ghossey

Ghossey  père de  Rhissa Rhossey

La Targuité

Réalité tangible ou fonds de commerce douteux ?

Beaucoup de mes frères et amis Touraeg parlent avec fierté de la notion de Targuité, ce qui peut se comprendre du reste, connaissant ce grand peuple du désert avec sa générosité proverbiale et son hospitalité légendaire.

Mais il y a quand même un certain malaise à évoquer cette targuité quand on sait que la semaine dernière, lors de ce qui s’est passé à Kidal, s’était la tribalité dans sa forme primaire qui s’est manifestée. Il convient, néanmoins, à mon humble avis de reconnaitre que l’ennemi de ce peuple vient de l’intérieur. Il y a trois catégories d’élite touarègue aujourd’hui que je classe ainsi :

Catégorie 1 : Des hommes d’affaires, des politiques et intellectuels qui ont fait ou font fortune sur la misère de ce peuple. Il y a ceux qui exploitent l’image de l’homme bleu du désert pauvre et authentique auprès des tours opérators avec l’impression d’affirmer ceci : rester authentiques, misérables et ignorants, pour que nous puissions continuer à exploiter ce filon et nous engraisser davantage. N’allez surtout pas à l’école, sinon vous gâcherez toute l’image folklorique qu’on se fait de vous ailleurs. Ce n’est pas qu’au Mali c’est aussi le cas en Algérie et au Niger. Je trouve, pour ma part dégradant de réduire ce grand peuple à son unique dimension folklorique.

Catégorie 2 :Des vieux seigneurs de guerre qui passent leur temps à vivre dans un passé lointain, figé dans le temps, sans tenir compte des évolutions autour.  Ils sont malheureusement les idoles d’une jeunesse ignorante et désœuvrée, dont le couplage mortel du chômage sur le terrain et d’un mirage d’une fortune rapide à moindre coût rend la psychologie fragile. Cette jeunesse est utilisée comme une armée enrôlable à tout moment constituant ainsi un moyen de chantage sur un pouvoir central négligeant et faible. En somme une pièce dans le puzzle d’un éventuel accord dont les dividendes bien cachés constitueraient une manne et une rente à vie. Quel gâchis ! et quel égoïsme. Nos vieux seigneurs de guerre n’ont aucun intérêt à ce que cette jeunesse se réveille, se libère, apprenne, car plus on s’instruit, plus on est en mesure de se poser des questions, d’être moins maniable, et cela tout ce qu’il faut éviter… Donc restez ignorants et miséreux pour que nous continuions à vous utiliser comme monnaie d’échange et donc nous engraisser à l’instar de la catégorie 1.

Catégorie 3 : Ce sont des hommes qui ont bien compris la valeur de l’éducation, qui militent pour l’éducation des enfants garçons et filles, qui prennent des initiatives audacieuses, participent à la construction des écoles, créent des structures d’accueil pour les enfants nomades en vue de leur scolarisation. Ils militent pour que ce peuple ait sa place dans la société en préservant ses valeurs et ses principes. Ils usent des moyens pacifiques et modernes pour contester. Ils s’impliquent dans la construction d’un ensemble divers et ouvert.

Ce sont des hommes à qui appartient l’avenir et je salue les actions et les œuvres qu’ils mènent. Ils ne sont pas toujours encouragés mais ils doivent savoir que seules leurs actions résisteront au temps. Ils sont à l’inverse des catégories 1 et 2 . Leur slogan est ceci : Réveillez vous, étudiez, même si cela est difficile, rien n’est facile dans la vie. Usez de l’espace démocratique qui vous est offert pour faire valoir vos droits loin des armes et de désolation. A ceux-ci, je dis simplement MERCI pour les vôtres et pour l’humanité."

