R. Rhossey : Poète du Massif de l'Aïr et du Ténéré
RHISSA RHOSSEY
Les émotions et les rêves évoquent les très riches heures
d'une révolte désespérée, entre Sable et Sang
Jour et Nuit, Sable et Sang, poèmes sahariens
ED Transbordeurs
Rhissa Rhossey à Tchirozérine
Photo : H. Lemaréchal
" Issa, le poète de l'Aïr, comme certains t'appellent, tu as l'art de faire surgir de tes mots et de ton cœur l'âme du pays touareg et de ses mille visages. Tu les tailles, ces mots, au burin de l'inspiration, pour en faire sortir des bijoux qui scintillent sur le sable.
Que ton rêve d'infini, Issa, se prolonge dans tes poèmes : qu'il rejoigne celui de ton père, le prince des guides du Ténéré ! Amen ! "
Aboubé Tchirozérine, ce 15 avril 2004
Préface de Jour et Nuit, Sable et Sang, poèmes sahariens
Timia, photo Abass Adondo
AÏR
Au bout du monde / L'AÏR / Chez moi, / Il y a plein de vallées / Peuplées de jardiniers / Au salut facile / Plein de plaines / Aux noms de femmes / Des montagnes / Aux écritures oubliées.
Dans ce pays / Il n'y a pas toujours / De quoi se vêtir / Mais le cœur y est / Chaud à l'amour
Très souvent / Le ventre y est vide / Le cœur ramassé / Pour s'y amuser / Il suffit d'une peau de chèvre / D'un mortier de bois / Quelques belles / Et la fête commence / Les fêtes balancent / Et cadencent
Ce pays est beau / Et pour les yeux / Et pour le cœur
pour Aboubé

gani A. Tambo
TÉNÉRÉ
Terre ancestrale / Terre mythique / Terre magique / Terre nombril de la terre / On te dit cruelle / Moi, je te dis maternelle / Non, je ne dirai jamais / Les secrets de ton lait / Mère, la manne de tes mamelles / Mais je dirai la magie / Ta magie / D'ensemencer la vie / Dans le vide / Tes dunes / Ne sont pas des tas de sable sans vie / Tes dunes sont vivantes / Vivante ta lune / Ton silence n'est pas un gouffre / Mais clémence pour qui souffre / Et qui s'interroge / Sur cette nature que l'on s'arroge
TÉNÉRÉ / Terre de méditation / Terre de création / Terre ÉTERNELLE / L'Homme est peintre sur pierre / La femme est mannequin / Le jour lumière / La nuit poète / Le vent ciseleur / Sur marbre
TÉNÉRÉ / Tes enfants ne sont pas / Des marionnettes / Qu'on exhibe pour théâtre / A quatre sous / Ce sont des caravaniers / Qui tissent la fraternité / Ce sont de grands artisans / De l'UNITÉ
TÉNÉRÉ / N'est-ce pas encore / Ta magie / Cette nostalgie / Qui toujours ramène à toi / Les Hommes de toutes les fois / Ta loi étant le toit / De L'UNIVERS ? / Mer autrefois / Paradis ou Enfer / Demain ? / Qui dira le mystère ? / Quant à moi / Tu es mon berceau / Et mon cimetière
tende goumatam A. Tambo
TAM-TAM
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / Il gronde / Très fort / Encore baraqué / Devant les tentes / Chameaux et chameliers / S'impatientent / Car longue est l'attente.
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / Il gronde / Très fort / Il appelle ceux des vallées / Et ceux des plaines / Il les appellent tous / A la grande fête.
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / Tourbillon de poussière / Et vertige des âmes / Cadence des corps / Hommes et bêtes / Réconciliés / Tournoient / Et tournoient encore
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / TENDE'N Goumaten / Entraîne tout / Dans sa fureur / Elle viole les âmes / Les perce, les envole / Rien que déchainement / Désordre , folie / Les mots délivrés d'eux-mêmes / Épousent la fuite / Des gestes / Dans l'espace / Nocturne.
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / Par la magie/ L'IRRÉEL / Côtoie le Réel / Le vrai et le faux / Se confondent.

tende ou tam-tam touareg A. Boudane
POURTANT
Au coin d'un lopin / De terre oublié / Je feuillette des rêves morts / Éclaboussés de nuit.
Il n'y avait pas d'oiseau / Pas d'arbre / Pas même un brin d'herbe / Tout est triste et désolé
Pourtant / De mon talon nu / La source est née / Et mes rêves s'animèrent
Le jour fut / Il y eut plein d'oiseaux / Beaucoup d'arbres / Et plein d'herbe
Tout est beau / Et charmant / Quand le jour s'élève !
près d'Agadez A. Tambo
Poèmes dédiés à Rhissa Rhossey
A Issa, le poète des sables
Grain de sable,
Tu es le grain de sable au sommet de la dune
Et on ne voit que toi,
Souffle du scarabée
Et on n’entend que toi,
Tu es l’insoutenable cri à l’oreille du dictateur,
La poussière dans l’œil du tyran,
Toi le rebelle,
Toi le poète des sables,
Toi mon ami.
