Issa Rhossey

Rhissa Rhossey

NOMADES

Hier encore / Ils comptaient les étoiles / Ils avaient tout le temps / et tout l'espace / Solitaires et libres / N'écoutant que l'écho de leur voix /

Aujourd'hui / Contrariés / leur lourd voile / obstrue leur regard / Et ils ne peuvent compter les étoiles / Pourtant encore, ils rêvent / Leurs rêves lumineux / Comme la voix lactée / Est en suspend dans le chant / Des canons

Leur mouvement pris en otage / Dans le filet des frontières / Héritier d'une époque / Sans gloire/ Les fils du vent et des étoiles / Font du Silence et de l'oubli / Leur triste mélodie

NOMADES VENT

PAS DE NOM

Non, frère d'outre-mer / Surtout pas de nom / Je ne suis pas le fils / Du vent et des nuages / Je suis le fils de la fange / De la fange stérile et rouge / Sables, montagnes et pierres / Je suis le fils de la terre / Maternelle / Silence, oubli, mépris / Je suis l'enfant des douleurs / Éternelles / Non,frère, je ne suis pas / Je ne suis plus / Le Seigneur du désert / Mais l'esclave / Des horizons nus

Rhissa Rhossey  " Jour et Nuit, Sable et sang, poèmes sahariens "

(ED Transbordeurs)

Pas de nom

MARCHE NOCTURNE

Sur le sillage / Des caravanes / Tu foules Ie sable nu / Contre la tempête / Vent qui te cingle / Un turban effiloché / Noué autour du cou coiffant ta maigrichonne silhouette / De nomade / Égarée dans les flammes / Oh cite du couvre-feu / Vieille cigale dans l'abime / Chanson des naufragés / Aspergeant l'aurore / D'une poussière de sang

Si cet enfant est né /Avec la nuit / Donne-lui les jambes des caravaniers / Fous d' errance / Ivres de route /Ces étoiles au-dessus de sa tête / Sont le miroir céleste / Pour son âme / La poésie qui apaise la soif / Sur le chemin sinueux / De la source

Dormir sous la dune / Dans les bras du silence / Le voila surgir / Comme le vent des cavernes / Sur l'épaule / Une mitrailleuse / Chanteuse de l'aube / Aux pieds des falaises ancestrales

Oh AÏR regard noyé dans les larmes / Oh ADRAR abimé /Au fond du mirage / Par quel rocher / Baliser la source ? / Entre le vestige / Du soleil au crépuscule / Son cri est une foudre / Craquant dans le silence / Des déserts / Donne-lui le visage / Du mirage / Quand il est source

Oh cité du couvre-feu / Mères aux girons de flammes / Cet enfant aime / Les lunes d' été / Comme mon père / Au temps de l'exil / Il se moque des sciences po / Il foule les sentiers / Dans sa fébrile solitude, / Souriant à la mort / Ombre d'une nuit sans lune

Sur le sillage / Des caravanes / Tu marches dans la nuit / Oh poète !

Rhissa Rhossey

Jour et Nuit, Sable et sang, poèmes sahariens "

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ERRANCE 

Je rentrais / Des périples / Stériles / De mes errances / Sur le sable / Et sur la pierre / De la montagne / A la terre ferme / Pas une parcelle / De l’espace / Qui ne garde / Mes empreintes / D’errant / Ma caravane  / Est sans attache / Mes horizons sans limite / Mes rêves  / S’étalent / Et s’enroulent / Dans la toile / Du temps / Je fais du silence / Le sel de mon existence / Du passé le pilier / Pour soutenir / Le gouffre / D’une époque / De vertige / Le soleil avare de / Son éclat / A pris en otage / La lune / Dans son / Ténébreux sillage / La voie lactée / Veuve des chemins / Enchantés / Demande en vain / Aux filles de la nuit / Ses repères / Amanar / Reste silencieux / Son épée / Dans le ciel / Enfoncée

Rhissa Rhossey

Poème inédit

 

Cosmogonie touarègue

Dans la cosmogonie touarègue, tous les éléments, les êtres les choses, les moindres particules, sont perçus en mouvement, engagés dans un itinéraire cyclique, rythmé par des étapes successives.

Ainsi les nomades, en arpentant les sentiers ne font que mimer la marche du monde qui s'organise autour des points fixes que représentent l'eau et l'abri.

L'achèvement d'un trajet marque le début d'un autre cycle, dans une spirale ascendante qui conduit à la fusion avec l'Univers, à la désintégration de soi dans le flux cosmique, à l'harmonie absolue, au vide ou au néant.

Le terme qui désigne la cosmogonie « telletamete » provient de la racine « ellemi » qui signifie se répandre et implique la notion du flux continuel et du mouvement perpétuel.

L'univers est conçu comme un emboitement des mondes jusqu'à l'infini, contenu lui -même dans des infinis, à leur tour parties d' une infinité d infinis.

Abass Adando