Assan Midal

Assan Midal

 Un parcours de résistance

Entretien

réalisé par Djamel Guettala 

 Repères biographiques

Né en 1974 au Niger, Assan Midal fait des études en sciences politiques à l'université de Tripoli en Libye. A l'époque, il était guide touristique, établi dans la ville de Sebha où il accompagne les touristes dans des bivouacs au désert. Pendant les saisons de répit, il s'occupe d'enfants nomades dans une école aux confins de Sebha. Assan crée alors l'ONG « Association Parrainage Imidiwan » qui signifie « Compagnon » en tamasheq. L'ONG est officialisée au Niger en juillet 2010. Sur leur logo, on voit une «chomeissa », symbole des Touaregs, et le mot Imidiwan écrit en tifinagh.

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Tirer les leçons du passé

Algérie News : De guide touristique, vous voilà aujourd'hui à la tête d'une ONG nommée « Ap Imidiwan ». Pourquoi et comment en avez-vous eu l'idée et quels sont ses objectifs et son bilan ?

Assan Midal : Avant d'être guide j'ai fréquenté une école nomade, puis l'université malgré les difficultés et obstacles rencontrés j'ai pu avoir ma maîtrise , ensuite je fus guide touristique, cela m'a permis une plus grande ouverture d'esprit a l'égard des autres cultures, beaucoup de rencontres avec des personnes simples, exceptionnelles, curieuse (au sens positif du terme )… et qui veulent du bien aux autres quelles que soient leur idéologie ou religion… Je pense pour réunir tout cela il faut avoir un minimum d'éducation. L'idée est partie d'un constat amer la situation que vivent mes frères touaregs appelés à errer entre les différents pays. Je me suis toujours posé la question quant à leur avenir dans un monde où l'ignorance n'a pas de place, nos parents ont commis la pure erreur de leur vie : celle de s'opposer a l'éducation des leur enfants, par simple ignorance, on ne va pas leur emboîter le pas sous prétexte de certains préjugés qui n'ont aucun sens. Je suis resté dans un camp des réfugiés tergui en Libye où plus de 90% ne savent ni lire ni écrire, la situation est toujours restée la même, d'ailleurs pire encore avec d'autres phénomènes qui s'ajoutent à ce manque d'éducation… Cette situation ne concerne pas uniquement les Touareg de la Libye mais la plupart des zones habituées par les Touareg (Niger, Mali, Algérie, Burkina Faso).

Les lignes directrices de son engagement

L'association a des objectifs généraux et spécifiques :

l'objectif général de l'ONG Association Parrainage Imidiwan (APImidiwan) est de permettre aux enfants nomades d'avoir une bonne scolarité et de participer à la lutte contre la désertification dans les zones nomades.

Les objectifs spécifiques de l'ONG Association Parrainage Imidiwan (APImidiwan) sont les suivants : un suivi régulier des enfants, la scolarisation desjeunes filles, la création des liens d'amitié entres enfants nomades et leur(s) ami(es) du monde entier, favoriser les échanges interscolaires et culturels (jumelages), montrer aux enfants l'importance des étude, sensibiliser les enfants et leurs parents à la lutte contre la désertification et l'importance de la préservation de l'équilibre écologique. Pour le bilan en plus des nos activités (aides aux écoles, parrainages, distributions de fournitures, ouverture d'un centre d'accueil pour les refugiés en provenance de Libye, promotion de la culture terguie à travers le site web évènements culturels et plein d'autres projets en cours… Je pense au fait que les gens connaissent AP-Imidiwan hors de son champ d'action qui a déjà un bilan positif, nous avons des membres en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, en Europe, en Argentine, au Chili, à Hawaii. Tout cela grâce à l'engagement et à la volonté de certains membres qui se sont beaucoup dépensés pour que l'association marche, je leur dis grand merci ! Sans leur apport on ne serait jamais arrivé là où nous sommes… « Nous aidons les enfants, parce qu'euxmêmes n'ont aucune chance de changer quelque chose ».

AP IMIDIWAN

Droit à l'éducation pour tous

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Un enfant est comme un petit arbuste qui a besoin d'eau pour bien se tenir sur sa tige et faire face aux vents forts , en même temps chercher l'eau des profondeurs grâce à ses racines bien solides … ça pourrait être notre slogan.