Le Pays des Hommes au coeur riche
Aïr-Info
DU BLEU EN POINTILLÉS...
itinéraire saharien d'un rêveur éveillé 
Un pointillé
de bleu,
sur une plage d'ocre
jaune
sombre
immense...
des dunes
rose-mauve
bleu-marine
qui s'impatientent !
Un pointillé
comme immobile...
Un pointillé
de bleu,
sur une plage d'ocre
jaune
sombre
immense...
du sable
rose-mauve
bleu-marine qui se disperse !
un pointillé
comme immobile...
Murmures
premiers,
à peine
perceptibles,
et prémices
des harpes du vent,
commencement
recommencement,
écho,
des souffles
heurtés,
aux corridors
usés
de la pierre,
balbutiements
respiration,
résurrection,
et,
là
où
à la nuit
exacte,
n'étaient
que
platitude
noire
inhospitalière,
néant,
la lumière
s'étale,
savante...
L'ocre
reconnaissant,
par le ciel
alléché !
et léché,
par le ciel,
s'éclaire...
Frémissements
intimes
des vagues
entrain,
de se vêtir...
Un pointillé,
un pointillé
comme immobile !
- Un pointillé
qui avance...
pourtant !
et à y regarder
de plus près,
- un pointillé
- qui serpente
même !
Un chapelet,
un chapelet,
de vies,
un rêve égrené,
d'hommes,
nés,
au bord
de l'invisible,
et devenant
visibles,
aux dos de leur
monture,
tout doucement
au fur et à mesure,
à petits feux,
aux petits-feux
de l'aube...
Pointillés
éclairés
et
désormais,
visibles,
pointés,
indivisibles,
indissociables,
sociables,
palpables,
en quête :
du matin,
du puits
du peu,
de pain et d'eau,
d'une main
à serrer !
peut-être,
d'une rencontre...
- auprès d'un thé de braise !
Pointillés
en quête,
du microcosme...
Pointillés
en chemin !
Improbabilité
d'êtres
qui paraissaient
perdus
mais qui connaissent...
macrophages
petits
minuscules
et
bleus,
de
infiniment
grand,
dévoreurs
de l'espace
sans fin
et sans limites,
dépositaires
de l'horizon...
perdu,
et retrouvé
dix fois,
mille fois,
ensuite
et au matin...
de l'horizon
indemne,
imperturbable !
Pourquoi chercher
l'ailleurs
ailleurs,
et sur d'autres planètes,
là réside
l'absolu,
peut-être
l'au-delà...
et si l'eau
à trouver
est devenue si rare,
les puits
à découvrir
que sait,
celui qui sait,
se comptant
bien souvent
sur les doigts
d'une main...
ici demeure
le signe,
encore
le probable,
improbable
pour
l'étranger,
le possible,
l'ultime
récompense,
les puits,
comme les doigts
de la main
de Celui qui sait...
- Tout !
Que le ciel
aujourd'hui -chaque jou r...
sans fin !
compagnon de l'errance,
spectateur,
immensément averti,
immensément éclairé,
garde,
protège,
et perpétue,
cette notion de vie,
fragile
à l'extrême,
forte,
fière
digne,
belle,
et isolée,
libre,
et démesurée...
cette notion
de vie,
à nulle autre
pareille,
et admirable,
malgré
cette infinie
difficulté,
que l'on présume...
sans doute
dans un monde
aussi bouleversé !
D'encore ... Être
aquarelles A. Tambo
Pour Rhissa Rhossey et tous ceux qui aiment le Sahara
FRERE DU VENT - SOEUR DES BÊTES
Prélude berbère
Elles ont suivi les nuages / Les fines gazelles d'Essekrem / Bondissant vers les oueds assoiffés / Jusqu'au camp de l'homme bleu / Said le chasseur sort / Laissant son arme dans sa tente / Plissant les yeux, au-delà des dunes / Ou l'invisible demeure
Frère du vent, soeur des bêtes / Entend la voix du silence / La soif du vide, le puits blanc / Le présage du retour de l'eau / Il se rince la bouche / Avant de dire la première parole
Aman iman ! Mon coeur est le désert / Toutes sources de l'univers / Sont des gazelles !
Puis viennent brouter sans peur / Les fines gazelles d'Essekrem / Bondissant vers les oueds assoiffés / Jusqu'au coeur de l'homme bleu / Lèchent la main du chasseur / S'endorment à portée de flèche / Et deviennent ciel.
tiré des contes des sages nomades, par Patrick Fischmann Seuil







































