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HOMMAGE A L'ÉCOLE-MISSION DE TCHIROZERRINE

Transmis par un jeune Touareg, étudiant en Droit à Niamey

Tout a commencé un matin du mois d'octobre 1993, lorsqu'un cousin de mon père se présenta chez moi très tôt le matin avec, comme mandat spécial, celui de me conduire à l'école-mission aux fins de pouvoir m'y inscrire. Mon noble père, dont j'implore Dieu afin qu'il puisse guider mes pas sur ses traces, ne peut, au vu de ses prestigieuses occupations, se donner à un tel acte, à la limite fatidique. L'immense honneur et le grand bonheur me reviennent ce jour-ci d'intégrer un milieu tant souhaité et envié.

Alors qu'il faut avoir, comme condition préalable d'inscription, l'âge de 7 ans révolus, je n'avais à l'époque que 6 ans et en sus je suis de nature chétif et rabougri. Le débat fut ouvert entre le cousin du vieux et ma chère mère qui souleva tout à coup cette question « in limine litis ». Cela créa en moi un sentiment de frustration, d'angoisse et de tristesse car j'ai pu en saisir la portée et craignant fort de n'être pas inscrit. Mais le doute fut dissipé par l'intervention de ma grand-mère.

Après quelques heures de marche, un nouveau paysage se dessine à l' horizon : c'est les bâtiments de la prestigieuse école-mission catholique de Tchirozérine, où toute l'élite touarègue a été instruite. Nous nous dirigeâmes vers le bureau du directeur, un homme d'une dignité exceptionnelle et qui incarne l'honnêteté et le respect. Après des longues salutations, le cousin de mon père lui fait état du motif de sa visite et me présenta au directeur, qui d'ailleurs connait très très bien la famille. Il prend son registre et y inscrit mon nom puis me fait signe de rejoindre la classe où étaient présents quelques nouveaux. C'est le début d'une longue histoire jalonnée d'inoubliables souvenirs.

Après cet acte quelque peu solennel, mon accompagnateur (que je ne saurais jamais oublié) rebroussa chemin sans moi, me laissant du coup, dans un sentiment d'abandon corrhoboré d'une profonde tristesse.

A midi, un homme fit irruption dans la classe et nous demanda de le suivre pour qu'il nous montre notre nouvelle demeure. L'internat, un bâtiment jouxtant les classes de CM. Le surveillant nous montra alors le dortoir, les toilettes, le réfectoire, un grand hangar, où le premier repas devrait être pris. Un système existe déjà, celui des équipes de quatre élèves qui se partagent un plat. La chance m'a souri d'intégrer une équipe dont le chef est un jeune de mon village. Le menu du jour est simple, des grains du sorgho assaisonnés de poisson. Après le déjeuner, sous la diligence du surveillant, nous formions un rang aux fins de la distribution des nattes et des couvertures : une natte et une couverture pour chaque nouvel élève.

Le soir, le surveillant nous a fait un briefing sur les règles à observer relativement à l'académique et au social. Tel fut mon premier jour à l'école-mission et qui restera longtemps gravé dans ma mémoire en vertu de la sagesse selon laquelle: " Quand quelqu'un te fait du bien écris-le sur les roches afin que le vent ne puisse l'effacer ".

Issus tous des familles non moins défavorisées, les élèves sont logés et nourris par la mission Catholique. Du crayon à écrire jusqu'à l'habillement presque tout est fourni gracieusement par la mission et ses partenaires .J'en ai pleinement bénéficié durant les six très bonnes années de mon séjour à l'internat. J'ai effectué mes études primaires avec brio car je faisais toujours partie des trois premiers de ma classe. A l'école-mission la formation a été et reste de qualité et pour preuve j'en voulais les compétitions entre écoles où le record a été toujours battu par cette école. La lecture est obligatoire à partir de CE1, tous les mercredis après-midi. Les notions de grève et de perturbations de tout genre étaient inconnues. Chaque année les programmes étaient achevés dans les délais requis. Et j'avoue que c'est sans conteste cette formation de base qui nous poursuit et fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui.

Au collège de Tchiro, l'on identifie les élèves de la mission par la différence qu'ils savent créer compte tenu de leur niveau hautement élevé. Au terme de quatre ans d'enseignement secondaire sanctionnés par un brevet de fin du premier cycle, j'ai été orienté au lycée Tegama d'Agadez où l'on va concrétiser son rêve. Au bout de trois ans, j'ai été reçu à l'examen du baccalauréat série littéraire, ce qui m'a permis de m'inscrire dans une faculté de Droit, ce dont j'ai toujours rêvé.

Inscrit à l'université de Niamey, je continue de bénéficier de l'assistance de quelques associations humanitaires et d'un père de la mission catholique de Niamey. Cette assistance m'a beaucoup apporté car j'ai toujours été le major de ma promotion à la fac. Je m'en réjouis très profondément et les mots sont insuffisants pour leur témoigner de ma profonde reconnaissance et gratitude. Je suis au terme du second cycle et je me bats pour trouver les moyens de poursuivre mes études pour un 3ème cycle en Droit. L'ambition m'habite quotidiennement : " Il faut faire ce que l'on veut et vouloir ce que l'on fait " 

C'est vrai je n'ai pas un accès facile à Internet car le coût est un peu élevé. C'est pourquoi je suis obligé d'utiliser mon téléphone portable pour surfer sur internet car c'est désormais possible avec notre opérateur de téléphonie mobile

mail de Niamey,

le 04/04/2009