Esclaves et affranchis

 

De l'étrangeté à l'intégration culturelle

 

H_Claudot

Aux hommes libres s'opposent les esclaves enlevés au cours des guerres et agrégés aux tribus. La plupart ont pour origine les mondes lointains de la savane qui n'entretenaient aucun lien avec les Touaregs. Les esclaves ne pouvaient être pris ni chez les voisins musulmans, ni dans les protectorats païens.

Ils étaient destinés aux travaux domestiques et au gardiennage des troupeaux. En nombre très restreint dans le nord du pays touareg où les ressources naturelles peu abondantes interdisaient la concentration humaine, leur densité numérique était forte dans le sud où l'accroissement du gros bétail et la culture du mil et du sorgho exigeaient une main-d'œuvre importante.

Par divers mécanismes, les personnes de statut servile étaient, en deux ou plusieurs générations, converties en hommes libres.

Les esclaves qui avaient acquis la langue, la culture et les valeurs touarègues devaient être affranchis. Pour marquer leur nouveau statut, les maîtres leur offraient cérémonieusement un voile, symbole de l'honneur, et les dotaient de moyens de survie en troupeaux et en droit sur le sol. Ils formaient alors une maison autonome et pouvaient se spécialiser dans des activités variées.

Ainsi, la fluidité de la hiérarchie sociale et le recyclage constant des étrangers et des prisonniers de guerre en hommes touaregs libres faisaient partie des mécanismes de reproduction et d'extension de cette société à dominante nomade. Ceux-ci ont probablement contribué à la pérenniser dans un environnement naturel particulièrement hostile.

Claudot_Hawad

*Légende de la photo : Les touaregs de la même " maison ", qu'ils soient d'origine libre ou servile, sont souvent liés par la parenté du lait qui instaure entre eux les mêmes comportements et les mêmes interdits matrimoniaux qu'avec les proches parents. Une fillette d'origine servile partage l'intimité d'une jeune femme noble et de son enfant, une complicité et une familiarité tissée par le partage de la vie quotidienne.

**Légende de la photo : Autrefois, nous possédions de nombreux esclaves (...) Chaque mère esclave avec ses enfants avait son rôle. Celle qui prenait soin de la toilette des femmes, celle qui était chargée de la propreté et du rangement des tentes, celle qui prenait soin des chevaux, celle qui s'occupait des méharis" (femme noble de l'Aïr). Parmi les anciens esclaves, certains se sont installés au voisinage des maîtres d'autrefois, restant au service des maisons.

H. Claudot-Hawad Touaregs : Apprivoiser le désert

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 ancien bracelet d'esclave Mali

L'esclave en continuums culturels touaregs

Débat sur un article

Par Aramas Harum, sur la question de l’esclavage dans les sociétés Touarègues

Voilà un sujet important, délicat qui heurte souvent les sensibilités des anciens. L’esclavage, un thème cher aux associations "humanistes" qui est aussi utilisé et manipulé par eux et certains médias pour semer la confusion sur la situation actuelle de ce fait historique au sein des sociétés touarègues.

" Les Touaregs ont certes pillé et razzié, mais ils ont aussi fait les guerres et faits des esclaves comme tout le monde. Ils en ont acheté d‘autres sur des marchés noirs. Ils ont pratiqué l’esclavage comme des autres. Mais, que ceux qui critiquent les Touaregs sachent une chose : tout esclavagistes qu’ils étaient, les abus ou les sévices étaient mal vus parce qu’ils n’honoraient pas ceux qui les pratiquaient. Comme d’autres l’avaient dit, les esclaves étaient habillés, nourris et protégés par ceux-là à qui ils appartenaient et formaient une partie non négligeable de l’effectif des clans ou des tribus. La relation "Maitres-Esclaves" était basée sur le respect de la hiérarchie et celui de la protection du bien. Dans les communautés nomades, le traitement des esclaves avait un impact sur l’image du maître".

