Keltoum-Walet--

« J’ai espoir qu’un jour, tous les Maliens se regarderont en face pour dire : nous avons échappé à quelque chose de plus grave. J’ai espoir de voir les politiciens prendre conscience de la réalité de notre pays. J’ai espoir qu’un jour, nos compatriotes comprennent que l’intérêt de la nation passe avant les intérêts individuels et égoïstes. J’ai espoir qu’un jour, nous (Maliens) saurons qu’avant de réclamer nos droits, nous devons accomplir d’abord nos devoirs ». Cette tirade est de Keltoum Walet Emastagh, chanteuse auteur compositeur et interprète dont le premier album solo a été solennellement lancé, mercredi dernier au  Grand Hôtel de Bamako.

Originaire de Kidal, l’artiste a longuement séjourné à Abidjan où elle a produit le premier album du groupe Tinariwen. Elle fait également de la peinture et écrit des poèmes. Elle compte même à son actif deux recueils de ce genre littéraire. Keltoum Walet Emastagh est préoccupée par la situation qui prévaut dans notre pays et, particulièrement, par le sort de Kidal, sa ville natale, au centre d’une crise sans précédent. Elle garde aussi espoir que la Conférence d’entente nationale fera des propositions intéressantes pouvant conduire définitivement à la paix, dans notre pays, notamment dans ses Régions septentrionales.

« J’ai décidé de faire cet album car j’ai beaucoup de compositions sous le bras », a-t-elle expliqué. Par ailleurs, la chanteuse estime avoir beaucoup de choses à dire. Elle tient surtout à lever toute équivoque sur sa carrière musicale parce que chez elle, toutes les femmes chantent où presque. Il ne faut donc pas croire qu’elle vient juste de faire ses premiers pas dans la chanson.

Le morceau « Watcha » donne son nom à l’album. Dans « Watcha », Keltoum invoque l’amour. En tamacheck, ce vocable signifie l’amour à l’instant présent. Pour elle l’amour peut tout transcender. Le clip qui le présente fut projeté devant les journalistes parents, amis et autres mélomanes qui avaient effectué le déplacement en grand nombre. Parmi eux, le gouverneur de Ménaka, Daouda Maïga. Celui-ci explique être tenu par un devoir de soutien à toutes les initiatives, surtout culturelles. Le chef de l’exécutif à Ménaka est également convaincu de l’utilité de la culture dans la gestion des tensions. « Face à la crise, seule la culture peut sauver notre pays, c’est-à-dire en réunissant autour de ce qui nous unis », a-t-il dit.

Une partie du clip a été tournée à Kidal sa ville natale, soit 30%, précise le Maestro Boncana Maïga, qui est le manager de cette jeune artiste. Les autres 70% ont été tournés en Algérie dans un décor qui ressemble beaucoup à celui de Kidal. On y aperçoit le désert avec un sol aride, des collines mais aussi des oasis avec une étendue d’eau, entre autres.

Kidal est un paradoxe auquel la chanteuse veut donner une image positive. Quant à son genre musical, la chanteuse elle-même le qualifie de blues. Ce qui lui permet de parler de ses souvenirs d’une période pas très lointaine où les gens vivaient en paix. Elle implore le ciel pour nous aider à juguler cette crise qui nous empêche de vivre correctement.

Cet album compte 10 morceaux. Il se veut une contribution au retour de la paix dans notre pays et sera en vente à Bamako à partir de cette semaine. En outre, deux clips de promotions passeront sur les différentes télévisions du pays, de notre sous-région voire de la France.

Youssouf DOUMBIA