Le parrainage semble la seule solution pour que ces enfants trouvent une meilleure scolarité, santé et vie. Comment cela se passe-t-il ?

Oui, je pense aussi que le parrainage peut être la seule solution du moment que les Etats où vivent les Touareg accordent moins d'importance à l'éducation des enfants plus particulièrement des enfants touareg pour plusieurs raisons … Par des petits messages à travers les réseaux sociaux notamment Facebook nous prenons contact avec d'éventuels donateurs, nous demandons aux gens qui veulent prendre en charge un enfant en lui versant une somme qui sera destinée à l'enfant à travers AP-Imidiwan, le donateur sera tenu informé, mis en contact avec l'enfant avec qui il peut correspondre en tout moment… Depuis peu, nous avons opté pour aider les écoles de façon générale

L'instabilité politique dans la région n'a-telle pas d’effet sur vos actions ?

Oui, bien sûr; l'instabilité a beaucoup d'effets négatifs sur nos activités parce que la plupart des enfants et écoles que nous voulons prendre en charge sont situés dans la zone d'insécurité et beaucoup de gens veulent venir voir de leur propres yeux. Nous ne disposons pas de moyens pour leur sécurité… et le tourisme qui peut être bénéfique pour ces populations n'existe plus…

L'école d'Intarikad semble un exemple à suivre. Parlez-nous-en.

Tout à fait l'école d'Intarikad est un premier exemple pour AP-Imidiwan à suivre… nous envisageons de poursuivre nos actions dans d'autres localités bien sûr; cela dépend de nos moyens, pour le moment nous devons compter sur la volonté des membres et de certains donateurs ; nous avons élaboré des projets de financement de cantines scolaires et la lutte contre la désertification; ces projets ont été soumis à des bailleurs pour financement. Malheureusement nous n'avons pas encore eu de réponses… Les écoles dans ces zones sont avant tout liées aux points d'eau. Les familles sont en permanence en mouvement à la recherche de points d'eaux pour les animaux qui sont la seule source de revenu, les enfants sont ainsi condamnés à suivre leur parents dans leur déplacements. A partir de là on remarque l'importance des points d'eau (puits) pour la création des écoles, c'est le cas de l'Intarikad qui en a un et un second est en cours de réalisation… Je pense que c'est un exemple à suivre par toute personne ou association qui oeuvre dans le même sens. il doit y avoir sûrement plusieurs d'autres méthodes de venir en aide. D'autres difficultés que vit la population à part les conditions climatiques et culturelles sont ces facteurs qui obligent la population à pratiquer le pastoralisme local.

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Avez-vous essayé ou pensé à lui trouver des moyens plus développés ?

Oui je pense qu’ à part les conditions climatiques et culturelles il y a d'autres facteurs (exclusions, manque de tout ) et surtout avec l'arrivée des firmes qui exploitent la terre ces populations sont exposées à plusieurs dangers (pollution . manque des pâturage, disparations de la faune). Les populations n'ont pas d'autre choix que de se sédentariser, généralement des personnes qui sont en exil en Libye n'ont pas les moyens de pratiquer le nomadisme. A part quelques ONG qui interviennent dans le cadre de réalisation des certains micro projets, il ne faut pas oublier que les ONG ont perdu toute crédibilité. Des millions d'euros peuvent être investis dans la réalisation d'un puits ou une d’une école… souvent les fonds sont détournés, avant même qu’ils n’arrivent à destination… ce qui est très dommage bien entendu. «La marginalisation de la jeunesse terguie qui, faute de bagage intellectuel suffisant, ne peut accéder à des postes de responsabilité ».

Est-ce politique selon vous ? Y a-til espoir à construire une élite un jour ?