Tamedourt   Souffle de vie nomade

ESCLAVES

esclaves au Niger Philip Poupin

Esclaves des Touaregs

Cette facette de la société traditionnelle Touarègue qui a souvent servi d´argument pour expliquer la répression engagée envers les Touaregs, reste encore aujourd'hui´hui un point sombre pour les observateurs internationaux.
Les gouvernements du Niger et du Mali en guerre avaient trouvé là un argument de poids pour faire réagir les populations occidentales, qui se retrouvaient par là finalement fières d´avoir colonisé et tenté de raisonner dans le sang ces hommes hors du temps."

L´origine de l´esclavage chez les Touaregs réside en partie dans la très hiérarchisée société Touarègue.

L´Akli comme l´Abîd en Mauritanie, est le plus bas échelon de l´organisation sociale Touarègue. Les appartenances ethniques ont bien sûr joué un grand rôle dans cette organisation... Ce sont les Noirs qui subirent ici la domination militaire des Arabes et des Berbères, délaissant leur culture pour adopter celle de leurs nouveaux conquérants.

Les Iklan doivent une totale obéissance à leurs maitres, ils gardent les troupeaux, ils assurent les travaux ménagers, l´extraction, l´empaquetage, le chargement et le portage des quilles de sel sur les dromadaires des caravanes ...
Le statut de l´esclave est pour les occidentaux très difficile à transposer et à comprendre.

À l´image de l´esclave Noir-américain, l´Akli est théoriquement privé du droit fondamental de liberté.

Si de nombreuses règles régissent le régime des iklan dans le campement, ils disposent cependant d´un statut un peu plus complexe que lors d´une simple relation dominant-dominé.
Le campement agit comme une micro- société, et la proximité jouant, les relations sont plutôt détendues entre maitres "Imouhar" ou "Imzad" (nobles et artisans) et "iklan". Les esclaves Touaregs bénéficient d´une certaine liberté, la vie nomade aidant, et les esclaves se doivent de participer à la vie sociale du campement, d´en récolter les malheurs et les bénéfices.
L´hostilité du désert rapproche également maitres et esclaves, les difficultés des uns étant indissociables des difficultés des autres.
Ce n'est bien sûr pas partout le cas, mais les Iklan et les Imouhar mangent souvent à la même table, cela vient entre autre du fait que les enfants des deux castes sont élevés ensembles, sans distinction d´appartenance : a complicité est indéniable.

La relation maître-esclave chez les Touaregs est une relation complexe, un mélange de complicité et de servitude, mais aussi un respect historique de cette hiérarchie pour les deux partenaires.

Point intéressant également, les Touaregs nobles ne peuvent pas se séparer de leurs esclaves devenus trop vieux, ils ont le devoir de les prendre en charge de la naissance à la mort. En revanche si un esclave fait une faute grave, il perdra définitivement toute considération et le maître aura droit de vie ou de mort sur son esclave.

L´akli a également le droit de demander à changer de maitre si celui-ci le maltraite ! Mais il faut compter avec la colère de ce dernier qui en général s´arrange pour que l´akli paie ce passage en y perdant ses quelques privilèges.

Agadez.org  Les  iklan

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esclaves au Niger    Philip Poupin

Un vent de modernité souffle sur le Niger, de quoi se réjouir. Plus de 200 chefs traditionnels nigériens, des sarki, se sont récemment réunis à Niamey durant trois jours dans le cadre d'une conférence sur le travail forcé. Ils ont pris une importante décision.

" Nous nous engageons à œuvrer pour l'éradication du travail forcé et des pratiques esclavagistes conformément aux conventions de l'Organisation Internationale du Travail "  Voici la déclaration solennelle de l'ACTN, l'Association des Chefs Traditionnels du Niger, qui permet d'espérer un changement dans les comportements esclavagistes encore recensés au Niger. 

