagnes de feu s'effondrent / Derrière lui le tapis de la terre s'enroule

Son chemin est tracé par la soif / comme le jet ébloui de l'étoile filante / au-delà des abîmes / son appui murmure sans rêve / Toi crête de l'univers / sois cheville / et tête de la pyramide

Hier l'armée d'acier a brûlé sa tente / La sécheresse a balayé ses enclos

Sa femme est au puits / drapée de chiffons gris / grimaçante sinistre / visage enduit de cendres / tresses dénouées / veuve fantôme

Ses enfants plient genoux / dans les marécages du venin / Creux de la famine / Entraves de la misère / Couche galeuses / Couvertures de vermines

Pâturages champs clos / Tornades de fumées / Ses chemins s'entassent dans les filets cloutés / mis en cellule / boîtes de conserve

Le nomade entre dans la cité / pour acheter trois mesures de blé / Ceux qui vénèrent le béton / lui crachent au visage / lui jettent dans le dos / les os de ses moutons / Hurlements de la ville / Soit maudit nomade / renard voleur pillard traître / sauvage compagnon de l'araignée / frère du chameau

Il quitte le marché / pour les étoiles / indifférent exalté / il n'entend que le son de ses pas / poussière qui l'enveloppe / violon qui harmonise / en un seul son / le passé et le futur / boucle inondant l'instant présent

Au-delà de ce temps / il regarde / et accompagne le jet des âmes / qui débordent la vie / pour la tente d'Inta / et l'aridité d'Abat / où l'existence devient mousse de lumière / dans l'océan des mirages miroirs

Il retourne à ses plaintes en chantant / mélodie de l'errance

A celui qui ne crache pas sur le déshonneur / demain les contraintes crèveront les yeux / Pour qui ne s'est pas délié / des chaînes de la servitude / les nœuds ne se démêleront pas / qui attachent la trousse des délices / de la graine étincelle

Hawad

SILHOUETTE

Exil

L'exil m'érode, tige dans la tempête de dune / Les vertiges, nausées du sevrage, me renversent / chiffon que le vent agite / sur les piquets des campements désertés / Le parfum de la nostalgie m'étouffe / comme un enfant entraîné par le reflux des vagues / Le soleil dessèche mon cœur / Mes yeux sont tannés par le regard de l'étrangeté / grimaces de fantômes / Les soucis ont creusé mes tempes / des rivières, marques de la vie / rides d'une pastèque abandonnée / sur les pas de la caravane / qui relie Ghadamès à Tombouctou / Mes souvenirs sont figés dans les mirages du temps / Aujourd'hui, des milliers de milliers d'étapes / vallées de vipères, falaises de fumées-ténèbres / me séparent des campements de jadis / où les corbeaux ont dévoré les rayons de la vie nomade

L'exil me noue comme les cordes de marins

L'angoisse m'élime en une aiguille de douleur

Des années et des années sont passées / Je suis la trace de mes rêves / Tant de nuits ont coulé derrière moi / Je danse dans les flammes

J'ai goûté la sève des fruits de tout l'univers / les parfums de toutes les fleurs / menthe, jasmin, grenadier / fraîcheur du palmier / jardins, ombres des palais / mosquées du lointain orient

J'ai écouté l'écho des larmes / métissage de tous les accords / Je me suis bercé à toutes les aurores-balancelles

Mais rien n'a adouci mes gémissements

J'ai dit / Où sont les tentes de jadis / imprégnées de l'indigo d'ahal ? / Où sont les tentes d'autrefois / ouvertes vers l'horizon des étoiles / le désert de la liberté errante ? / Où sont les saisons de la transhumance / Cours d'amour et de beauté ? Où sont les plaines de mirages / où pâturent les jeunes chamelles / aux gazelles mêlées / gardées par des garçons / tresses serrées dans la ceinture

O jusqu'à présent, j'entends les cris de joie / des braves guerriers / Je vois encore dans le soleil couchant / la silhouette des antilopes au cou élancé / les maîtresses de l'ahal / Sourire de la lune

Kha ! caresse fine des doigts / sur le violon de l'honneur / qui nous allie au toit des constellations / hors du temps

Khay ! Mes brûlures n'ont pas de remède / car mes rêves sont emportés / dans les tourbillons d'acier / des machines-dragons / entre la patte des hyènes

Quelle erreur de confier le gouvernail / du vaisseau de la vie à des épouvantails / qui le font dériver dans la tempête

Nous emporterons l'étincelle de cet exil / jusqu'au trône des galaxies / au royaume des éclats qui plongent / dans les océans de lumière / Car la douleur de notre exil se confond / avec celle des gémissements de l'âme / voyageuse / des corps-pierres jusqu'à l'absolu

Hawad

 

Au fils du nomade

Chausse tes sandales / et foule le sable / qu'aucun esclave n'a piétiné / Éveille ton âme / et goûte les sources / qu'aucun papillon n'a frôlées / Déploie tes pensées vers les voies lactées / dont aucun fou n'a osé rêver / Respire le parfum des fleurs qu'aucune abeille n'a courtisées / Écarte-toi des écoles et des dogmes / Les mystères du silence / que le vent démêle dans tes oreilles / te suffisent / Éloigne-toi des marchés et des hommes / et imagine la foire des étoiles / où Orion tend son épée / où sourient les Pléiades / autour des flammes de la Lune / où pas un Phénicien n'a laissé ses traces / Plante ta tente dans les horizons / où aucune autruche n'a songé à cacher ses œufs / Si tu veux te retrouver libre / comme un faucon qui plane dHawad
ans les cieux / l'existence et le néant suspendus / à ses ailes / la vie la mort

Hawad

furigraphie

Hawad