La marginalisation de la jeunesse terguie est bien une réalité -la politique a toujours trouvé un moyen de les écarter. Depuis toujours les Touareg ont le sentiment d'être écartés de tout (Mali et Niger), malgré l'apport important de la culture et la richesse don regorgent les zones terguies, c'est cela qui est à la base de tous les soulèvements, opérés par des Touareg à réclamer leurs droits et un partage équitable des ressources extraites dans leur territoire et généralement les quelques-uns qui arrivent à des postes de responsabilité, sont sous pression… entre deux une population terguie qui veut plus de droits et un gouvernement qui peut à tout moment les accuser des ségrégation ou deracisme .. L'espoir est en train de renaître, une prise de conscience des réalités, cela se remarque l'importance des étudiants terguis (filles et garçons) dans les différents universités (Etats Unis, Maroc, Europe, Algérie, Niger, Mali) nos espoirs se basent beaucoup sur eux pour un futur meilleur pour toute la communauté…

Le mot de la fin ? Droit à l'éducation pour tous, pour un monde meilleur !

Algérie News

désert faune

Ibrahim Issa

L'école des otages

La fréquentation scolaire était haïe et bien des parents s'enfuyaient au Nigéria tout proche avec leur progéniture. En ce qui me concernait, ce n'était donc pas étonnant qu'un jour un envoyé de l'Ardo peul se présentât à grand-père, muni d'une convocation en bonne et due forme des autorités  administratives

Tout le village prit le deuil.

C'était une calamité, un affront, que mon père par son beau-fils interposé, portait à toute ma famille maternelle.

L'école des Blancs, point extrême de la mécréance !

Comment cet homme s'était-il livré à un tel sacrilège ?

Ibrahim Issa  

Nous de la coloniale

dunes

Kedou ag Ossad

C'est notre devoir / de redresser les piliers écroulés / au nom d'un droit existant et nié / depuis tant d'années écoulées.

J'appelle les hommes / qui connaissent / les maux passés au prix des vies et du sang.

Voici les lointains verdoyants / aux touffes bourgeonnantes. / Qui en est séduit parmi la jeunesse ? / Ce sont mes frères qui les habitent.

Kedou

 

Mano Dayak

Je suis né avec du sable dans les yeux

Je suis pris dans la souricièreRien ni quiconque ne pourra me délivrer. Même mon père n'a rien pu faire. Lui, pourtant si fier, est allé à Agadez supplier le commandant du cercle.

- Je suis vieux, lui a-t-il dit. Mano est le seul à pouvoir s'occuper de mon troupeau. C'est aujourd'hui que j'ai besoin de lui, pas quand je serai mort. Vous n'avez pas le droit de me l'enlever.

Le commandant du cercle n'a rien voulu entendre.

Il y a longtemps que les Français n'ont plus peur des Touaregs ...

C'était comme si on m'emmenait à l'abattoir. Je pleurais et, à travers mes larmes, tout devenait confus : les tentes, les gens devant les tentes, tous ceux de ma famille paralysés d'effroi. Sans un mot, le garde m'a hissé sur son chameau. Je ne songeais même plus à me débattre. (...)

Tout au long de la piste, des femmes et des hommes sont venus assiter à mon calvaire. Ils se sont déplacés pour me dire adieu.

" Matilan, matilan ! " murmurent-ils à mon passage.

Matilan, matilan ... Il faut bien accepter.

Les femmes pleurent. Je les entends crier :

" Le pauvre, il est perdu ! "

Ma sœur et mon frère soutiennent ma mère. Sans eux, elle tomberait.

- Pourquoi t-en prends-tu à Mano ? lancent-ils au goumier. Tu n'as donc pas d'honneur ?

Ma mère sanglote. Elle aussi supplie :

- C'est mon dernier enfant. Laisse-lui la vie sauve !

Le goumier, honteux, tente de la rassurer :

- Ton fils ne craint rien. Tu pourras le voir quand bon te semblera.

Mano Dayak

La scolarisation moderne comme stratégie de résistance - Persée

Mohamed Ali AG ATAHER INSAR* LA SCOLARISATION MODERNE COMME STRATÉGIE DE RÉSISTANCE C'est en 1920 que j'ai pris la décision politique de scolariser les enfants touaregs. Eux, les Touaregs refusaient de le faire. Et pourtant les Français avaient déclaré qu'ils pouvaient mettre leurs enfants à l'école, mais ne scolarisaient de force que ceux des Songhay.

https://www.persee.fr