Moustapha Dahi

baniou

baniou photo   Assarid Ilias

Hawad

Inventer notre futur

" Il faut tisser une nouvelle trame à partir de nos propre fibres, les vieilles fibres usées de la trame touarègue. Il faut tisser, il faut marcher de l'avant. Du moment qu'on se lève pour tisser et qu'on se met à l'œuvre, la trame est déjà tissée. C'est cela qui nous intéresse et c'est cela qu'exige le peuple touareg aujourd'hui "

Tourne-tête, le pays déchiqueté

Compagnons, / Écoutez / et vous allez entendre. / Apprenez / ce qui est amer  / et nous est arrivé./ Vous ne le soignerez pas  / à moins de m’écouter.
Une seule croyance, / un seul but,  / l’organisation en une seule main. / La potence, une seule. / Vous y êtes suspendus  / et vos frères y sont suspendus aussi  / Seule l’unité la brisera.
Âmes usées,  / Tant de vauriens! / Âmes usées, / Celui qui s’en soucie / n’a qu’à mener une lutte / comme celle de Kaocen  / qui a combattu partout  / où il y a des villes.
Compagnons,  / Que me dites-vous? / Moi, mon cœur me brûle. /Je ne m’attarderai pas
Dès à présent je partirai  là où il se passe quelque chose de beau. / Feu-faille! / Brûlé! / Voila le mot de passe. / Nous allons nous soulever / et œuvrer pour notre pays / où nos tentes sont détruites.
Quand je me suis levé / j’ai fait la grimace / et j’ai marché tout droit au-delà des tentes / qui m’ont effrayé.
Je me suis mis en quête  / de la connaissance. / Et quand j’aurais appris, / je m’en retournerai. /  Le pays est déjà construit / puisque vous êtes partis  / et avez dépassé la « région » / où vous êtes nés.

Hawad

hawad

Voix solitaires sous l'horizon confisqué

Le regard déformant de l’extérieur

Au sujet du regard de l’extérieur sur les Touaregs, chaque fois que je lis un livre sur les Touaregs, ça me fait rire. Je n’ai jamais retrouvé dans un livre les Touaregs que je connais. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de bons auteurs, mais il y a des gens qui à l’occasion d’un voyage au Mali ou au Niger côtoient quatre, cinq Touaregs et qui écrivent un livre en abordant des thèmes extrêmement complexes et déduisent sur la base de leur voyage qu’ils sont devenus spécialistes du monde touareg.

Le regard de l’extérieur sur les Touaregs a été extrêmement déformant. Le drame aujourd’hui, c’est qu’un nombre important de Touaregs, qu’ils aient étudié ou pas, se voient à travers les yeux de l’extérieur.

Hawad

baniou 2baniou photo   Assarid Ilias

MANO DAYAK

De tous ses noms, le diable, quand il s'acharne sur les Touareg, pourrait élire un seul : l'HISTOIRE. N'est-ce pas elle qui nous a condamnés ? Il y a un siècle et demi, nous régnions encore en maîtres sur le Sahara central, respectés et craints de tous. Aujourd'hui, si ce n'est pas la haine que nous inspirons aux autres, c'est la pitié.

 En un instant, l'HISTOIRE a fait de nous un peuple déchu. Elle nous déteste. Parce que précisément, nous n'en avons pas. Le peuple touareg est un peuple sans histoire. Cela, nous ne le savions pas car nous ne le pensions pas. Nous, comme tous les autres peuples, avons toujours cru posséder une histoire.

Seulement, la nôtre est orale. Elle se transmet de bouche à oreille, de génération en génération. Autant dire qu'aux yeux des autres nous avons peut-être une mémoire, mais pas une histoire. Car nous ne l'avons pas fixée, couchée sur le papier, en volumes bien dorés, reliés ou diffusée en livres de poches.

Du coup, notre histoire, ce sont les autres qui l'ont écrite, et à nos dépens. Elle leur appartient. Je me rappellerai toujours cet ouvrage qui, vers la fin des années soixante, m'apprit que "les hommes bleus" n'avaient été que des pillards et d'impitoyables esclavagistes avant que la colonisation ne délivre le Sahara du joug touareg. J'en avais été plus que surpris. Ebayghar et les autres "auteurs" de notre histoire orale ne m'avaient jamais dit que les touareg étaient les voyous du désert. "

A

aquarelle  A. Tambo

ISSOUF AG MAHA

Touareg du XXIème siècle

Le cri d'alarme, l'appel à la communauté internationale, le recours à l'aide vont-ils être des compagnons de notre existence ? Quand va-t-on sortir de cet engrenage infernal qui nous maintient en peuple assisté ? Comment pourrons-nous sécuriser nos populations et permettre à tous en ce XXIème siècle de mener une vie décente ? Voilà les questions que chacun se pose au plus profond de soi.

