hadja (2)

portrait  Hadja, artiste d'Agadez

" Je dois tout aux leçons de ma mère.

C'est elle qui m'a appris à démonter  et à remonter la tente, à plier et à déplier le lit taillé dans le torcha, un arbre au tronc épais mais au bois tendre et léger.

C'est elle qui m'a fait découvrir les étoiles qui annoncent les changements de saisons.

C'est elle qui m'a révélé les différentes castes des gens de ma tribu, les Iforas. C'est elle qui m'a enseigné la lecture, le chant, la poésie.

C'est elle qui ... "

Mano Dayak Je suis né avec du sable dans les yeux

Minata

Minata A. Tambo

Hawad : Caravane de la soif

Silhouette infinie

Une vieille, maigre, grande / voilée de hardes / un panier sur la tête / se détache du campement / Ombre arrachée à son abri / elle grimpe les falaises / bras ballants entraînés par le vent / Toutes les mélodies de l'Éternel / sont gravées dans le geste de ses bras / et sur les lacets incurvés de la route / qui ondule vers les plateaux montagneux  / d'Inta

La forme de ce geste contient le rêve / du chemin qui mène au puits / dans une vie sans soif / Ce qui nous manque est inscrit dans la mélodie de chaque pas / le sourire de chaque lèvre / dans la gueule même des hyènes / et dans la silhouette de cet arbre élancé / dont les racines sont plantées / dans les entrailles de la terre / et les branches accrochées / dans l'azur des cieux

SILHOUETTE

Tamajaq

Elle garde les chèvres / sur les dunes lissées par le vent / Elle a laissé sa tente au creux de la falaise / où rôdent hyènes, renards, charognards / sous le vélum des étoiles cieux / ternis par la fumée des usines / qui déchiquètent les entrailles de la terre / Son bébé incrusté sur le dos / grain de beauté / peau tannée par le soleil / ocre visage ridé / par les rêves suspendus / le sursaut des cauchemars / elle est assoiffée / maigre, grande, cou élancé / antilope / Elle porte un collier de croix / géométries où le cosmos est réduit en bulles de lumière / Elle est sauvage / prête à s'effaroucher / comme l'autruche chatouillée / par une araignée / Ses yeux sont aigus comme ceux d'un fennec / qui sort de son trou au crépuscule / Ses mains sillonnées de veines / bleuies par la famine angoisse

Elle tresse une natte en feuilles / pour son mari qui a conduit la caravane / hors des frontières / agenouillé par les chaines des prisons / et le brasier des tortures

ou pour son frère en exil / errant d'une étoile à une autre / pour éviter le manteau étroit des cités / et leurs cellules d'asile

non / natte trame /qui raccommode le tissage des mythes / Espoir qui détresse les douleurs / Gestes qui tisonnent la lueur des souvenirs / pour démêler les nœuds coulants / d'une vie étranglée entre sa couche et ses puits

Soigne les ailes brisées du souffle en vol / entre son gîte et sa destinée liberté / mélodie qui tranche enficelages et entraves / O mouvement de l'archet / Aiguise les lames de l'aurore / et fends la grimace des serres machines / qui troussent les jupons de la nuit / où se love le sommeil des enfants touaregs

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Rhissa Rhossey : Jour et Nuit, Sable et Sang - poèmes sahariens -

BLESSURE

Vendredi 28 août 1992 / Un jour macabre s'est levé / Sur la cité au Minaret millénaire / Comme un fleuve en crue / La haine a déferlé / La haine / Nue / Sauvage / Tumultueuse / Une meute désemparée / Sans chef ni subordonné / S'est ruée vers la ville / La ville innocente et docile. / Alors commença la danse barbare / Des proies faciles / Maison par maison / La horde écumait la ville / Mettait dans ses fourgons / Des civils innocents. / La peur s'installait / Les miens traqués / Rasaient les murs. / Partout on arrête / On torture sans murmure / Sous des yeux douloureusement / Indifférents / Exultant, applaudissant le carnage / Le deuil s'installait / La douleur incommensurable. 

