Toute une histoire

 

Dans « le désert des déserts »   

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L'Arbre en 1939

L'Arbre du Ténéré se situait approximativement en plein sable, par 17°45' N / 10°04' E, sur la grande piste chamelière Agadès-Fachi-Bilma, à 70 km environ à l'est/nord-est de l'Adrar Amzeguer, dernier massif de l'Aïr. C'était un Acacia tortilis Hayne (kandili en tamachek, talha en arabe), vieux de plus de 300 ans, sorte de mimosa épineux qui était considéré, à l'époque, comme l'arbre le plus isolé de la terre. Il était devenu célèbre dans le monde entier pour les voyageurs du désert, symbole respecté et visité régulièrement.

C'était, il est vrai, le seul arbre à avoir été représenté sur une carte au 1/4 000 000e, dernier survivant d'un groupe d'arbres qui avait poussé lorsque le désert était moins aride que maintenant, et il s'est élevé, seul, pendant des décennies. Il faisait office de repère pour les caravanes qui traversaient ce désert quasi absolu, l'un des très rares espaces de la planète où, comme le signalait Théodore Monod, la mouche, elle-même, ne peut survivre ! Cet arbre n'était pourtant pas bien haut du fait de son constant ensablement : suivant les transports de sable, il pouvait n'émerger que de 2 à 3 mètres du sol ! Cependant, du fait du vide intégral et d'une légère ondulation du terrain, on arrivait à le distinguer de très loin avec ses deux troncs distincts, formant un « Y » et sa forme parasol.

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 L'arbre en 1950

Plusieurs auteurs rapportent qu'il arrive que des oiseaux suivent les caravanes de chameaux, agissant ainsi comme ceux qui suivent en mer les navires, et se posent sur l'Arbre du Ténéré, espérant y trouver de la nourriture… pour finalement y mourir, ce qui explique le nombre des carcasses sur le site. Deux puits se trouvaient à proximité, mais l'un d'eux fut un temps inutilisable, pollué par une bête tombée au fond. Aux alentours, se trouvaient nombre d'os de chameaux, blanchis par le soleil… En réalité, il y a quand même quelques arbres par-ci par-là dans le Ténéré, mais bien plus au nord ou plus au sud : si celui-là a acquis ses lettres de noblesse, c'est qu'il a la particularité d'être, non seulement totalement isolé, mais aussi de se trouver sur le trajet d'une voie caravanière ancestrale, vitale pour la région.

Comment l'arbre a-t-il pu pousser en ce lieu, à quelle époque, et comment a-t-il pu se développer ? Faut-il admettre que la couche aquifère était autrefois moins profonde ou que le climat était plus humide ? La mission Berliet-Ténéré de 1959, découvrant dans des collines de sable à 7 km au sud des coquilles d'escargots, apportera la preuve que cet endroit était une terre verdoyante il y a environ 6 000 ans, avec la présence de l'eau. L'arbre est donc une relique de la forêt d'acacias qui devait couvrir le pays. Mais toute cette région a subi une profonde désertification depuis cette époque, et pour une fois, l'homme n'a rien à y voir. Toute l'eau s'évapore, jusqu'au lac Tchad, et le sable la remplace. Le lac Tchad lui-même a perdu 90 % de son volume, surtout depuis les années 1960, et c'est la dernière "trace" d'eau de cette vaste région : le lac Tchad, pourtant connu comme le plus grand réservoir d'eau de l'Afrique, est devenu une mare.

Le Ténéré, longtemps un blanc sur la carte !

Le Ténéré, c'est cet endroit si aride que les nomades n'ont pas hésité à le nommer « le désert dans le désert » : il est en effet considéré comme l'un des déserts les plus absolus de la planète. Avant l'ère de la mécanisation, seuls les méharistes avaient le "privilège" de l'aborder, et sa pénétration fut une véritable épopée. On n'y trouve que du sable et parfois des plaines de fins cailloux. Par quel miracle une graine avait-elle pu atteindre cette région si ingrate pour y germer et donner naissance à l'arbre devenu célèbre et vénéré par tous les nomades ?

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Années 70

Mais revenons au sort de notre Arbre. En 1959, l’irrémédiable n’était pas encore au rendez-vous : il n’interviendra qu’une quinzaine d’années plus tard. À vraie dire, l’arbre finissait par être en piteux état, en raison d’une circulation en progression ; en particulier, les chauffeurs, qu’ils soient nigériens, libyens ou algériens, gravaient leurs initiales sur son tronc après en avoir arraché l’écorce !

Et puis, l’irréparable survient : en novembre 1973, l’Arbre est renversé par un camionneur libyen (dit-on…), sans doute ivre (?), alors qu’il reculait. Il y avait bien 200 migrants qui ont crié « Gare à l’arbre ! » en 20 dialectes différents… L’émotion fut forte, chez les nomades, mais aussi chez tous les amoureux du désert, tant ce symbole de la vie dans le néant avait été partagé par tous.

Mais il eut de belles funérailles : par camion militaire, il fut transporté à Agadès puis, peu de temps après, à Niamey pour y être exposé dans le Musée National du Niger, où un important mausolée sera construit en 1977 au-dessus de ses mânes. Et, considéré comme un emblème immortel du Ténéré, un timbre poste de la République du Niger, va commémorer le premier anniver­saire de son décès.

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 Autre marque d’attachement : sur les lieux mêmes, peu après sa disparition, quelqu’un a construit une structure temporaire en bois par-dessus sa souche. Elle supportait un petit arbre de Noël : geste touchant pour cette fin d’année 1973 !

 L’Arbre symbole de métal

En 1975, l’Arbre fut remplacé, pour que demeure un repère pour les voyageurs, par un arbre tout en métal, et c’est un guide de la région d’Agadès et inspecteur des écoles nomades – M. Alzouma Kantana -, qui s’est dévoué corps et âme (et c’est peu de le dire) pour que ce site ne soit pas oublié.  En savoir plus

Michèle BEC  

Desjeux

photo B. et C. Desjeux