Almoustapha Tambo

 

Un peu de lui-même...

 

Almoustapha Tambo a vu l'univers  de son enfance s'écrouler en raison des catastrophes naturelles successives puis voler en éclats dans la violence de la première rébellion touarègue. Génération  entre Passé et Avenir, ne pouvant vivre son identité touarègue, dans ce monde moderne,  sacrifiant l'Humain au Profit, dans un environnement en proie à la violence et au chaos. Peuple vacillant entre  la tentation du repli sur soi pour ne pas mourir  et la peur de l'acculturation engendrée par la mondialisation.

Une enfance dans l'Aïr

J'ai fréquenté l’école-mission de Tchirozèrine puis après le collège j'ai fait des études pour être enseignant.

Ma mère me gâtait. J'ai beaucoup aimé ma mère, et souvent j’ai pleurer tout seul de la voir travailler à longueur de journées pour sauver de la sécheresse  quelques têtes de chèvres.  Elle ne voulait pas mourir sans nous laisser un héritage.

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Mon rêve était de combler ma mère. Je fus déçu car mon salaire très maigre ne me l’a pas permis J’avais un seul désir, avoir mon premier salaire et faire des cadeaux à tout le monde. Je n’ai jamais comblé ma mère comme je l’avais désiré.

Ma mère est morte en 1997  : POUR MOI ELLE NE DEVAIT PAS MOURIR, SURTOUT PAS .

Ma mère ne m’a jamais quitté ! Elle est  toujours présente.

Enfant, quand elle partait à la recherche d’un animal égaré et qu’elle ne rentrait pas vite, je restais devant notre case à scruter l ' horizon et poussais un  « ouf » de soulagement en voyant de loin sa silhouette sortir du brouillard ! Quel  BONHEUR ! 

Notre maison  à l’époque constituait le centre. Tous les jugements se faisaient chez nous et souvent les gens venaient s' installer  tout près pour chercher protection. Pour la plupart c’était des familles sans ressources ou des personnes âgées. Ma mère prenait tout et partageait avec tous. 

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Mon père aussi nous chérissait beaucoup. C'était un homme très connu Il était goumier. Nous le voyions très peu car il passait beaucoup de temps à sillonner le désert du Niger, de l'Algérie  au Mali. Quand il rentrait,  il ramenait beaucoup de cadeaux : nous étions heureux. Il  nous donnait, tous les matins, durant une heure, des conseils pour que nous soyons des enfants studieux. Il voulait que, plus tard, nous devenions de grands hommes.

Lui aussi vient de partir, j'en ressens un grand vide.

Aujourd’hui tout cela est terminé et il ne reste que les ruines de notre maison à Tchirozérine.Tout a commencé à se briser avec l'avènement de la première rébellion touarègue où ma mère s’est vue impuissante face à ces militaires qui arrêtaient ses enfants et tiraient tous les soirs à côté des cases. Le campement se cassa juste à sa mort et tous, nous sommes partis, chacun de notre côté . A ma sortie en tant qu’enseignant,  on m’affecta dans une région haoussa au sud du Niger ou je passais 8 ans.

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Ces gens (les guides du Ténéré) ont vécu une époque fabuleuse où l’on apprend à vivre sur la trace des aînés. Ils ont reçu beaucoup d’enseignements. Malheureusement les jeunes regardent ailleurs et forcément, sans repères, ils sont égarés. Moi aussi, j’adore parler avec des gens comme eux, car on  en reçoit beaucoup de paix. C’est pour ça que je suis toujours à la recherche des personnes âgées. J’aime les entendre parler. J’aime leur donner le bras pour se lever.  

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Tout cela est pourtant différent dans notre culture. Chez les Touaregs tous les genres humains sont respectés.Tu as le droit de suivre le conjoint de tes rêves et de ne pas t’attarder avec celui qui n’est plus à ta convenance. Chez nous tu peux choisir ta vie. Guerrier,  bohème ou poète et tu es respecté comme tu es (sans argent). Seules comptent les qualités humaines...

Les choses ont changé : aujourd’hui, tu es traité par rapport à ton travail, à ton gain mensuel, à ta maison et à la voiture dans laquelle tu roules. Nous aussi sommes atteints.

Le modernisme peut tout nous prendre, sauf nos rêves et nos fantasmes.

Ma peinture a une âme,

celle du désert 

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Étant moi-même Touareg, mes représentations s'inspirent des couleurs du désert

C'est un monde de liberté, sans horizon.

Quand je dessine, les personnages qui apparaissent me sont proches, je les connais : avec eux, j'ai partagé le thé ou la soif, marché sous le même soleil, embrassé ces espaces infinis. Les scènes qui naissent sur le papier, je les ai vécues, je les porte en moi, elles sont mon identité, l'essence de moi-même. 

Ce qui m'intéresse, encore plus que les chameaux, c'est ce surgissement du vide vers le vide. Ils surgissent de nulle part et on ne sait pas vers où ils vont. L'espace est flou, indéterminé. C'est l'infini, ils ont domestiqué l'essouf.

Avec l'acrylique, je ne sais pas où les couleurs m'entraînent : elles m'envahissent, me remuent au plus profond de moi-même, me désaltèrent.... Des visions se profilent, comme dans un rêve... Elles s'emparent de mon âme,révèlent ce qui hante mon inconscient , ce qui trouble mon âme ... 

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Comme lorsque dans le désert, nous traçons en silence des signes sur le sable,  seuls avec nous-mêmes et que nous effaçons aussitôt. C'est le pan caché de notre âme, que nous ne livrons qu'à l'infini, qu'à l'Être Suprême....

Quand je travaille à l'aquarelle, le chameau n'est qu'un symbole : le chameau existe dans un espace qui semble vide, hors du temps, hors de la réalité. Il apparaît ou disparaît dans un paysage où la lumière est soleil, lueurs des étoiles, poussière de sable, où l'on entend tout d'abord le silence, qui, peu à peu, s'emplit de sons feutrés, indéfinis, bruits de la vie, agitation d'un brin d'herbe, roulement d'une pierre, cri d'oiseau, souffle du vent ...

Ce qui m'importe c'est cet espace sans horizon, ce lointain vide, reposant, où la réalité devient mirage, où la solitude et la paix nous permettent de rester des Kel Tamasheq.

A. Tambo, janvier 2009

Aquarelles A.Tambo

Instituteur et artiste peintre - Touareg du Niger, rencontres au fil du temps..

Instituteur, Almoustapha Tambo a tout d'abord enseigné dans le Sud du Niger. Puis il a obtenu un poste dans sa région natale, non loin d'Agadez,à l'école de brousse d'Irkikiwi Ibizgan, sur la piste d'Arlit.

http://touaregsmirages.canalblog.com
Almoustapha Tambo : Les aquarelles du désert - Touareg du Niger, rencontres au fil du temps..

Touareg né dans le Massif de l'Aïr à Tchirozèrine, citadin et enseignant, Almoustapha Tambo témoigne, armé des ses seuls pinceaux, de ce passé dont il garde, ancrées au plus profond de son être, la grandeur, la richesse et la noblesse. " Calme et de nature affable, Almoustapha Tambo est un peintre qui fait parler de lui à Agadez.

http://touaregsmirages.canalblog.com