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R. Rhossey   Centre de santé de Tchirozérine

photo  H. Lemaréchal

Rhissa Rhossey,  poète touareg, rebelle des années 90 est  responsable  du Centre de Santé de Tchirozérine : Centre important, puisqu'il emploie depuis huit ans 13 agents et dispense des soins aux nomades, qui souvent viennent de très loin.

Tchiro, 18 septembre 2002

Au dispensaire de Tchirozérine, nous avons rencontré l'équipe de soins (13 personnes au total) et en particulier un infirmier Rhissa Rhossey qui a véritablement un talent d'écriture. Il vient d'être édité pour la première fois et c'est un grand évènement, pour lui, sa famille, ses amis. Il quittera pour la première fois son pays à l'invitation de la Ville de Saint-Marcellin pour présenter son recueil de poèmes : JOUR ET NUIT, SABLE ET SANG en mars prochain .

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Aboubé et  Rhissa Rhossey

LES SENTINELLES EN ÉVEIL

Plus le temps passait plus je prenais conscience d'une chose : ma vie est là. Oui, au milieu de ces malnutris au regard égaré,  au milieu de ces mères désemparées,  parfois désespérées de faire sourire ces loques humaines.

Je suis mêlé à leur vie, ému par leurs souffrances.

Quand parfois au bout de plusieurs semaines, un enfant s'en allait, j'en étais profondément bouleversé. Nos soins, nos nuits de veille n'ont donc rien  apporté ?

Et il arrivait souvent qu'un enfant s'en aille, définitivement, vers un monde meilleur, sans maladie, sans malnutrition.

Ange qu'il était, il retournait aux anges.

Mais il n'y a pas seulement des jours sombres, il y a aussi des jours de joie, des jours d'intense bonheur. Quand le mourant reprenait vie, il renouait alors avec le sourire qui s'était jadis figé sur sa face.

Il reprenait de l'embonpoint et s'intéressait à son entourage. Ses pleurs, même à la vue des blouses blanches, étaient signes de vie.

Tout cela m'exalte, me vivifie moi-même et m'apprend à me connaître, car le meilleur miroir de l'homme est son prochain.

Notre métier, comme beaucoup d'autres, est fait de moments de profonde plénitude, et aussi hélas d'incertitude.

Et ces moments d'incertitude sont cruels car nul ne peut dire en quittant un agonisant le soir qu'il le retrouvera vivant demain.

Le mince fil de la vie a ses mystères qui  nous échappent, qui échappent à la science des hommes.

Le mince souffle qui nous lie à la terre, à l'eau, à la lumière, ce mince souffle qui nous lie aux passions humaines, ce mince souffle est trésor et énigme à la fois.

Ils viennent parfois de loin. Ils ont laissé de nombreux centres de santé derrière eux ou  bien ils y ont attendu quelque temps, le temps d'un espoir.

Il en est toujours ainsi quand ils atterrissent chez nous, n'ayant bien souvent que la peau sur les os !

Oui !!! La peau sur les os et les yeux au fond des orbites !

Qu'ils viennent à nous, cela nous met  du baume au cœur et nous incite à prendre notre mission au sérieux.

Notre mission est, je le rappelle, d'aider.

Nous avons le devoir de garder allumée la flamme de leur espoir.

 Et cet espoir est grand, comme l'Amour d'une mère.

C'est un métier qui appelle à soi, toujours à soi, au dépassement, au partage, don désintéressé de soi.

Nous nous relayons de jour comme de nuit avec les autres camarades infirmiers, au chevet de ces enfants, semblables à tous les enfants du monde.

Et étrangement, ces nuits de garde me rappellent d'autres nuits de garde, il y a longtemps aujourd'hui.

J'étais alors un rebelle, en faction au sommet du mont Tamgag, ma kalachnikov étroitement serrée à ma poitrine. J'avais au bout de mes jumelles la vie de centaines de combattants, qui eux étaient insouciants et s'adonnaient à leurs jeux et à la guitare. C'était toujours le même poids, la même sensation d'utilité, ce que d'autres, peut-être, nomment la Responsabilité.

Ces soirs-là sur le mont Tamgag ,j'ai  l'impression que tous ces hommes m'ont confié leur vie. Il suffit d'un sommeil traitre ou d'une baisse de vigilance quelconque, pour que l'ennemi paraisse et les sacrifie.

Toutes les nuits de garde au centre sont pareilles.

Il suffit qu'un seul enfant s'en aille à mon insu. et emporte dans l'au-delà un  peu de mon âme.

Et en vérité, sur la terre, nous ne sommes toujours que des sentinelles, des sentinelles en éveil. 

