les « filles de Illighadad » 1

(...) Écouter les « filles de Illighadad », c’est plonger dans un univers hors du temps urbain, donc se régénérer. C’est aussi découvrir le quotidien des peuples nomades du Niger. Assister à un concert des « filles de Illighadad » c’est effleurer la texture des rapports parents-enfants faits d’incompréhension, de doute, d’amour, de surprises agréables ou non. Ecouter les « filles de Illighadad » c’est photographier les rêves de ces chanteuses profondément ancrées dans leur tradition et subtilement progressistes. Ecouter les « filles de Illighadad » c’est, s’imprégner des histoires venues de temps immémoriaux, mais aussi vivre des drames contemporains tels le vide affectif et culturel habitant les nomades que l’exode rural ou l’obligation étatique de sédentarisation a éloignés des dunes, des tentes et des nuits à la belle étoile.(...)

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Une musique pastorale

Même la jeunesse tamasheq a dû un peu l’oublier, mais à l’origine du rock touareg tel que Tinariwen l’a fait connaître dans le monde, il y avait le tendé : une musique pastorale, rythmée par le tambour à eau du même nom, et pratiquée traditionnellement par les femmes. Venues du Niger, Les Filles de Illighadad, village saharien perdu entre brousse et désert, entendent bien le rappeler. Agées d’à peine plus de 20 ans, elles ont accordé leur blues polyphonique en gardant les troupeaux au bord de la piste.


Cela n’a pas empêché Fatou Seidi Ghali, leader du trio, d’apprendre à jouer de la guitare électrique, ce qui fait d’elle l’une des rares femmes à maîtriser les fameuses syncopes berbères. Seulement, quand ses confrères masculins ont opté pour un accompagnement au djembé ou à la batterie, elle est restée fidèle aux percussions de ses ancêtres. A l’oreille, la différence de ce girls band tamasheq est fine : on retrouve, dans leurs compositions, les thèmes nostalgiques chers aux nomades, les riffs sinueux et lancinants, les mélodies minimalistes et répétitives. Seulement, la transe est plus douce, plus organique, d’une infinie tranquillité. Assez pour voir dans le premier album de ces futures étoiles du désert la possibilité d’un son neuf.

Anne Berthod Télérama

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Les Filles de Illighadad : l'autre blues du désert

Entre tradition et modernité, ce trio de jeunes femmes du Niger réussit un cocktail sonore fortement révélateur de l'âme touarègue.

Hassina Mechaï  Le Point Afrique

Tout a commencé pour elles par une simple vidéo. Elles, ce sont Fatou Seidi Ghali, Alamnou Akrouni et Mariama Salah Assouan. Trois jeunes Nigériennes, cousines et cariatides du groupe. Une vidéo de Fatou Seidi Ghali jouant de la guitare électrique avait tourné sur les réseaux sociaux de « la communauté » touarègue. Christopher Kirkley, du label Sahel Sounds, a vu la vidéo et, sans doute happé par le son et la voix de la jeune femme, le producteur a souhaité rencontrer la jeune musicienne autodidacte. La suite, ce sont Les Filles de Illighadad qui la racontent : « Christopher travaillait depuis plusieurs années au Niger avec Ahmoudou, le seul garçon du groupe. Il lui a demandé qui était cette guitariste et s'il pouvait la rencontrer. Il se trouve que Fatou est de la famille d'Ahmoudou. Lors d'un voyage au Niger, Christopher et Ahmoudou sont allés au village de Illighadad pour rencontrer Fatou, puis ont décidé de l'enregistrer devant sa maison. Plusieurs morceaux ont été ainsi saisis avec Fatou et Alamnou, à deux voix, calebasse et guitare acoustique. »

 

Le blues des femmes

À Fatou sont venues se joindre ses cousines Alamnou et Mariama pour former ce groupe. Ce fut là le premier disque des chanteuses sorti par le label Sahel Sounds, au nom éponyme : Les filles de Illighadad. Ce disque envoûtant a connu un vrai engouement auprès du public de Sahel Sounds et au-delà. « Suite à ce succès, Ahmoudou et Christopher nous ont proposé de former un groupe pour faire une première tournée en Europe. L'idée était de présenter à la fois le tendé traditionnel et le jeu de guitare de Fatou qui restitue l'esprit du tendé et du takamba (luth à une corde mais aussi style musical, NDLR) sur des chansons du répertoire traditionnel », explique Fatou. Le résultat est là, percussions traditionnelles pour l'ossature, guitare électrique pour l'habillage, avec au final un blues saharien psychédélique et féminin. À la fois très puissant et très enveloppant.

Tendé, takamba et guitare électrique

Comment trois jeunes femmes qui sont nées et ont grandi dans la région du rocheux de l'Aïr, plus précisément dans le village d'Illighadad, situé entre Tahoua et Agadez, ont-elles commencé à jouer de la musique ? « J'ai commencé à jouer de la guitare en regardant mon frère en jouer. Il possédait une petite guitare acoustique. Dès que je le pouvais, je prenais cette guitare et, seule dans un coin, je me mettais à gratter », explique Fatou Seidi Ghali. Elle s'était d'abord essayée au takamba [style de musique très présent dans la région de Tahoua]. À force de persévérance et d'entraînement, elle put ainsi maîtriser l'instrument et commencer à interpréter des morceaux du répertoire traditionnel.

Les Filles de Illighadad se disent particulièrement influencées par les chants et rythmes du tendé ainsi que par la musique et la danse du takamba. Leur goût va également vers les compositions de leurs compatriotes guitaristes d'Adagez, tels Bombino et Mdou Moctar. Plus largement, elles inscrivent leur art dans la tradition des « ishumar », mot qui en tamachek signifie les hommes qui ne « travaillent » pas, qui consacrent leur temps à la musique. Elles mettent également à l'honneur le tendé, un instrument de percussion traditionnel joué uniquement par les femmes, depuis des générations. D'instrument, le mot a servi ensuite à désigner un art ancestral fait de chants d'encouragements et de soutien. Les femmes chantaient des bénédictions pour la nature, la faune, la flore et les hommes.

les « filles de Illighadad »

En Concert au Quai Branly

Le 13 mai 2018

A la guitare et au chant, avec un jeu mesuré et calme, Les Filles de Illighadad, groupe composé d'une des deux seules guitaristes féminines touareg, va droit à l’essence de la musique du désert.
Révélées au Printemps de Bourges 2017, Fatou Seidi Ghali et ses cousines Alamnou Akrouni et Mariama Salah Assouan viennent de la région des Illighadad, au cœur du Niger. Mêlant d’autres musiques sub-sahariennes à la tradition du tende (performance collective des tambourinaires et des chanteuses), elles enregistrent leurs morceaux dans un grand studio ouvert : le désert.

Réservation obligatoire  www.quaibranly.fr