couverture

Voyageurs qui passez à Agadez

Ce livre est pour vous. Il vous sera aussi précieux qu'un bijou ciselé dans une échoppe de forgerons. A travers des contes, proverbes et devinettes, il donne une bonne approche de la culture touarègue et de son écriture, les tifinagh.

Cette culture de dialogue, que l'on s'échange, le soir dans les campements, autour du feu, mêle le rire à la morale, le sérieux et le plaisir de se retrouver.

L'APT a édité ce livre à Agadez en collaboration avec l'UNESCO

Illustrations : Boutibou et  A.Tambo

Extraits de la préface 

bergères

LES BERGÈRES, L'OUTARDE ET LE CHACAL

Un jour, un chacal trouva un stratagème pour capturer une outarde. Il savait que cet oiseau adorait la gomme arabique. Il s'enterra donc sous un arbre et laissa juste passer son œil sur lequel il mit de la gomme arabique. Une outarde qui passait par là, ramassa la gomme. Aussitôt, le chacal attrapa sa patte dans sa gueule. Effrayée, l'outarde s'envola avec son ennemi accroché.

Ils survolèrent un groupe de bergères qui gardaient leur bétail. Celles-ci voyant le chacal, s'exclamèrent :  " Oh, maître Moukhamad apprend à voler ! " Alors le chacal, très fier, leur cria : " Ça n'a rien d'étonnant "

Ce faisant, le chacal, bouche ouverte, tomba entre les bergères qui s'emparèrent du prédateur.

l'ignoble

L'IGNOBLE

Il était une fois un homme riche qui avait un voisin pauvre. Chaque jour, le riche faisait cuire de la viande dans sa maison. Chaque jour, le pauvre, attiré par le fumet, s'approchait pour mieux sentir la bonne odeur. Il salivait. Un jour, le riche surprit le pauvre en train de humer l'odeur de sa viande. Il partit de plaindre auprès du marabout et lui dit :

" Cet homme a volé ma viande ".

Le marabout convoqua le pauvre qui réfuta l'accusation :

"Jamais, je n'ai volé sa viande, dit-il. Seulement quand il cuit sa viande, je flaire son odeur ."

" D'accord, dit le marabout. Le jugement est terminé. Lève-toi, dit-il au riche, et donne dix coups de bâtons à l'ombre du pauvre ."

" Je ne comprends pas ce jugement ",  protesta celui-ci.

" C'est pourtant simple, lui répliqua le marabout. Cet homme n'a pas volé ta viande, il a seulement humé son odeur. C'est pourquoi il ne mérite que dix coups sur son ombre."

L'ignoble se leva et s'en alla honteux.

un homme

UN HOMME EXTRAORDINAIRE

Cela faisait sept mois que le malade ne  levait plus la tête. Son état était désespéré.  Tout le monde venait lui rendre visite. C'était un homme très estimé. Il était intègre, serviable et généreux.

A sa mort, ses proches pénétrèrent dans la tente pour sa toilette. Ils en sortirent aussitôt : "Il y a un problème", dirent-ils Les sages se réunirent. C'était vraiment mystérieux. L'homme avait tout d'un mort. Mais son organe génital était en érection et soulevait le linge qui le recouvrait. Ne pouvant rien faire pour l'apaiser, ils appelèrent son épouse. Ils lui demandèrent de se comporter de façon à soulager son défunt époux. La femme, soumise, accomplit ce qu'on lui demandait. On vérifia le résultat. Cette fois, c'était fini. L'homme était bien mort. Tous les connaisseurs furent formels.

Neuf mois plus tard, la fidèle épouse donna naissance à un joli bébé. Le temps passa, l'enfant grandit. Adolescent, il conduisait les animaux de sa mère au pâturage. Là, il rencontrait des enfants méchants qui s'amusaient à lui faire du mal. Comme il n'était pas bagarreur, il se laissait frapper. Mais tous ceux qui portaient la main sur lui tombaient dans un grand malheur : bras cassé, maladie, cheptel décimé... Finalement, tout le monde se méfia de lui et se mit à le respecter.

Avec la maturité, l'homme devint sage et son intelligence étonna les plus instruits.

Un jour, des bandits en furie déferlèrent dans le campement; ils rassemblèrent hommes et femmes d'un côté et le cheptel de l'autre. Notre homme refusa  tout net de les suivre. Les brigands voulurent le molester, mais ceux qui tentaient de porter la main sur lui tombaient dans une crise d'épilepsie. Les brigands, pas rassurés, trouvèrent le salut dans la fuite, abandonnant leurs complices en transe.

L'histoire fit le tour des tribus. L'homme fut craint et respecté. C'était un homme de paix qui refusait guerre et rezzous.

C'était mal connaître les seigneurs des tribus belliqueuses. A chaque conflit, l'homme s'offrait en médiateur. Certains chefs, ne respectant que la loi du sabre, refusaient de l'écouter. Ils tombaient aussitôt dans un grand malheur. Ils souffraient subitement d'incontinence urinaire qui ne s'arrêtait que lorsque l'homme offrait son pardon.

Personne ne veut être un héros dégoulinant d'urine. Alors les plus belliqueux retrouvaient la voie de la sagesse, grâce à cet homme extraordinaire.

On appela ce héros sans sabre "Alher", l'homme de la paix.

C'est ainsi qu'en ce temps là, dans tout l'Aïr, la paix s'installa.

chameaux

 Deux chameaux mâles n'entrent pas dans le même troupeau

Proverbe touareg