Un rêve coriace, un rêve de liberté

les poètes des espaces d’antan sont morts / leurs yeux jusqu’aux sourcils ensablés / mais au plus profond de nous vibre un souvenir / de leurs veines généreuses et tannées

 

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Abderrahmane Djelfaoui

Abderrahmane Djelfaoui est né à Alger en 1950. Journaliste. homme de radio. écrivain fortement engagé dans l'émergence artistique de son pays, il contribue à fonder la revue Parking nomade, puis 12 X 2, revue vouée au dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. En 2004, il organise les rencontres de Timimoun / Adrar.   « Poètes du désert » , dont il coordonnera la publication.

LE MÛRIER

Le mûrier s'imbibe / de lumière / laissant ses feuilles vertes / s'égoutter de vent

Au cœur des branches / sommeillent des étoiles / oublieuses / de la règle des lunes

Tel un Indien / il descend d'une peuplade / imperceptible

A quoi bon / se dit-il / narines soufflées / sel sables et vents

les yeux lents / rouges / comme la canicule / qui se rit d'une pluie

à quoi bon / commander / à la colonne vertébrale / éveil de la nudité

à quoi bon / d'un destin / peler / montagne du temps

Abderrahmane Djelfaoui

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Chekib Abdessalam

Le proverbe touareg proclame :

«Pars à un moment qui ne te convient pas, quand tu arriveras le moment te plaira »

Ainsi en est-il, aujourd'hui, pour la poésie. Une larme dans l'urgence, un mot d'amour, un sourire qui rassure. Aux temps modernes, la perception d'un cri, une signature, une attitude.

Un rêve coriace, c'est un rêve de liberté.

Une liberté au long cours qui nous vient du fin fond des déserts du Sahara central où elle règne sur la réalité des choses et des êtres.
Force insoumise fabuleuse que ne troublent pas les mirages de l'invivable, de l'injonction et de l'apparence, que ne peuvent atteindre les leurres, ni les litanies de la vanité.
Un rêve coriace s'active rapide et vigoureux.
Esprit libre, soleil-mémoire, sable et ubiquité, son âme-lune s'abreuve aux fulgurances et aux impertinences du mot, exalte la marche en avant du grand nomade.

Chekib Abdessalam   «Un rêve coriace»  l'Harmattan

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Ibrahim Ag Safi

Vent du Sud

Je suis ni rebelle, ni politicien / Non plus un trafiquant d’armes ni un cannibaleafricain / Mais un homme libre comme le vent du Sahara / J’aime la vie, j’aime la paix, et l’amour entre les êtres humains / Je ne suis pas un clochard clandestin / Non plus un drogué façon colombienne / Ni un bandit de la mafia américaine / Mais un nomade Sahélien / J’aime danser, j’aime chanter la voix de la belle fille Malienne / Je n’ai pas voté pour la guerre en Irak / Non plus pour les islamistes algériens / Mais je suis pour Assalam Aleikoum / J’aime l’amitié et l’égalité entre toute l’humanité

Ibrahim Ag Safi

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Sable et préhistoire saharienne

Écoute le vent, mon ami / Le vent de nuit du Sahara / Quand sur les dunes la nuit luit / De son surnaturel éclat
Écoute la chanson du sable / Quand tous les grains sont en folie,  / Écoute, il conte une fable, / La légende du Méhari

Écoute la plainte du vent / Furieux de souffler sur le vide / Et qui te dit en sifflant  / De sa voix claire et limpide
Écoute bien sa mélodie, / C’est la grande voix du désert / Des sons venus de l’infini / Qui vont se perdre dans l’éther
Je suis comme un grain de poussière / Qu’un jour le vent emportera, / Comme cette faible lumière / Que de son souffle il éteindra
Vent de la nuit, vent du désert / Tu me berces tout doucement / Et de tes sanglots le concert / Est pour moi le plus beau des chants

Auteur inconnu