Réalité tangible

 

ou fonds de commerce douteux ?

 

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Touareg sur son chameau   

ASSADEK Aboubacrine

Beaucoup de mes frères et amis Touraeg parlent avec fierté de la notion de Targuité, ce qui peut se comprendre du reste, connaissant ce grand peuple du désert avec sa générosité proverbiale et son hospitalité légendaire.

Mais il y a quand même un certain malaise à évoquer cette targuité quand on sait que la semaine dernière, lors de ce qui s’est passé à Kidal s’était la tribalité dans sa forme primaire qui s’est manifestée. Il convient, néanmoins, à mon humble avis de reconnaitre que l’ennemi de ce peuple vient de l’intérieur. Il y a trois catégories d’élite touarègue aujourd’hui que je classe ainsi :

Catégorie 1 : Des hommes d’affaires, des politiques et intellectuels qui ont fait ou font fortune sur la misère de ce peuple. Il y a ceux qui exploitent l’image de l’homme bleu du désert pauvre et authentique auprès des tours opérators avec l’impression d’affirmer ceci : rester authentiques, misérables et ignorants, pour que nous puissions continuer à exploiter ce filon et nous engraisser davantage. N’allez surtout pas à l’école, sinon vous gâcherez toute l’image folklorique qu’on se fait de vous ailleurs. Ce n’est pas qu’au Mali c’est aussi le cas en Algérie et au Niger. Je trouve, pour ma part dégradant de réduire ce grand peuple à son unique dimension folklorique.

Catégorie 2 :Des vieux seigneurs de guerre qui passent leur temps à vivre dans un passé lointain, figé dans le temps, sans tenir compte des évolutions autour.  Ils sont malheureusement les idoles d’une jeunesse ignorante et désœuvrée, dont le couplage mortel du chômage sur le terrain et d’un mirage d’une fortune rapide à moindre coût rend la psychologie fragile. Cette jeunesse est utilisée comme une armée enrôlable à tout moment constituant ainsi un moyen de chantage sur un pouvoir central négligeant et faible. En somme une pièce dans le puzzle d’un éventuel accord dont les dividendes bien cachés constitueraient une manne et une rente à vie. Quel gâchis ! et quel égoïsme. Nos vieux seigneurs de guerre n’ont aucun intérêt à ce que cette jeunesse se réveille, se libère, apprenne, car plus on s’instruit, plus on est en mesure de se poser des questions, d’être moins maniable, et cela tout ce qu’il faut éviter… Donc restez ignorants et miséreux pour que nous continuions à vous utiliser comme monnaie d’échange et donc nous engraisser à l’instar de la catégorie 1.

Catégorie 3 : Ce sont des hommes qui ont bien compris la valeur de l’éducation, qui militent pour l’éducation des enfants garçons et filles, qui prennent des initiatives audacieuses, participent à la construction des écoles, créent des structures d’accueil pour les enfants nomades en vue de leur scolarisation. Ils militent pour que ce peuple ait sa place dans la société en préservant ses valeurs et ses principes. Ils usent des moyens pacifiques et modernes pour contester. Ils s’impliquent dans la construction d’un ensemble divers et ouvert.

Ce sont des hommes à qui appartient l’avenir et je salue les actions et les œuvres qu’ils mènent. Ils ne sont pas toujours encouragés mais ils doivent savoir que seules leurs actions résisteront au temps. Ils sont à l’inverse des catégories 1 et 2 . Leur slogan est ceci : Réveillez vous, étudiez, même si cela est difficile, rien n’est facile dans la vie. Usez de l’espace démocratique qui vous est offert pour faire valoir vos droits loin des armes et de désolation. A ceux-ci, je dis simplement MERCI pour les vôtres et pour l’humanité."

ASSADEK Aboubacrine

J'ai lu le texte et je voudrais bien être du dernier groupe mais c'est pas facile ... Le besoin d'argent pour vivre soit même et l'environnement réel trahissent les rebonds profonds de nos cœurs.

mail Agadez,  le 13/08/09

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Shindouk

Hawad

Le regard déformant de l’extérieur

Au sujet du regard de l’extérieur sur les Touaregs, chaque fois que je lis un livre sur les Touaregs, ça me fait rire. Je n’ai jamais retrouvé dans un livre les Touaregs que je connais. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de bons auteurs, mais il y a des gens qui à l’occasion d’un voyage au Mali ou au Niger côtoient quatre, cinq Touaregs et qui écrivent un livre en abordant des thèmes extrêmement complexes et déduisent sur la base de leur voyage qu’ils sont devenus spécialistes du monde touareg.

