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Tarzagh Benoma 

« Préfère à toutes voix, 
Préfère avec moi la voix de l’Imzad, 
Le violon qui sait chanter
Et ne soit pas étonné qu’il n’ait qu’une corde. 
As-tu plus d’un cœur pour aimer ? »

Imzad : Dida Badi

 

Un chef-d’œuvre

L’auteur a pris soin, en bon pédagogue, de situer d’abord son sujet et de permettre aux lecteurs de mieux comprendre son contexte naturel, historique et sociologique. C’est l’objet du premier chapitre consacré au « contexte et aire de diffusion de la musique de l’imzad ». On y apprend une foule de choses sur les populations de ces régions, depuis les grandes évolutions historiques jusqu’aux structures des tentes qui renseignent autant sur les modes de vie que les relations sociales et la maîtrise des techniques artisanales ou autres. Les coutumes sont présentées de manière synthétique, accompagnées des explications ou hypothèses les concernant. Une fois planté son décor et emmené son lecteur dans ses différents recoins, Dida Badi lui propose alors de découvrir « l’imzad dans la mythologie touarègue ». Là, les choses deviennent passionnantes. L’imzad, qui désigne à la fois l’instrument et le genre musical, est en effet un autre univers dans le grand univers saharien. Composition et fabrication des instruments, significations de son utilisation, cadres traditionnels et circonstances, répartition des rôles selon les sexes, les âges ou les lieux, légendes rattachées, l’imzad comme « registre de l’esthétique » et « interprète des sentiments », l’essentiel est passé en revue aux limites de l’extraordinaire. Ainsi, ce passage sur le « jeu de l’imzad » et la position de l’instrumentiste qui est résumée par l’adage : « Imzad ne as amedray ennit, iwar afud iyyen essumigh as wa hedhen » (l’imzad, c’est moi qui suis son frère, il repose sur un genou et moi sur l’autre). Le troisième chapitre, qui occupe environ la moitié de l’ouvrage, porte sur le répertoire de l’imzad et comporte une anthologie de textes donnés en version originale et traduits en français, accompagnés pour certains de partitions musicales. Les registres poétiques, ils font large place à l’amour et aux sentiments que les épreuves de la vie génèrent. Ainsi ce 12e poème : 

« Aujourd’hui, mon cœur est tel un incendie, tu peux y mettre une bouilloire à bouillir, tu peux y fondre des bracelets en argent. »

Imzad Dida Badi

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Ibrahim Manzo Diallo :IMZAD Les soupirs étranglés

Plaidoyer en faveur de la préservation de la culture touarègue

La musique est pour les Touaregs un feu intérieur, ce feu de bois qui les réchauffe pendant les nuits froides du Désert. Elle est sans aucun doute un nutriment indispensable aux "ahals" (causeries poétiques) que le temps s’acharne à arracher à ce peuple aux gestes 

Sauver l’Inzad, violon monocorde, des flammes de l’oubli ! Sauver l’Inzad pour sauver son identité, celle de son peuple !

C’est le pari que veut gagner Salma, une jeune file targuie. Fille unique de Tayyort, la dernière joueuse d’Inzad de la région.

Elle n’a rien fait pour s’y empêcher ! Au contraire, elle a beaucoup étudié et beaucoup voyagé ! Une offense que refuse d’accepter Silimana, son père mais aussi chef de sa tribu !

Sans le savoir, la jeune intellectuelle emprunte un sentier initiatique dans lequel s’enchevêtrent le culturel et l’irrationnel : un cours qu’elle n’a lu dans aucun livre et que seule la prodigieuse mémoire de Tayyort est à mesure de livrer.

Un livre très captivant qui vous plonge dans l’intimité des secrets séculaires des campements nomades fragilisés mais toujours coriaces.

Ibrahim Manzo Diallo  

 

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