Issouf Ag Maha

Timia

photo   Assarid Ilias

Rhissa RHOSSEY

Je vais sortir de mon silence, il en est temps.

J'ai trop médité en silence, je dois partager, surtout pour nous-mêmes, arrêter les dérives. Grandir, être à hauteur du vingt-unième siècle.

Mon Peuple doit s'adapter à l'évolution tout en gardant son âme.

Ce sens aigu de la justice, cette hospitalité légendaire, ces nombreuses petites choses du quotidien, le respect de la femme, la protection des faibles, un certain sens de l'honneur.

Ce Peuple très mal connu a tant à donner

Je n'ai appris à lire et à écrire que pour cela.

Que d'essais, de romans, de poèmes, d'histoires vécues ...

Que de douleurs, de joies, d'amour et de haine ...

Que d'espoir et de désespoir, tout cela je dois le dire, le partager

En vérité, je pense que ma voix est une voix insignifiante, que je ne suis rien : le monde actuel n'écoute que les gens qui ont le pouvoir, l'argent, les armes. Je n'ai rien de tout cela, je n ai que ma parole, ma plume, mon calme.

Et j'espère qu'avec ces riens, je déplacerai les montagnes : la force de ma parole est la VÉRITÉ, ma FORCE est mon impartialité.

Je ne suis d'aucun clan, d'aucune couleur politique.

Je ne défends que l'homme sans couleur, l'homme immensément beau et grand.

Et ce mépris de la mort et la vanité de tout ce qui n'est pas juste.

Un homme qui souffre n'est pas un ours qui danse.

Un Peuple qui ne s'exprime pas sur son destin est un PEUPLE MORT

TOUAREG !!! Si nous avons déclenché trois luttes armées qui s'étalent, en somme, pratiquement sur cinquante ans depuis les Indépendances, avec le déclenchement de l'insurrection de l'Adrar des Ifoghas, jusqu'au retour des combattant du MNJ, sans défaite ni victoire.

C'est une situation mitigée de « ni guerre ni paix » autrement dit « alher azzamane » que nous vivons en permanence.

Hors, ce qui est paradoxal, c'est le manque total de suite politique, une fois les armes tues.

Rien pour faire écho aux revendications pour lesquelles des milliers de gens ont pris les armes, abandonné leurs maisons pour l'exil, leur travail,s'ils en  avaient un,

et surtout ont perdu la vie.

A ces différentes luttes, presque le même dénouement : des accords plus ou moins respectés. Une élite : les leaders qui se casent partout, comme ils le peuvent, c'est-à-dire à tout vent ...

Et ce désir effréné de biens matériels.

Des combattant délaissés, ou plutôt abandonnés à eux-mêmes.

Et des gens, plus ou moins habiles qui intègrent le même système qu'ils combattaient militairement quelques mois plus tôt ...

Dans toute cette logique qui se répète il y a quelque chose d'anormal de flou et de troublant.

Vu de près, on se demande s'il y a une direction à tout cela.

Y a-t-il un véritable projet de société ou une vision d'avenir derrière ces agitations ?

Ou bien comme le disait HAWAD, « nous ne voyons pas plus loin que les cornes de nos chèvres »

J'ajouterais rabougries et faméliques.

Le jeu de la guerre est dangereux tout comme la construction de la paix est une œuvre exaltante, motivante.

TOUAREG !!!

Les aventures sans lendemain ne valent pas tant de sacrifices remettons-nous en question !

Soyons des HOMMES QUI INTERROGENT

Tous sont unanimes : ceux qui sont morts au cours  de ces décennies de lutte étaient les meilleurs d'entre nous.

Mais en quoi sommes nous rester fidèles à leur mémoire ?

Rhissa Rhossey

Timia (2)

photo   Assarid Ilias

AU FIL DES RÉPONSES

Bonjour

Merci pour le message. Oui tout à fait. La culture Twareg est si vaste qu'elle ne mérite pas d'être représenter par des soi-disant associations qui mendient en Europe au nom des twaregs ... Je suis parfaitement d'accord avec vous sur le fait que les twaregs peuvent se prendre en charge. Je pense que pour ceux qui sont sensés relever cette culture, elle est devenue pour eux un moyen des se faire des sous et c'est dommage...
Je crois que vous avez évoquer une réalité des choses qu'il faut dénoncer ...
Oui avec peu de moyens on peut faire beaucoup  de choses et la tête haute.
Un proverbe twareg dit :

Quand tu voyages prend deux sacs un pour recevoir l'autre pour donner

C'est une très bonne idée de collectionner ces textes je ne serais jamais contre.