Le regard de l’extérieur sur les Touaregs a été extrêmement déformant. Le drame aujourd’hui, c’est qu’un nombre important de Touaregs, qu’ils aient étudié ou pas, se voient à travers les yeux de l’extérieur.

Inventer notre futur  

" Il faut tisser une nouvelle trame à partir de nos propre fibres, les vieilles fibres usées de la trame touarègue. Il faut tisser, il faut marcher de l'avant. Du moment qu'on se lève pour tisser et qu'on se met à l'œuvre, la trame est déjà tissée. C'est cela qui nous intéresse et c'est cela qu'exige le peuple touareg aujourd'hui "

Hawad

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Kedhou Ag Ossad

Compagnons, / Écoutez / et vous allez entendre. / Apprenez / ce qui est amer  / et nous est arrivé./ Vous ne le soignerez pas  / à moins de m’écouter. 
Une seule croyance, / un seul but,  / l’organisation en une seule main. / La potence, une seule. / Vous y êtes suspendus  / et vos frères y sont suspendus aussi  / Seule l’unité la brisera. 
Âmes usées,  / Tant de vauriens! / Âmes usées, / Celui qui s’en soucie / n’a qu’à mener une lutte / comme celle de Kaocen  / qui a combattu partout  / où il y a des villes. 
Compagnons,  / Que me dites-vous? / Moi, mon cœur me brûle. /Je ne m’attarderai pas 
Dès à présent je partirai  là où il se passe quelque chose de beau. / Feu-faille! / Brûlé! / Voila le mot de passe. / Nous allons nous soulever / et œuvrer pour notre pays / où nos tentes sont détruites. 
Quand je me suis levé / j’ai fait la grimace / et j’ai marché tout droit au-delà des tentes / qui m’ont effrayé. 
Je me suis mis en quête  / de la connaissance. / Et quand j’aurais appris, / je m’en retournerai. /  Le pays est déjà construit / puisque vous êtes partis  / et avez dépassé la « région » / où vous êtes nés.

Le pays touareg

Tourne-tête, le pays déchiqueté

Anthologie des chants et poèmes touaregs de résistance 1980-1995


Mano Dayak

De tous ses noms, le diable, quand il s'acharne sur les Touareg, pourrait élire un seul : l'HISTOIRE. N'est-ce pas elle qui nous a condamnés ? Il y a un siècle et demi, nous régnions encore en maîtres sur le Sahara central, respectés et craints de tous. Aujourd'hui, si ce n'est pas la haine que nous inspirons aux autres, c'est la pitié.

En un instant, l'HISTOIRE a fait de nous un peuple déchu. Elle nous déteste. Parce que précisément, nous n'en avons pas. Le peuple touareg est un peuple sans histoire. Cela, nous ne le savions pas car nous ne le pensions pas. Nous, comme tous les autres peuples, avons toujours cru posséder une histoire.

Seulement, la nôtre est orale. Elle se transmet de bouche à oreille, de génération en génération. Autant dire qu'aux yeux des autres nous avons peut-être une mémoire, mais pas une histoire. Car nous ne l'avons pas fixée, couchée sur le papier, en volumes bien dorés, reliés ou diffusée en livres de poches.

Du coup, notre histoire, ce sont les autres qui l'ont écrite, et à nos dépens. Elle leur appartient. Je me rappellerai toujours cet ouvrage qui, vers la fin des années soixante, m'apprit que "les hommes bleus" n'avaient été que des pillards et d'impitoyables esclavagistes avant que la colonisation ne délivre le Sahara du joug touareg. J'en avais été plus que surpris. Ebayghar et les autres "auteurs" de notre histoire orale ne m'avaient jamais dit que les touareg étaient les voyous du désert. "

Mano Dayak

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Ibrahim Chahamata

Issouf Ag Maha

Touareg du XXIème siècle

Le cri d'alarme, l'appel à la communauté internationale, le recours à l'aide vont-ils être des compagnons de notre existence ? Quand va-t-on sortir de cet engrenage infernal qui nous maintient en peuple assisté ? Comment pourrons-nous sécuriser nos populations et permettre à tous en ce XXIème siècle de mener une vie décente ? Voilà les questions que chacun se pose au plus profond de soi.

Issouf Ag Maha