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Cheikho    H. Claudot-Hawad

" Puisque vous quittez le pays touareg, rendez-nous notre pays tel que vous nous l’avez arraché après la défaite de Kaosen … Puisque l’indépendance s’annonce et que vous la donnez, alors nous aussi, les Touaregs, nous voulons nous diriger nous-mêmes et rassembler notre société toute entière, là où elle se trouve, dans notre pays. Nous voulons que notre pays soit un seul pays. "

Ag Cheikho  Voix solitaires sous l'horizon confisqué  p 38       

Rhissa Rhossey : De la République de l'Azawad  

                
La République de l'Azawad,

Cette annonce bouleverse le monde, bien que pressentie depuis longtemps.

Qui a peur de cette République ?

Pourquoi provoque-t-elle tant de passions, de haine, de panique ?
Avant la colonisation  les espaces sahariens étaient hantés par ces hommes voilés, réputés pour leurs rezzous, leur anarchie, leur insoumission.
Barbares vivant de la vente du sel, d'esclaves, et de l'escorte des caravanes. Stéréotypes collés aux Touareg ,  renforcés par une méconnaissance déconcertante des valeurs des Kel tamasheq.

L'ère coloniale, le massacre de la mission Flatters et autres tentatives de traversée du dessert finirent par cantonner les Touareg dans ce monstrueux schéma de sanguinaires. Mauvaise propagande plaquée sur l'image des Kel tamasheq.
Mais l'on feint d'oublier aujourd'hui que tous les peuples, à un moment ou à un autre, ont eu à vendre et à acheter d'autres hommes : les Arabes, les roitelets africains, les Occidentaux. chantres des Droits de l'Homme aujourd'hui.

Pourtant les Touareg n'ont jamais réclamé un centimètre carré d'un territoire autre que le leur.
Sont-ils une fois allés en France pour réclamer la Corrèze ou la Corse ?
Sont-ils une fois allés au Gabon réclamer aux Pygmées leurs forêts et leurs rivières poissonneuses ? Les Kel tamasheq ne réclament que leur dû.

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 Tifinagh

Pour comprendre, il faut chercher une carte, observer ce vaste espace qu'est le Sahara. Ce territoire que les Kel Tamasheq revendiquent, ils l'ont toujours habité. ils l'habitaient bien avant même ces tracés absurdes et criminels que sont les frontières coloniales. 

Maintenant, j'aimerais dire , à tous ceux qui, profitant de notre absence et de notre silence, se sont permis de déchirer notre chair, le Sahara, en toute tranquillité, créant, sans état d'âme des États qu'ils distribuaient à la volée.

J'aimerais dire que ces temps sont révolus.

Prenez garde, les Touareg en ont assez de l'oubli, du partage des loups et du mépris ambiant.

Nous ne sommes pas spécialiste de la question touarègue mais étant un des leurs, sensible à leur souffrance, souffrant de la même souffrance, nous avons toujours cherché à comprendre ces luttes.
Il y a une constante : la cohérence de ces mouvements même à des décennies d'intervalle.
Le soulèvement de 1963 n'est guère diffèrent de celui d'aujourd'hui.
Demandons à André Bourgeau , à Hélène Claudot-Hawad ou au grand chantre Kedou  d'où vient cette fidélité aux objectifs premiers de cette lutte, qui est une, qu'on le veuille ou non. 

Hawad dit, en substance dans Touareg, exil et résistance , bible des ishomar de 1990 :  Les enfants qui naitront dans les faubourgs de Tamanrasset, Abha et Benghazi, même la forme actuelle de la résistance ne les contiendra pas tant qu'ils n'auront pas un abri qui les protège, comme en ont les États qui les massacrent.

Kedou écrivait, pendant les accords de paix signés entre le Mali et les Touareg :

Le désert, / je ne le vends pas, / je l'aime, / Je ne m’assoie pas dans les réunions / qui parlent de son départ / Cela sera ainsi jusqu'à ce que mes os / Se mêlent à ses grains de sable


Terakaft : je ne vends pas mon ténéré


Pour mater la résistance des Touareg pendant la colonisation, le couperet est venu d'un officier français ,  Liautey , qui avait certainement compris l'obstination, la ténacité et la persévérance targuie.
Lyautey préconisait une répression farouche : " Toute demi-mesure, toute solution bâtarde, tout compromis aboutissent fatalement, un jour ou l'autre, à un recommencement "
Cela explique-t-il une rébellion touarègue tous les dix ou quinze ans ?
Alors cherchons une solution qui ne soit pas bâtarde, qui ne soit pas un compromis.

photophoto  UNHCR

Prière pour les enfants de l'Azawad

Mon Dieu / L’Unique / L'Absolu / Ils sont sur les routes / Sur toutes les routes / En fuite / Dans la peur / Et les larmes / Dans l'oubli / Et le chant des armes / Mon Dieu / L'Unique / L'Absolu / Ils sont nus / Nus sur les routes / De la peur / Nus sur les routes / De la haine / Je n'ai qu'une prière / Pour panser leurs plaies / Rien qu'une prière / Pour leur ventre vide / Les enfants de l'Azawad

Rhissa Rhossey

Tchirozerine, le 10/04/2012

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Tinariwen

Arnaud Contreras : Si l'indépendance de l'Azawad est proclamée, quelle chanson joues-tu immédiatement ?

Tinariwen : " Chatma ! "

MES SOEURS

Lancez l'appel, mes sœurs / Dans tout le village / J'ai sous la peau le feu /  De la rage et de la colère / Criez au rassemblement de mes frères / Depuis trop longtemps dans la souffrance / Et la misère /  Haut et fort / A la sortie du village / Si la radio de Londres était plus proche /  Mes sœurs le feraient savoir à tous /  Le feu brûle depuis trop longtemps / Dans notre sommeil perdu /  Pour les animaux brûlés et tous les vieux tués / Aux portes de Kidal il faut se rassembler / Et se battre / Si forts que vous soyez / Vous brûlerez dans votre feu