Mahamane Souleymane Cisse

Militant des droits de l’Homme

cisse

« Journaliste de la presse écrite nigérienne, notamment au journal Alternative, je suis également militant des droits de l’Homme. Je milite au plan national dans le Réseau des Journalistes pour les Droits de l’Homme et à travers le monde dans l’Entente Internationale des travailleurs et des peuples, Amnesty International et Reporters sans frontières "

" Au sein de la Commission nationale des droits de l’homme du Niger, je suis le rapporteur de la commission chargée de l’élimination des discriminations ethniques, raciales, et religieuses. C’est en travaillant en tant que journaliste sur les  pratiques esclavagistes  que j’ai rencontré Ilguilas Weila, président de l’association Timidria, qui participait avec moi à de nombreux forums et débats consacrés au sujet de l’esclavage. Ceci nous a rapprochés l’un de l’autre, un an avant que nous ne devenions des collègues de travail dans la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ce qui nous a encore rapprochés davantage, c’est l’attention particulière que le journal «Alternative» porte sur les violations des droits de l’homme en général. En effet, à la différence des autres journaux de la place, notre organe d’information a toujours réagi promptement aux événements relatifs à ce type de violation en envoyant un reporter sur le terrain. Connaissant l’impact  des médias sur l’opinion en matière de dénonciation et d’éducation, l’Association Timidria s’est faite un allié de notre journal ainsi que du Réseau des journalistes pour les droits de l’homme au sein duquel nous sommes actifs. L’écho des articles publiés sur le plan national et international a encouragé la collaboration entre le journal Alternative et l’Association Timidria. Si pour cette association, la publication d’informations sur l’esclavage était utile, il était tout aussi utile pour le journal de détenir une source d’informations de première main sur ce sujet délicat."

Mahamane Souleymane Cisse   dit « le Che »

RACISME AU NIGER

 Ilguilas Weila

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 Employé à l’Agence nigérienne de presse, mon collaborateur  est un homme que rien ne prédisposait à la lutte contre l’esclavage. Né en 1957 dans le village de Wirihamiza arrondissement de Tchintabaraden, localité nomade où les pratiques esclavagistes ont toujours cours, il a suivi un parcours scolaire normal de l’école primaire de son village jusqu’à son année de spécialisation à l’Agence France Presse, en passant par le Collège d’enseignement générale de Tahoua et l’ Ecole de formation en télécommunication de Niamey. Appartenant à la tribu igorane, nobles touareg de teint noir qui vivent dans l’Azaouak, il m’a confié que : « Ni moi, ni les hommes de ma tribu n’ont un problème avec l’esclavage. Dans la grande famille des touareg, nous sommes des nobles. Cependant la question de l’esclavage m’intéresse. Cela s’explique pour deux raisons principales. La première, c’est que je suis un touareg Igorane.

" Mon teint est naturellement noir. Dans le milieu où je suis né, il y a beaucoup de touaregs de peau claire, qui nous méprisent. La deuxième, il y a une idée très répandue depuis la colonisation française selon laquelle un touareg ne peut être qu’un « homme bleu » , un seigneur du désert, guerrier redoutable, supérieur aux touaregs noirs et même aux autres tribus noires. Ce cliché rassemble tous les touareg de peau noire sous la dénomination péjorative de « Bella ». Ce concept péjoratif veut dire aussi l’esclave. Les implications de ce concept péjoratif se mesurent dans les regards et dans les blessures psychologiques, et morales des victimes à qui on l’adresse.

Je me sens proche de tous ces hommes victimes de la couleur de leur peau. Aussi je comprends la douleur de ceux qui sont en train d’être exploités à cause de l’esclavage Je partage leur douleur et leur peine face au mépris et à la discrimination qui y est liée. Nous avions crée l’association de défense des droits de l’homme Timidria pour essayer de mettre fin à ces délits de faciès et à toutes ces violations de droits de l'homme.

Ilguilas Weila

A cause de la couleur de notre peau

Christophe Châtelot

Pour le prix d'une chèvre

Chatelot

Hadizatou Mani avait 12 ans lorsqu'elle a été vendue. Grâce à des mouvements de lutte contre l'esclavage, elle a recouvré la liberté. Mais il existe encore, au Niger, des hommes et des femmes au service d'un maître qui a droit de vie et de mort sur eux.

Lire  Christophe Chatelôt