La culture fait l'homme alors je ne suis rien sans ma culture

J'ai aussi certains documents que des amis m'ont offerts qui peuvent aussi être intéressants.
tanimert

Assam Midal

A

photo Assan Midal

J'ai lu le texte et je voudrais bien être du dernier groupe mais c'est pas facile ... Le besoin d'argent pour vivre soit même et l'environnement réel trahissent les rebonds profonds de nos cœurs.

Agadez,  le 13/08/09

Nous sommes la mémoire et le rêve

Nous sommes la branche et la racine du temps

Et nous savons faire oublier à l’homme le chagrin de ses pertes.

Hawad

 A

photo  Assan Midal

Poésies et chants Touaregs de l’Ayr

Bonjour

Excuse mon retard pour la réponse à ton magnifique message.Je crois que tu racontes bien la réalité des twaregs. Tu as tout à fait raison, c'est une nouvelle vague des twaregs et leurs associations qui cherchent a se faire des sous au nom des autres ... C'est dommage : oui beaucoup de touristes avec qui je sors me parlent des ces associations qui donnent de très mauvaises images aux twaregs ... alors que nous sommes plus connus pour notre grande culture que pour mendier.
Il y a tellement des associations que je pense qu'à elles seules, elles peuvent faire beaucoup de chose pour les twaregs malheureusement.
Bon que faire :  ceux qui sont sensés faire quelque chose pour eux se transforment en mendiants.
Ton jugement est positif et tu dois  porter un jugement parce que tu veux du bien aux twaregs Je me pose toujours ces questions ... et plein de gens (touristes pour la plupart et sur le net aussi )  me posent des questions sur tels comportements.
Tôt ou tard ils se rendront compte de leurs erreurs, j'espère. Bon je ne pense pas que ce facile pour eux comme il y a du gain facile.
Je regarde ton blog, magnifique et intéressant. C'est pour moi un réel plaisir de contribuer à ton blog, pour mon bien et  celui de tous les twaregs je pense"

 Un peuple sans culture c'est comme un homme sans paroles

tanimert pour ton message je crois, on a la même vision des choses.

AFOUSS IYA WAR ISSIRED IMANET

Une seule main ne se lave pas

har assaghat

A. Midal  

 assam

photo Assan Midal

Confidences d'un amoureux du désert

Le Monde de l'humain, avec un petit  "h"  est ainsi fait. Les Touaregs ont survécu dans le désert grâce à leur faculté d'adaptation . Par nécessité, il se sont forgés et adaptés à notre concept judéo-chrétiene.
C'est ainsi , point barre !!!  Nous ne les changerons pas, d'autant plus qu'ils voient ce dont on est capable à travers la mondialisation et ses nouvelles technologies.

Sans vouloir généraliser, force est de constater que certaines des gentilles brebis sont égarées dans le troupeau de l'égo et des poches profondes. Effectivement, il y en a comme partout, mais pas plus, qui mériteraient toute notre naïveté .Si vous avez lu Mme Bâ ,rappelez vous ce que dit le pharmacien Niane :

" La France a honte alors nous nous nourrissons de sa honte, comme d'habitude.Voilà ce que nous sommes : un continent de mangeurs de honte. "

Une autre vérité aussi dans ce bouquin que je relis de temps en temps pour me remettre la tête sur les épaules : "Rien ne fleurit mieux sur le sable que le mensonge ".
ou alors : " L'armée des humanitaires, les compatissants  professionnels "

Ce peuple est toujours dans la fuite, le contournement la lâcheté, rarement, le Touareg affrontera de face son adversaire y compris verbalement.
Je crois que l'heure a sonné pour passer à autre chose, c'est pourquoi, le minéral, ne m'a jamais autant attiré. Ce que j'aime par dessus tout, c'est le désertcar lui, est le seul révélateur de la petitesse de l'être humain .l le place à son juste niveau : RIEN !
Quoiqu'on fasse,  nous sommes d'un autre Monde qu'ils envient et idéalisent. Rien à faire, cela fausse d'entrée les relations que naïvement ou sentimentalement nous pouvons avoir.

