Le Père Aboubé n'est plus.

Je ne peux dire ce que je ressens.

Mon père est mort une deuxième fois,

Rhissa Rhossey

Aboube
A Aboubé, qui a une caresse pour chaque enfant - Touareg du Niger, rencontres au fil du temps..

Rhissa et son père " Issa, tu me demandes une préface pour ton recueil de poèmes en raison de l'amitié qui me liait à ton père, Ghossey , et qui me lie toujours à toi et à ta famille profondément. (...

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EN MÉMOIRE DU PÈRE ABOUBE

Chers frères et sœurs, la Communauté des Pères Rédemptoristes me charge de dire deux mots en mémoire du Père Roger Desbos.Dans l'essentiel de ce que je retiens de ce cher prêtre, je dirai tout d'abord que, plus connu sous le nom de Aboubé, le Père Roger Désbos est né le 24/09/1937 et originaire de l'Ardèche en France. Ensuite, il a été ordonné prêtre le 28 août 1965. Il est finalement arrivé au Niger pour servir le Christ en 1966. Son 1er poste de mission fut Dolbel – Fantio où iI fit un bref séjour avant d'être Affecté en 1967 à Tahoua. Il tentera ainsi de mettre debout les hommes et les femmes de cette région à travers des projets de récupération des terres et par la création de plusieurs coopératives plus précisément à Barmou et Ourhamija d'où il reçut d'ailleurs ce nom d'Aboubé. Le Père Aboubé depuis son arrivée au Niger s'est résolument moulé dans les différentes communautés locales sonraï, Touaregs et haoussa. Il comprenait bien tamacheq et parlait facilement haoussa, si bien qu'il choisira finalement cette dernière comme moyen de se faire plus proche des populations pauvres. Il fut d'ailleurs le professeur de cette langue pour tous les missionnaires qui étaient nouvellement affectés dans la région. Missionnaire infatigable, il fut ensuite envoyé en 1989 à Tchirozérine dans le champ du Seigneur où j'ai personnellement connu et côtoyé l'homme pour avoir moi-même servi au dispensaire de la même localité de 1999 à 2002.

Santé au Niger : écrits et poèmes - Touareg du Niger, rencontres au fil du temps..

Rhissa Rhossey, poète touareg, rebelle des années 90 est responsable du Centre de Santé de Tchirozérine : Centre important, puisqu'il emploie depuis huit ans 13 agents et dispense des soins aux nomades, qui souvent viennent de très loin. LES SENTINELLES EN ÉVEIL Plus le temps passait plus je prenais conscience d'une chose : ma vie est là.

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Que dire de ses relations humaines,

•  à l'image du Christ, et à la suite du Père Jean Ploussard surnommé Yakhia prêtre targui rappelé à Dieu le 18 février 1962, le Père Aboubé avait beaucoup d'estime pour ce peuple touareg ;

•  Il était tellement rattaché à ce peuple que malgré plusieurs menaces et attaques de bandits armés, il ne leurs a jamais tourné le dos.

•  il visitait régulièrement toutes les familles démunies aussi bien de la ville de Tchiro que des campements avoisinants et connaissait parfaitement les membres jusqu'aux derniers nés.

•  Il était aussi connu de tous les anciens et aussi des enfants qui aimaient toujours l'interpeller lorsqu'il faisait son vélo pour maintenir la forme.

•  Il a aussi aidé dans la plus grande discrétion des familles entières, des veuves, des orphelins et dans la scolarisation de nombreux jeunes qu'il a toujours considérés comme ses propres enfants.

•  Il se préoccupait beaucoup de la bonne marche des activités du dispensaire et de l'internat de l'école mission à tchirozerine, par ses visites journalières ;

•  Il était également un grand visiteur de malades car chaque jour il venait rendre visite au personnel du dispensaire et aux malades en particulier.

De sa vocation de prêtre missionnaire , je retiens qu'il était un homme de prière et la compassion se lisait sur son visage en cas d'évènement dramatique.

C'était un prêtre qui visitait régulièrement toutes les familles chrétiennes. Dans la discrétion a su participer au raffermissement de notre foi chrétienne en famille car nous avons fait corps avec cette communauté de rédemptoristes par le partage journalier du bréviaire et de l'eucharistie. Ce que je garde de l'homme, c'est sa passion de présider chaque année, la célébration du jeudi Saint au dehors de la chapelle et avec une décoration toute spéciale que lui-même prenait le soin de faire. Il aimait toujours visiter les communautés des petites sœurs de Jésus, ainsi que les Pères d'Agadez chez qui, il faisait régulièrement sa retraite spirituelle. Sous le poids de l'âge et de la maladie, il a su sevrer progressivement tous ses amis du Niger avant de se retirer définitivement en leurs faisant ses adieux en 2007 pour s'installer en France. Il fut rappelé à Dieu le 11 janvier dernier Père Aboubé tu resteras gravé dans les mémoires de tous ceux qui t'on côtoyés en général et en particulier des populations de Dolbel Fantio, de la ville de Tahoua, de Barmou, Ourhamiza, Agadez,Tchirozerine, Tumga ,Kampala, Kana, Betel, Abakantoumas, Taferer et où sais-je encore.

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Nous savons que tu continues de prier pour ces communautés afin que le germe semé dans leurs cœurs depuis plus d'un demi- siècle donne du fruit et en abondance. Que ton âme repose en paix auprès du Seigneur pour qui tu as consacré toute ta vie; qu'il t'accueille et te dise : «  serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître. » AMEN.

TCHIOMBIANO DIASSIBO
Niamey le 29 janvier 2013