A  Aboubé  qui a une caresse pour chaque enfant,

Rhissa Rhossey

Jour et Nuit, Sable et Sang, poèmes sahariens   Éd transbordeurs

enfants

enfants   michèle ludwiczak

Yunus OCQUET  

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Yunus   journaliste

MÈRE ÉPLORÉE

Les mains moites et le cœur surmené / Une mère couve son rejeton agonisant /  Rien ni personne ne peut le sauver d’un trépas programmé / Il a hérité d’un malin virus que son géniteur a rencontré par temps de vadrouille / Et son sang et sa chair se consument / Oh mère qui pleure en pluie ! / Oh ! Femme courageuse ! / Résiste et ne ressent point les dards envenimés du destin / Court et plonge dans le fleuve sacré de la Prière / Et confesse tes erreurs à tous les Dieux / Ta seule consolation c’est que nous sommes mortels …

Yunus OCQUET

Témoignages

LE CHE 

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Mahamane Souleymane Cisié

Tchirozérine : années 70-80

En 1979, j’ai quitté le Mali pour aller rejoindre mon père à Agadez, le dernier poste qu’il occupa jusqu’à la retraite. Là, mon retour chez mes parents ne fut qu’une courte halte, car je devais aller encore plus loin, à soixante douze kilomètres dans la vallée de l’Aïr pour poursuivre ma scolarité. Tchirozérine, car tel est le nom cette localité située dans une oasis montagneuse où ne pousse que "l’herbe à chameau", des épineux, quelques palmiers dattiers et des rôniers. La route qui y mène était à l’époque impraticable. Inscrit à l’école catholique, j’ai connu la vie à l’internat avec des enfants qui, comme moi, n’avaient d’autres choix que d’être là, dans cet univers déshérité. L’éducation était rude. Il n’y avait pas d’électricité car c’était bien avant l’exploitation du charbon découvert dans la zone de Anou Ararène. Il fallait apprendre les leçons chaque jour avant la nuit. A base de sorgho rouge, l’alimentation n’était pas variée. Elle était la même pour tous pendant toute l’année académique. Provenant de l’aide américaine, ces sacs de céréales dont l’école nous nourrissait portaient un Logo (poignées de mains, symbole de l’USAID) qui rappelle les tristes séances de distribution de vivres aux éprouvés de la sécheresse et de la famine. Malgré la qualité dérisoire de l’alimentation dans cette école, elle était au moins assurée régulièrement. Ce qui n’était pas évident pour la population disséminée dans les campements et les vallées alentours. Ici et là, la vie obéit à l’obstination d’un climat ingrat, impitoyable... Et pourtant, elle n’empêchait pas les hommes et les femmes de partager les rares et maigres ressources, de sympathiser et de se réjouir par moment dans cette misère ambiante. Certaines nuits, l’écho du Tambour touareg, le Tindey, transporté à travers la vallée, nous parvenait. Il n’y avait qu’un dispensaire ouvert par la mission catholique dans cette région où les piqûres de scorpions de sable étaient fréquentes et fatales.

MANO DAYAK

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Dans le désert, la vie est tellement fragile qu'il faut accepter comme une fatalité le décès d'un être humain, la maladie que l'on ne peut soigner, l'accident de chameau qui tue, le puits à sec qui dessèchera les corps dans le supplice de la soif.

Ce fatalisme n'est ni un manque de sensibilité ni une résignation, mais il permet de supporter les drames dignement quand on ne peut rien faire pour les éviter.

On doit vivre sa souffrance en silence, la tête haute.

J'ai vécu nu jusqu'à l'âge de six ans. Dans l'Aïr, les températures basculent de moins cinq à vingt-cinq degrés en janvier et de trente-cinq à quarante-huit degrés au mois de juin. Hiver comme été, les enfants doivent accepter ces morsures du froid et de la chaleur. Ils ne doivent pas se plaindre. Se plaindre est interdit. Dans ce désert où tout est rare, où la vie est rude, se plaindre est une faiblesse qui déshonore les hommes. Pour échapper au soleil, nous nous abritons à l'ombre de nos tentes. La nuit, nous nous blottissons près des feux allumés au centre du campement.

Un soir, dans son sommeil, un enfant a roulé dans les braises. Il s'appelait... L'usage interdit de révéler son nom. On ne prononce pas le nom d'un mort.

Je suis né avec du sable dans les yeux

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Tazengharghet :  vidéo

Nul ne peut donner de précision quant à la date exacte de l'origine de ces chants accompagnés de danses.
Dans l'Azengharaht une soliste chante et le chœur répond par des refrains qui ne sont que des sortes de ahanements sortant de la poitrine comme pour se libérer d'un poids. Ses sons, sortes d'onomatopées, n'imitent-ils pas la course du vent ? Nul ne le sait vraiment.
Les hommes dansent accompagnés des chants et des battements de mains. Ils s'en imprègnent jusqu'à entrer en transes.
Gare à celui qu ne serait pas arrivé à entrer en transes trois fois car l'esprit malfaisant l'habitera pour toujours et sera source de maladie.
Ce ne sont pas tous les danseurs qui entrent en transes. Seuls ceux qui sont habités par les mauvais esprits y arrivent. La croyance dit que parfois les esprits reviennent. Il faudra donc que l'homme dans lors de la cérémonie de Tazenghareght pour guérir.
Tazenghareght peut donc être assimilée à une cérémonie de guérison

Farida S.

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