Dans les gares / Sur les routes / Dans les rues / Et jusqu'au fond des cases / Sinistrement silencieuses / Ils arrêtent les miens / Tous les miens / Tapis à l 'ombre de la terreur / Les miens entassés / Dans la honte / Dans la sueur / Dans les larmes. / Les miens / Au creux des cellules sordides / Puantes / Puantes de mille pourritures ...

Oh Seigneur! De quel crime / Répondaient les miens / Pourquoi endossent-ils les péchés / De tout l'univers ? / Le fils et le père enchaînés / À la même chaîne de la honte. / Les frères rampant dans la sueur et le sang / Sous les caresses cruelles / Des lumières brûlantes.

Seules les femmes / Debout dans la tourmente / Le poing dur / L'insulte à la bouche /Femmes / Je vous salue / Roseau fragile mais tenace / Canne sur laquelle s'appuyait / Mon peuple quand il chancelait / Et titubait dans les dédales / Du mépris. / Femme, cœur d'airain / Bouclier de fer / Salut femme / Gardienne inlassable des rejetons / Orphelins d'un père / Qui ne répond plus à l'appel.

Salut mère / Toi qui jugulas la haine des temps amers / Pour tes prières sincères / Salut sœur / Toi qui bravas le fer / Pour apporter nous un peu de lumière / jusqu'au de nos sombres tanières / Salut femmes- amazones des temps pénibles

Août 1992-août 1994 / Deux ans déjà que la folie / A foulé la face de mes cités / Elle est passée comme un tourbillon / Dans les rues on voit encore / Quelques filles au rire sonore / Les pères retrouvent / La paix paix des maisons / Sur les terrasses / Les moineaux chantonnent / La clameur haineuse / A fait place à l'Assalam / De la paix / Le sang et les larmes / Ont séché

Mais dans mon cœur une fibre / A lâché pour toujours / Avide l'Horizon plus libre ...

Rhissa Rhossey «  Jour et Nuit, sable et Sang, poèmes sahariens « 

Éd. transbordeurs

Sur la route du Mont Tamgak, vallée de Timia, août 1994. Poème évoquant l'arrestation des Touaregs par l'armée nigérienne en 1992. lors de sa rédaction, Issa venait d'être libéré, après 8 mois de prison 

tazolt (2)

 tazolt  A.Tambo

Souéloum DIAGHO

La femme assise

Écoute le chant, murmure du vent, / la femme assise en face d’une dune attend / le crépuscule pour lancer son chant d’amour, / chant de plaisir,
la femme laisse couler la mélancolie de son coeur, / elle rit, elle pleure sa joie, la peine, / le désir de partager sa vie, / elle cherche le chemin qui conduit à l’inconscience, / les ténèbres l’engloutissent / et les deux opposés se rencontrent, / l’inconscience et la conscience, / la femme cherche la lumière qui a nourri ses désirs, / ses formes caressent l’espace vide, / d’où jaillit l’oubli, / univers brumeux, / univers paisible, les odeurs se multiplient, / les odeurs que le vent ramène, / sa voix du coeur lui parle d’amour, amour profond, / énergie de vie qui passe par tous les paysages. / Paysages de joie, mélange des rires, / paysages tristes comme mélancolies. / La femme plonge dans le noir de la nuit,/ comme seule amie, / la dune et les grains de sable / qui roulent comme des petites billes, / elle a peur de la nuit, peur de tout, / elle entend son petit enfant qui pleure, / c’est son coeur qui palpite. / Il n’y a pas de recours sauf de prendre courage / dans les profondeurs de son âme, / elle caresse le sable doux, / mais peine perdue, / il n’y a ni coussin ni lit au loin. / Tout d’un coup, une lumière surgit et éclaire tout, / c’est la lune qui vient lui tenir compagnie, / la dune devient grande comme une tente, / qui a abrité toute la tribu, / la femme respire à fond et prononce quelques paroles, / tu es ma copine et un nouveau souffle naît, / une vie, un espoir de survie, / le voile noir se brise, / la peur se dissout et le coeur reprend son rythme tout doux, / la femme assise attend le tambour / qui ouvre l’aurore du matin / et se dit que la vie ne tient qu’à un fil, /quand le coeur s’ouvre, il comprend tout.

touarègue bleue

Farid Belkadi  femme touarègue bleue