ahal

aquarelle  A. Tambo

AHAL : ÉDUCATION TOUARÈGUE

"J'ai aussi participé en suivant ma mère et mon oncle maternel à ce qu'on appelle les ahal ou veillées, qui sont d'autres écoles théâtrales, tragiques poétiques (l'éducation de l'amour courtois comme les occitans du Sud de la France), philosophiques. On passe des nuits entières à faire la description d'une chamelle ou d'une gazelle et à la fin, on a l'impression qu'on épuise complètement les mots. Chaque personne qui a fait son exposé a donné une description.

C'est une philosophie de l'esthétisme.

L'esthétisme ça veut dire que l'objet lui-même on le met en mouvement, on le voit sous plusieurs angles. Le critique, le commentateur qui fait son exposé doit voir l'objet sous plusieurs angles après il doit le projeter dans plusieurs espaces dans lesquels l'objet apparaîtra de manière contrastée.

Donc, on part de l'esthétisme de l'objet,  puis on dépasse sa beauté, sa forme et à la fin, on entre uniquement dans le flou de l'objet, ou de la matière, ou du graphisme ou de l'espace (selon ce que l'on envisage).

Et c'est là  que s'instaure l'état de vision que recherche les Touaregs, car les Touaregs pensent qu'il y a une autre philosophie (que celle de la rigidité), une autre pensée qui repose dans la tension du mouvement.

Je n'aime pas beaucoup les mots " universel ",  "cosmique ", mais c'est la phase où l'on épuise les mots, où l'on épuise la pensée. On arrive alors à un état sauvage de la matière ou de la forme, dans la première étape primordiale ou primitive des choses c'est-à-dire où les choses existent dans une existence de la non-existence.

C'est ainsi qu'elles peuvent être nommées mais aussi qu'elles peuvent avoir une identité de non-identité parce que la "vraie" identité est fausse : c'est la société qui la donne.

Or,nous cherchons, à travers tout ça, un regard qui n'est pas culturel, qui n'est pas influencé par notre éducation, par notre conception.

Pour parvenir à ce stade, on a besoin de conversations qui durent des nuits, des mois, des années entières. On commence une conversation, on l'arrête et demain, on reprend.

La parole n'est qu'un fil : chaque fois, il faut tisser, détisser, broder, il faut tresser au-delà. "

Hawad

La poésie :
Ce sont surtout les hommes qui composent les poèmes. Ils sont chantés ou déclamés lors de L’Ähâl, réunion galante où les jeunes hommes rivalisent de poésie pour séduire les jeunes filles. 
Les poèmes sont de trois types :
Les poèmes élégiaques ont pour thèmes l’éloignement de la tente et de la bien aimée, la solitude et en général de la condition masculine qui est la fréquentation de l’äsouf, le vide, habité par les Kel äsouf, les djinns. Egalement des sentiments comme celui qui est ressenti en entrant dans un campement abandonné ou les « noms de pays » où il s’agit de faire chanter le lieu où l’on s’arrête. 
Les poèmes guerriers relatent par exemple la guerre entre les Kel Aggahar et les Kel Ajjer au XIXème siècle. Ces poèmes recueillis plus de quarante ans après expriment des échanges précis entre belligérants et prouvent le souci de codification et de précision dans la poésie.
Il y a enfin les poèmes « gazette » racontant des faits singuliers.
La poésie est aussi un élément identitaire : on s’adresse à l’ennemi de l’intérieur en le nommant, mais l’ennemi de l’extérieur n’a même pas de nom : c’était le Français, l’incroyant, au moment de la colonisation.
Sur le plan formel, un poème alterne les syllabes longues (et ouvertes comme bas) et brèves (et fermées comme bac). Les vers sont divisés en pieds de 2 ou 3 syllabes dont une seule est accentuée.
L'Ahal

L’imzad est joué à l’occasion des « ahal » organisés à la marge des campements pour célébrer les grandes occasions. Utilisé, en particulier, chez les Touaregs de l’Ahaggar et de l’Azjer, le terme de l’ahal désigne une réunion musicale et poétique qui se déroule au moment où les activités du campement déclinent. L’ahal est considéré comme une véritable institution et le point culminant de la vie culturelle, artistique et littéraire des Touaregs. L’assemblée de l’ahal est présidée par une femme appelée tamghart n ahal, qui en assure l’organisation et fait respecter, par les participants, les différents codes moraux et esthétiques qui régissent cette institution. Les participants à l’ahal se doivent de respecter l’assistance, sous peine de se voir exclure par un regard plus tranchant que la lame d’une épée, et que craint tout homme ou femme intègre. Ils ont la stricte obligation de parler un langage soutenu et raffiné. A l’ahal participent tous les jeunes gens, les femmes et les hommes non mariés ou divorcés, de différentes couches de la société. La mélodie de l’imzad est accompagnée des voix masculines entonnant des poésies anciennes. C’est dans l’ahal que se font les réputations des individus et que se jugent, publiquement, les attitudes de dignité ou, au contraire, de déshonneur. La réunion de l’ahal est l’occasion pour tous ceux qui ont composé ou simplement appris des poèmes de les déclamer, sous le regard émerveillé de leurs amours. De ce fait, l’ahal est le forum qui permet la diffusion de ces poèmes jusqu’à arriver aux oreilles de leurs destinataires, s’ils sont absents.  

La fonction sociale traditionnelle de la musique de l’imzad

La première fonction de l’imzad, dont les airs sont des sortes de dédicaces,  qui sont censées relater l’un de leurs exploits, est d’honorer les héros.
Une deuxième fonction de la musique de l’imzad est de rappeler aux hommes, partis loin, la douceur des campements et du pays.

Les thèmes favoris de la musique de l’imzad

Les sujets de la poésie, qui accompagne la musique de l’imzad, varient entre les louanges à la bien-aimée, les expériences personnelles vécues lors de voyages aux pays lointains et la célébration d’événements qui ont marqué la vie de la communauté. Le portrait de l’homme accompli, tel qu’il est vanté dans les poésies, est d’abord celui du guerrier, dont le courage et la bravoure, pour la défense des intérêts de sa communauté, donnent droit aux faveurs féminines. Pour les femmes, beauté, esprit et élégance sont, le plus souvent, évoqués dans les louanges.

Dida BADI
CNRPAH, Alger.