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Tout d'abord, il faut dire  une chose : tout le monde s'y attendait, seulement nul ne pouvait dire quand et comment elle se déclencherait.
Et bien,  elle est là, implacable, déterminée, une évidence depuis le retour des officiers touaregs de Libye.
C'est une situation complexe qui trouve ses racines dans l'histoire.
Pour comprendre un tant soit peu revenons en 1963, date à laquelle tous situent la  première lutte armée du peuple malien quand avec Ben Bella et Modibo Keita on cherchait la solution finale en exterminant tous les bras valides de l'azawad.

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Yade ag Aghali

Je vais vous expliquer par l'exemple de quelqu'un d'archi-connu dans cette lutte :  Yade ag Aghali ,  l'un des orphelins de ce premier soulèvement et dont le parcours est semblable à celui des milliers d'enfants du nord malien.
Yade a grandi en exil, peut-être dans les faubourg de Saba ou de Benghazi avec au cœur secrète, intime la notion d'egha, une forme de vengeance d'honneur.
La même vengeance d'honneur qui a permis à Aboubacar Alambo de venger ses parents sauvagement décapités sur le puits de Tezirzeite.
L'enfant Aboubacar Alambo n'est plus, ayant perdu la vie dans l'assaut mais son nom est inscrit dans la légende à jamais.
Mais egha ne justifie pas tout.
Au Mali, les touareg ont une grande conscience de leur nation : ils sont une nation, ils en ont conscience. Pas une protonation construite à la hâte par un colonisateur en partance, voulant coûte que coûte assurer ses arrières.
Ce sentiment profond d'une conscience nationale les anime.


Écoutons les chansons de grand Keddou :
Le désert, / Je ne le vends pas / Je l'aime / Je ne renonce pas à sa sueur / Je ne m'asseois pas / Dans les réunions / qui parlent de son départ / Cela sera ainsi / Jusqu'à ce que mes os / Se mêlent aux cristaux de sable / De sa terre

Keddou



Pour comprendre la question malienne il faut surtout s'orienter vers cette notion d'identité, la voir  avec discernement, sans passion.
En 1990, c'est une nouvelle génération de combat, celle d'Yade ag Aghali, les enfants des martyrs de 1963, certains arrêtés en Algérie et remis par Ben Bella à Bamako.
Mains et pieds liés,  ils seront passés par les armes,après une mascarade de procès.
Donc toujours cette référence aux martyrs de 1963.
Dans les mouvements maliens, il y a une cohérence et une unité qui sont le sceau d'une vision particulière ce que l'on ne constate pas ailleurs, particulièrement au Niger où la rébellion était surtout un problème  de développement économique et où presque tous les combattants intégrés - ayant eu du travail - étaient stabilisés à vie.
Les experts ont toujours essayé de rapprocher les deux camps mais c'est  chercher midi à quatorze heures.
Donner du pain au Nigérien et vous avez la paix à vie.
Donnez du pain au Malien ou affamez-le, lui il sait ce qu'il veut  :
Un État,  un Drapeau, une Nation,  une Identité.

Rhissa Rhossey

Tchirozérine, le 29/01/2012

Le miraculé

Mes frères,  / Nous allons nous soulever / car pour la mort nous sommes faits. Nous n'avons pas d'armes, / nous les prenons chez l'ennemi, / Voici bien la preuve / de la cause qui nous motive.

Nous avons vu l'innocent / assassiné à cause de la vengeance, / un petit enfant à peine né. / Quand les hommes l'ont trouvé  / il avait passé sans boire / une journée entière / et il était blessé, le miraculé.

Il avait passé sans boire / une journée entière / Il doit grandir / Il se soulèvera / au nom de la vengeance.

Le mystère du soleil et de la pluie / M'a frappé / Les pays ne verdoient  plus / et s'y succèdent les famines.

Mes frères, / Nous allons nous soulever / car pour la mort nous sommes faits. / Nous n'avons pas d'armes, / nous les prenons chez l'ennemi

Keddou   Tourne-tête, le pays déchiqueté

musique Tinariwen

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