Récemment certains jeunes auteurs ont eu recours à l'écriture pour fixer leurs textes. Les tifinagh, alphabet touareg, ne servent traditionnellement qu'à transcrire des messages confidentiels, graver des inscriptions sur roche pour marquer une étape de voyage ou établir des comptabilités fastidieuses. Pourquoi ce passage soudain à l'écrit ? Le contact avec le monde moderne n'explique pas tout. En fait, lorsque le tissu social se déchire comme aujourd'hui chez les Touaregs écartelés entre cinq États différents. la mise en scène littéraire devient impossible : le public qui faisait écho aux œuvres a disparu, la circulation des idées et pensées qui accompagnait celle des hommes est entravée, les valeurs guerrières ne peuvent plus se réaliser, l'honneur est bafoué.  On comprend le figement et le dépérissement progressif des genres littéraires classiques tandis que les nouveaux courants n'ont pu naître qu'en se dégageant des registres anciens .

Hélène Claudot-Hawad   LES TOUAREGS  Portraits en fragments

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Qui je suis ?

Peut-être serez-vous déçu si je vous dis qui je suis. Je suis un targui en manque d'habits qui lui donnent son allure. / Mon 'tagoulmousté, je l'ai perdu le jour de la bataille de la survie. Mon pantalon j'en ai fait des sacs à provision, on l'appelait 'indjalagané' Mon grand boubou, j'en ai fait une tente comme abri. C'était le 'tekatkaté' de ma vie. Ne souriez pas mes amis, ça peut arriver ici.

J'ai entendu parler des indiens d'Amérique, des pygmées de l'Amazonie et ici les hommes du voyage qui sont traqués comme des souris : savez-vous qu'ils ont tous du sang qui coule dans leurs veines et un cœur qui palpite dans leur cage thoracique ?

Le temps est fini où le targui était fier de son allure : un beau chameau blanc avec tous ses bagages, son sabre et son javelot mérité.

Maintenant il est devenu un 'achamauré,  le chômeur ou un 'échekér'.

Corde usée à la portée de tous : il ne rêve plus de la princesse assise sous le palmier dans l'attente de son amour, ni de la bataille de bravoure sous les éloges de tous.

Le beau temps d'hier est fini, mais on peut toujours espérer qu'il reviendra un jour. 

La vie sans espoir est comme l'amour sans projet d'avenir.

Je suis enfant de sable, enfant de nuit

Je suis sombre et nu, comme toi la nuit, je navigue au-delà de tes chemins diurnes, je cherche les sentiers flamboyants qui rythment la vie. Je suis silencieux et profond comme toi la nuit, comme le désert à l'approche de ta venue.

Je suis enfant de sable, enfant de nuit, mes yeux volent dans le noir qui t'a nourri. Mes oreilles bourdonnent de peur quand tes ondes frémissent, la brume et les ténèbres sont le fruit de ton travail assidu. A l'approche de la nuit les guerriers qui luttent pour les nations perdues crient leur désespoir. Comme les cris des loups qui se rassemblent pour la fête de minuit, sauvages et terribles, ils sont quand même dans l'oubli. 

Enfant, j'ai grandi dans le sable loin des villes en écoutant les berceuses des nomades qui évoluent vers les frontières de l'oubli, avec comme seul repère, le clair de lune et ses rayons d'argent éclairant les terres qui ont contenu la misère de l'enfant sans patrie, sable mouvant étendu comme une page sans écriture. La trace des chercheurs reste inscrite comme un graffiti que fait le poète en commençant sa poésie. 

Enfant, le jouais à cache-cache dans la nuit avec mes amis. Le souvenir reste encore soutenu dans la part innocente de ma vie.

Souéloum Diagho

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DESTIN

Que faire lorsque la joie s’en va / Mordant de-ci, de- là / Quelques heureux élus ? / Pousser au loin nos soupirs enfumés... / Changer de route pour emprunter les sentiers incertains ? / Cueillir des fleurs pour couronner nos échecs ? / Prier pour achever le noir tableau ? / Chanter pour que l’écho des cimetières nous répondre ? / Veiller pour apprendre la sagesse du hibou ?

Inoussa Yunus Ocquet