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MES FRÈRES

Après les affres de l’exil
Dans l’oubli de l’occupant
Dans le cauchemar des souvenirs
Dans la tempête des désirs
Dans les entraves de l’ignorance
Dans les menottes du sous-emploi
Dans la mort des initiatives
Dans la chute de l’innovation
Dans l’oubli des pauses-jalons
Dans la honte du parasitisme
Reviennent à la patrie par des routes impossibles, par des transports incroyables, avec des hommes increvables
Reviennent chez eux,
Et leurs frères gendarmes, policiers, douaniers, administrateurs leur disent
Vos papiers, vos passeports, refusés au départ
A la frontière, laissez-nous vos économies
Vos valises, vos transistors,
Vos couvertures, vos moteurs,
Vos provisions, vos montres
 

1 RFI

Au village, les arrières impôts
Les anciennes et nobles taxes
Ceux qui protestent sont bastonnés et mis en prison
Reviennent à la famille mains vides avec des blessures au corps
Des blessures aux poches
Des blessures à la mémoire
Des blessures à la volonté
A l’âme

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Reviennent à la famille mains vides pour trouver
Des gens fatigués, épuisés
Des gens sans ressource
Des gens en guenilles
Des gens désespérés

MALI-Septembre-20163

Reviennent à la famille pour se surcharger d’amertume durable
Pour se surcharger de pauvres compagnons d’exil
Pour se surcharger de dettes à payer à l’étranger
Et ils repartent chassés par
Une patrie qui les a déshabillés
Une administration qui les a sucés
Un terroir abandonné, lessivé, méconnaissable
Une famille d’éclopés en quémande intarissables
Une révolte d’abandonnés, de chassés haïssable
Une révolte d’inutiles partout corvéables
Une révolte d’exclus partout indésirables
Qui reviendrons demain en quelles mains étrangères
Avec quelles armes meurtrières
Avec quelle tentation de nuire
Avec désir de tout détruire….

les-touaregs-du-m-zab_2542719

pour reconstruire de terroir rêvé
Pour mettre en place une administration idéalisée
Pour refondre une société sans défaut
Pour réunir les familles disloquées
Ranimer les mères qui ne savent plus aimer
Qui ne savent plus composer

La poésie qu’hier elles chantaient à la jeunesse qui dansait.


Ahassane Ag Baye

estrait de L'année maigre - nouvelles touarègues -

femmes10

(...)

Mon âme gémit à l'approche de l'ennemi qui coupe toutes frontières du pays qui ont bercé la transhumance des nomades, des plaines aux dunes enchantées, moi, petite entité, j'ai cheminé comme égaré d'une planète à l'autre toutes consumées. Ô Dieu des âmes perdues par les tempêtes folles de vie, admire l'effort fourni par ces hommes et ces femmes qui luttent pour la survie, l'âme et l'esprit se disputent pour ne pas tomber dans le chaos de l'oubli.

Souéloum Diagho

Mon âme brûle (extrait)