Eux et nous, sommes victimes d'une littérature qui a toujours entretenu un émerveillement et qui nous a sans doute empêché d'ouvrir les yeux dans ce foutu vent de sable.

Je pense qu'en définitive , ils sont plus à plaindre qu'à blâmer et comme l'a si bien dit Martin Luther King : " Il vient un temps où le silence est trahison."

 Ces longues périodes passées parmi eux, m'ont permis de jauger la réalité et d'avoir un tout autre regard notamment sur la visibilité et la qualité des stratégies de séduction déployées envers les ONG, les assos et les éventuels lambdas qui représentent potentiellement la principale source d'argent facile. 

C'est incroyablement bien ficelé et vicieux. L'arme est bien réglée et imparable.  Ces dossiers de projets, au départ très collectifs, (sauf si on gratte un peu), irréprochables et bien tapés à l'ordinateur que l'on peut se procurer auprès de certains "intellectuels" , pour une modique somme de 500  FCFA, tout petit ou grand futé, peut s'en procurer un, de façon à être prêt à bondir sur le 1er occidental de passage. C'est vrai que la belle image des affiches et de la littérature exotiques en prend un sacré coup derrière les oreilles. 

Enfin c'est ainsi.

REGARD D'UN TOUAREG SUR L'OCCIDENT

touareg

Dans ce récit  Shindouk  chef de Tribu de la Communauté Ouladnagim au Mali, nous décrit son voyage en Europe pour participer au Sommet sur la Société de l'Information à Genève (2003)

CH

aquarelle   A.  Tambo

HOMMAGE A L'ÉCOLE-MISSION DE TCHIROZERRINE

Transmis par un jeune Touareg, étudiant en Droit à Niamey

Tout a commencé un matin du mois d'octobre 1993, lorsqu'un cousin de mon père se présenta chez moi très tôt le matin avec, comme mandat spécial, celui de me conduire à l'école- mission aux fins de pouvoir m'y inscrire. Mon noble père, dont j'implore Dieu afin qu'il puisse guider mes pas sur ses traces, ne peut, au vu de ses prestigieuses occupations, se donner à un tel acte, à la limite fatidique. L'immense honneur et le grand bonheur me reviennent ce jour-ci d'intégrer un milieu tant souhaité et envié.

Alors qu'il faut avoir, comme condition préalable d'inscription, l'âge de 7 ans révolus, je n'avais à l'époque que 6 ans et en sus je suis de nature chétif et rabougri. Le débat fut ouvert entre le cousin du vieux et ma chère mère qui souleva tout à coup cette question « in limine litis ». Cela créa en moi un sentiment de frustration, d'angoisse et de tristesse car j'ai pu en saisir la portée et craignant fort de n'être pas inscrit. Mais le doute fut dissipé par l'intervention de ma grand-mère.

Après quelques heures de marche, un nouveau paysage se dessine à l' horizon : c'est les bâtiments de la prestigieuse école-mission catholique de Tchirozérine, où toute l'élite touarègue a été instruite. Nous nous dirigeâmes vers le bureau du directeur, un homme d'une dignité exceptionnelle et qui incarne l'honnêteté et le respect. Après des longues salutations, le cousin de mon père lui fait état du motif de sa visite et me présenta au directeur, qui d'ailleurs connait très très bien la famille. Il prend son registre et y inscrit mon nom puis me fait signe de rejoindre la classe où étaient présents quelques nouveaux. C'est le début d'une longue histoire jalonnée d'inoubliables souvenirs.

Après cet acte quelque peu solennel, mon accompagnateur (que je ne saurais jamais oublié) rebroussa chemin sans moi, me laissant du coup, dans un sentiment d'abandon corrhoboré d'une profonde tristesse.

A midi, un homme fit irruption dans la classe et nous demanda de le suivre pour qu'il nous montre notre nouvelle demeure. L'internat, un bâtiment jouxtant les classes de CM. Le surveillant nous montra alors le dortoir, les toilettes, le réfectoire, un grand hangar, où le premier repas devrait être pris. Un système existe déjà, celui des équipes de quatre élèves qui se partagent un plat. La chance m'a souri d'intégrer une équipe dont le chef est un jeune de mon village. Le menu du jour est simple, des grains du sorgho assaisonnés de poisson. Après le déjeuner, sous la diligence du surveillant, nous formions un rang aux fins de la distribution des nattes et des couvertures : une natte et une couverture pour chaque nouvel élève.

