« On me parle de progrès, de « réalisations », de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes.

Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, de cultures piétinées, d’institutions minées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées… »

Aime CESAIRE  « Discours sur le colonialisme »  Présence africaine

Cité dans« L’Afrique noire est-elle maudite ? »  Moussa Konaté

« L’Afrique noire est-elle maudite ? »

Moussa Konaté

" Dans ce livre, notre cher écrivain demeure fidèle à lui-même en éclairant un problème qui n’a rien de littéraire : celui des rapports qu’entretient l’individu, l’homme de tout temps de nos pays, avec la société dans laquelle il vit, avec son époque, avec les autres, avec l’histoire. Victime de cette histoire, pour peu qu’il prenne conscience de son état, l’homme peut la façonner et l’infléchir, alors qu’il est sans pouvoir sur elle s’il l’ignore et la refuse. La vraie démission est celle du sujet devant la tradition lorsque «le pacte originel» (un terme qu’il affectionne) n’est plus qu’une forme sans contenu. Oui, mais attention à la malédiction. Ajouterions nous,  simple lecteur que nous sommes, la dimension de notre humanisme n’est ni le fini, ni l’infini, mais l’indéfini.

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Adame Ba Konare 

Sous un titre qui paraît exprimer exactement le moindre doute, l’essai, composé d’une dizaine de chapitres, est discontinu, fragmentaire, lié aux moments essentiels d’expériences mettant en jeu la culture et le développement, oscillant perpétuellement de l’une à l’autre pour qu’ils s’avivent mutuellement et précipitent vers l’abîme où le lecteur chute suffoqué, exaspéré, ravi. Ces fragments sont à la fois médités et agis : on les dirait, non pas écrits, mais « haletés » au plus vif de l’expérience. Créant une durée qui les excède, ils ont l’avantage, sur un récit continu, de se dépasser en elle au lieu de la contenir.

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à l'usage du président Sarkozy 

* Intégralité du texte de Mme Adame Ba Konare 

' Moussa Konaté développe les problèmes qui se posent, et que se posent les pays de l’Afrique noire. Dans un angoissant inventaire à la Prévert, il interpelle sur la misère effrayante et les maladies effroyables, l’art, les castes, les tribus, les cousinages à plaisanterie, le racisme, puis l’esclavage, puis la colonisation, l’indépendance, la coopération, la rumeur calomnieuse, la mort, la peur du tabou, le coq, la famille, l’âne, l’étreinte et l’outrance de la solidarité familiale ou clanique aux dépens de « celui qui a réussi » et qui … « Même les écrivains, ils sont contraints de casser leur plume au bout de quelques livres – absorbés qu’ils sont par les innombrables obligations sociales – ou s’exilent ». Réflexions, souvenirs et nouvelles se mêlent. "

Extrait de l"article paru dans Maliweb

Moussa Konaté : l’Afrique noire est-elle maudite ?

" Que le lecteur se rassure tout de suite : le titre du livre est plus un questionnement qu’une affirmation. L’auteur malien, - dont le lecteur peut lire la notice bibliographique dans Google ou Wikipédia -, vient de sortir un essai à portée universelle qui, comme apport, fera date dans la vie intellectuelle du continent. Sans complaisance ni sévérité excessive, il analyse les tares des sociétés qui affligent l’Afrique noire et l’empêchent d’évoluer vers la modernité Il fait penser à cet autre écrivain, mais dans un genre différent,  Amadou Kourouma , auteur notamment des romans « Le soleil des indépendances » et « En  attendant le vote des bêtes sauvages ». Les deux écrivains essaient de décrypter l’homme africain, tiraillé entre tradition et modernité. De son vivant, Kourouma a subi souvent les foudres du pouvoir politique pour avoir critiqué d’une plume souvent féroce les dérives, les échecs, l’ethnocentrisme des élites politiques  africaines. Le regard que Moussa Konaté porte sur l’Afrique relève plus d’une démarche sociologique sur les mêmes thèmes de prédilection : la décolonisation et les espoirs déçus du continent noir. Pour guider le lecteur, je reprends le plan tel qu’établi par l’auteur.

(...)

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Amadou Kourouma

Si l’Afrique noire peut adresser beaucoup de reproches à l’Occident, il serait cependant injuste de ne pas lui reconnaître deux qualités qui ont fait sa force : la liberté individuelle et le travail. Le Noir d’Afrique, à la fois bloqué et éclaté, est la proie de télescopages permanents entre les deux mondes qu’il porte en lui et dont il n’arrive pas à faire la synthèse. C’est le mérite fondé sur la compétence et l’honnêteté qui devra désormais prévaloir en Afrique noire. L’Afrique noire est-elle maudite ? est un livre écrit avec colère et rage contenus par un intellectuel africain qui exprime le sentiment des millions d’autres sur le continent noir. « La possibilité de jeter le masque en toute chose est l’un des rares avantages que je trouve à vieillir » écrit Marguerite Yourcenar. Je souhaite à Moussa Konaté, qui entame la soixantaine, de continuer à nous entretenir de l’avenir de l’Afrique noire avec clarté et franchise.

 

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Moussa Konaté se montre percutant dans son analyse des rapports entre hommes et femmes africains. La famille polygame ? Un " lieu de confiscation " de la parole et de la pensée de l'individu, une "t orture psychologique infligée non seulement à la femme mais à l'enfant ". L'excision ? Une " ablation du désir ", un " viol de la personnalité" perpétuant la toute-puissance masculine et le confinement de la femme dans un rôle de gardienne des traditions.

En savoir plus Le Monde

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Michel Le Bris nous emmène en voyage avec lui. L'écrivain, philosophe, éditeur et créateur du festival Étonnants voyageurs nous fait aujourd'hui découvrir Bamako.

C'est d'ailleurs à l'occasion de ce festival que Michel Lebris rencontre son ami l'écrivain Moussa Konaté, grâce notamment auquel il pérénise sur place durant plusieurs années ce salon littéraire. Bamako, pour notre invité, c'est plus généralement le lieu de rencontre de toute une nouvelle génération d'auteurs africains, qui se sont fait connaître ces dernières années au-delà des frontières. Ecouter

PAUL_GERADIN  critique publiée par La Revue Nouvelle