Souéloum DIAGHO

Peuple né du vent et des nuages ayant comme monture les mirages.  L’errance n’est pas synonyme de bêtise mais de liberté de l’âme et du corps.  Vont-ils puiser dans les fonds du mirage ce que d’autres cherchent ou trouvent dans les écrits ? 

Plus loin leurs encyclopédies sont leurs proverbes enchantés par le temps.  Leurs  archives sont leurs contes, légendes et dictons qui traversent le temps.  Leurs bibliothèques sont leurs mémoires balancées par le vent de l’oubli.

Et toujours vouloir décrypter le ciel, la terre, les nuages, les mirages, les vents dont ils tirent l’essentiel.  Quand d’autres s’obstinent à chercher cet essentiel dans les livres ou à froncer les sourcils au-dessus d’une boussole, eux, ils le trouvent en regardant les étoiles et les nuages que le vent ramène de nulle part. 

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Le nomade

Le nomade est enturbanné, le vent du désert l'a dévêtu pour le tatouer de signes particuliers, comme l'essouf' et le Ténéré qui l'ont absorbé dans sa lutte incessante d'apprivoiser le climat dur et enchanté. La mort et la peur l'ont toujours habité. Devant lui les dunes défilent, derrière lui les montagnes se montrent hostiles. Enveloppé dans sa 'guandoura' il médite et cherche la solution à laquestion posée sans réponse.

Il a essayé de domestiquer le néant qui l'a enfanté, son chemin est la soif qui l'a habité, la terre roule toujours à ses pieds, sa couche est le berceau de l'enfant qui balance, le nomade lutte pour sa liberté il se débat contre la tempête folle de la vie qui l'entoure, il vise haut au-delà de l'abîme, le murmure du vent lui dicte des mots que personne d'autre ne peut interpréter, le souvenir des siens perdus dans des batailles sans merci le tient en vie, il a juré de se venger contre la sécheresse et le mépris, il a combattu seul dans la nuit, son arme est l'étoile filante, son phare de champ est le clair de lune, qui éblouit tous les clos, ses exploits et son mérite son récompensés par des chants de sirènes dans les cieux, le nomade enturbanné ne montre que ses yeux, de peur de montrer toutes les marques et sillons creusés sur son corps et qu'on le traite de chien galeux, le nomade a pour frère et ami le chameau qui l'a transporté dans toutes ses traversées passées et futures, il lui parle de ses douleurs et lui confie ses misères, le seul remède qu'il a pour panser ses blessures est l'espoir qui ravive la flamme dans son cour, il fixe son âme dans 'l'akal-niba' où l'existence est peut-être meilleure où dans le mirage de l'océan imaginaire en sillonnant les plaines il chante la mélodies de l'errance, ses enfants grattent le marécage tombeau de famine, ses orteils s'enfoncent dans le sable pour s'accrocher comme un animal qui expire mais qui tient à la vie, les pâturages ne sont plus, les tentes sont devenues des huttes en carton, les beaux sacs en cuir sont remplacés par des boîtes de conserve entassées, la tornade est passée et a tout emporté sur son passage, elle a balayé les nomades et le nomadisme qu'ils ont tant aimé

Souéloum DIAGHO

YUNUS

Poésie nigérienne : Yunus Inoussa Ocquet 

La journée du pauvre

A l’aube quand le coq chante la vie qui annonce son / impitoyable compétition, / Faufilant entre les corps frêles de tes gosses / endormis, / Tu te demandes s’ils sont morts ou seulement assoupis… / Ton boubou en lambeaux s’accroche à la palissade / épineuse ; / Dérisoire rempart contre les regards moqueurs des / passants… / L’air pur du matin jette un voile mélancolique dans / l’iris de tes yeux / boursouflés… / Un pas incertain te mène vers l’horizon zéro où nulle / dignité ne germe / Quarante années déjà que tu traînes dans les ravins / stériles de l’indigence / Sans emploi, sans avenir, le présent te fait mal aux / yeux / Les réponses à tes demandes d’emploi sentent toujours mauvais
Et les questions au destin jamais envoyées … / Souffre en silence et espère jusqu’au bout de ton / parcours !

Yunus OCQUET

MON CHOIX 

J’aimerais vivre dans une coquille / Ne plus me regarder dans les miroirs sans tain de la mondialisation / Ne plus avaler des steaks de vache folle / Et courir sur des plages sans m’attrister  sur des oiseaux maquillés au brut. / J’aimerais contempler un ciel sans trou / Me parfumer sans aérosol et sans nuage atomique / Vivre sans zapper sur des canaux bouchés / J'aimerais bien être candidat mais pas pour un troisième mandat ni dans un fauteuil roulant  / J’aimerais sortir mon portefeuille sans encaisser quatorze plombs dans ma peau / J’aimerais naviguer longtemps sur FREEDOM 

Avez – vous le mot de passe ?

Yunus OCQUET