Le soir, le surveillant nous a fait un briefing sur les règles à observer relativement à l'académique et au social. Tel fut mon premier jour à l'école-mission et qui restera longtemps gravé dans ma mémoire en vertu de la sagesse selon laquelle: " Quand quelqu'un te fait du bien écris-le sur les roches afin que le vent ne puisse l'effacer ".

Issus tous des familles non moins défavorisées, les élèves sont logés et nourris par la mission Catholique. Du crayon à écrire jusqu'à l'habillement presque tout est fourni gracieusement par la mission et ses partenaires .J'en ai pleinement bénéficié durant les six très bonnes années de mon séjour à l'internat. J'ai effectué mes études primaires avec brio car je faisais toujours partie des trois premiers de ma classe. A l'école-mission la formation a été et reste de qualité et pour preuve j'en voulais les compétitions entre écoles où le record a été toujours battu par cette école. La lecture est obligatoire à partir de CE1, tous les mercredis après-midi. Les notions de grève et de perturbations de tout genre étaient inconnues. Chaque année les programmes étaient achevés dans les délais requis. Et j'avoue que c'est sans conteste cette formation de base qui nous poursuit et fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui.

Au collège de Tchiro, l'on identifie les élèves de la mission par la différence qu'ils savent créer compte tenu de leur niveau hautement élevé. Au terme de quatre ans d'enseignement secondaire sanctionnés par un brevet de fin du premier cycle, j'ai été orienté au lycée Tegama d'Agadez où l'on va concrétiser son rêve. Au bout de trois ans, j'ai été reçu à l'examen du baccalauréat série littéraire, ce qui m'a permis de m'inscrire dans une faculté de Droit, ce dont j'ai toujours rêvé.

Inscrit à l'université de Niamey, je continue de bénéficier de l'assistance de quelques associations humanitaires et d'un père de la mission catholique de Niamey. Cette assistance m'a beaucoup apporté car j'ai toujours été le major de ma promotion à la fac. Je m'en réjouis très profondément et les mots sont insuffisants pour leur témoigner de ma profonde reconnaissance et gratitude. Je suis au terme du second cycle et je me bats pour trouver les moyens de poursuivre mes études pour un 3ème cycle en Droit. L'ambition m'habite quotidiennement : " Il faut faire ce que l'on veut et vouloir ce que l'on fait " 

C'est vrai je n'ai pas un accès facile à Internet car le coût est un peu élevé. C'est pourquoi je suis obligé d'utiliser mon téléphone portable pour surfer sur internet car c'est désormais possible avec notre opérateur de téléphonie mobile

par mail de Niamey, le 04/11/2009

RIEN QUE DES PROFITEURS

Débat sur  Forum Agadez-Niger

ECHOS

koudede

Koudede

Au Niger tout reste à faire, et la musique ne déroge pas à cette sentence. La scène culturelle nigérienne est déstructurée, elle n’a pas de moyens, pas de repères, pas de soutien. Les «stars» nationales survivent tant bien que mal de leur art pendant que dans les marchés on vend impunément des copies pirates de leurs productions et que depseudos producteursétrangers s’engraissent sur leur talent.

Le Blog Saharien

 Le coup de gueule  de Terakaft   et  démenti  formel de Sedryk

MURMURES
« Quant à moi tout va très bien et je pense retourner à Timia très bientôt. mais j ai aussi des questions à vous poser et si vous pouvez me donner des explications très claires ...
Regardez les photos que je vous ai envoyées : c'était les photos de ma mère et moi, prises par un certain   maurice ascani (français) et publiées dans le monde entier (librairies – bibliothèques - écoles – lycées – ONG - projets....) et aujourd'hui cette photo est peinte par des artistes et est vendue  des prix considérables.

Je ne suis pas d'accord aujourd'hui et voudrais qu'il paye très cher.

Comment puis-je avoir un soutien de vous ? Ou un chemin très sûr à parcourir?
J'attends impatiemment de vos nouvelles.

P.S. : ces photos sont interdites à la publication.
Biens des choses à toi

Par mail, le 30 mai 2010

Regards africains

 

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