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Discours en faveur du Tourisme au Niger du Directeur de Temet Evénements lors du Festival de l'Aïr

(accompagné d'Amoumoune Kalakoua, Mahmoud Bachir, Moussa Aptchaw, éminents ressortissants locaux engagés à cette fin dans la région d'Agadez)

Monsieur le Premier Ministre,

Madame la Ministre du Tourisme du Mali,
Monsieur le Ministre du tourisme de la République Populaire et Démocratique de l’Algérie, ainsi que vos équipes qui ont fait le déplacement,
Chers ministres et élus,
Madame la Commissaire de l’Union Africaine,
Mesdames, messieurs les ambassadeurs,
Altesses,
Chers participants et visiteurs,

Je pense ne pas me tromper en assurant que la présence de visiteurs venus de très loin pour ses moments de rencontres est un grand plaisir pour tous les concitoyens et ressortissants de la région. Je me permets de vous remercier sans crainte au nom de tous. Ces remerciements sont profonds car depuis de trop nombreuses années les autochtones ne peuvent plus recevoir toutes les origines avec sérénité.

Sans vouloir condamner la décision prise par les chancelleries concernées, la région est depuis un espace déconseillé officiellement et souvent interdit officieusement par certains employeurs. Cela a aussi des répercussions dommageables auprès de beaucoup de nigériens d’autres régions, qui en ont à tord peur de venir visiter une généreuse région de leur pays. Votre séjour ici ne peut donc que toucher des populations qui ont en souffrance de se voir « interdire » de recevoir des visiteurs, amis ou partenaires.

Nous ne nous en étalerons pas tant sur ce sujet, cette nouvelle édition du festival de l’Aïr placée sous le thème de la paix nous captive plus. Nous ne sommes pas en guerre dans la région d’Agadez c’est évident, mais sommes touchés et attristés par les conflits qui perdurent dans certains pays voisins. Les populations locales ont souhaité que cet événement soit une ode au dialogue et aux rencontres interculturelles, à la générosité humaine entre les peuples.

Forum pour le tourisme

Forum pour le tourisme

Pour ceux qui découvriraient l’Aïr à cette occasion, une partie de la région, c’est un ensemble de massifs cristallins et volcaniques, avec en point culminant le Mont Gréboun à 2310 m. Sur la bordure orientale de l’Aïr, dans un décor inqualifiable commence le désert du Ténéré, dont la magie et la notoriété n’est comparable à aucun autre dans le monde.

Aux confins du Niger, à l’extrémité du Ténéré, la falaise du Kawar s’allonge au milieu du Sahara avec à son nord le Plateau du Djado. Dans ce paysage magique, probablement l’un des plus beaux du Niger, de nombreux monuments historiques illustrent un passé riche.

Sur de très nombreux sites de la région, l’histoire se dévoile depuis l’époque des dinosaures il y a plus de 100 millions d’années. Des pétroglyphes datés de 6 à 8 000 ans avant notre ère, des céramiques parmi les plus anciennes au monde, des outils préhistoriques. Des coquillages et fossiles de poissons vieux de plusieurs millions et milliers d’années, au milieu du désert, attestent de la présence de mers et de lacs il y a très longtemps.

La diversité culturelle, les liens sociaux et la coexistence exemplaire entre les kel tamasheks, les toubous, les peuls Wodaabe, les arabes et haussas ont façonné la vie d’Agadez et de sa région. En plus d’être une richesse et un levier pour le développement, elle a inspiré au sein des populations autochtones une culture de l’hospitalité, un esprit de partage et de tolérance extraordinaire qui a également grandement contribué à la cohésion nationale.

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Agadez carrefour de cultures

Vous le constatez bien la région d’Agadez recèle de ressources touristiques uniques et offre un panel de possibilités de développement extraordinaires. Puisqu’il a été question dans les communications de relancer le tourisme, au sein de l’économie nigérienne, ce secteur intimement lié à celui de l’artisanat ont représenté jusqu’à 30 % du PIB, employant et faisant vivre des centaines de milliers de concitoyens. En 2006 les seules arrivées de touristes comptabilisées à l’aéroport international d’Agadez (environ 5 000) auraient rapporté près de 9 milliards de Francs CFA à l’économie locale. Des résultats qui auraient pu être plus importants avec un investissement et la promotion du secteur plus prononcés dans d’autres régions du pays.

Malheureusement depuis plusieurs années le tourisme est en crise, pas seulement au Niger mais dans de nombreux pays de la zone ouest-africaine. La condition sécuritaire et l’image générale qui s’y dégagent sont parmi les causes principales. Les conflits récents dans plusieurs pays voisins et une réputation exagérée de l’insécurité dans la région d’Agadez ont anéanti les activités touristiques. Depuis quelques années la région d’Agadez est surtout sujette au développement d’une délinquance liée à la pauvreté, qui reste en termes de statistiques inférieure à beaucoup d’autres régions du Niger ou pays touristiques dans le monde.

Agadez

Temet-Évènements

Au regard de ce qu’il se passe dans la plus grande majorité des pays du monde, même dits développés, cette délinquance n’a rien d’exceptionnelle. Nous pouvons attendre de sécuriser pleinement les régions où existe ce phénomène, et espérer longtemps qu’elle cesse complètement un jour. Ou lutter contre par la dissuasion et la force de l’administration publique, sans oublier qu’il faut occuper la jeunesse par des activités gratifiantes et de l’emploi. Le tourisme a cette faculté de pouvoir offrir des emplois accessibles pour beaucoup.

Niger terre de merveilles

Niger, terre de merveilles

Avec plus de 1,3 milliards de touristes ayant voyagé à travers le monde en 2017, à une époque qui connait de nombreux foyers de tension, le tourisme non seulement contribue à rapprocher les hommes de cultures ou d’horizons différents, à favoriser la compréhension de l’autre et la tolérance, à lutter contre l’accroissement de la violence et à créer les conditions en faveur de la consolidation de la paix.

Le tourisme est l’un des secteurs les plus résilients qui soient, qui demeure l’un des rares à avoir connu une croissance constante et ininterrompue depuis plus d’une décennie au niveau global, plus forte que celle du commerce de marchandises depuis 5 années. Il emploie plus d’une personne sur 10 à travers le monde et est le troisième produit d’exportation devant l’automobile et l’industrie alimentaire. Il est même la première catégorie d’exportation dans de nombreux pays en développement.

Cette résilience et ces atouts économiques sont des avantages sur lesquels le Niger peut s’appuyer afin de faire du tourisme l’un des moteurs clés de son développement, comme outil unique en matière de transformation et de diversification économique.

Aujourd’hui de nouvelles catégories socioprofessionnelles en Afrique et issues des diasporas émergent financièrement, avec un fort intérêt pour les richesses du continent. Ces nouvelles cibles peuvent contribuer au développement du secteur, ainsi à la création d’emplois et la stabilité.

Bien sur il sera difficile dans un premier temps de faire venir certaines clientèles au regard de ce qu’il se passe pour le moment dans certains pays voisins, mais les groupes ultra violents qui y agissent nuisiblement n’enlèveront pas de sénégalais, jordanien ou chinois. Nous pouvons faire des africains autochtones et ceux des diasporas une clientèle de choix, à faire du secteur une des nouvelles priorités économiques et l’un des pivots de l’économie nationale, en plus d’être un outil favorisant la stabilité.

Une attention particulière pourrait être portée à la Chine, qui avec plus de 135 millions de voyageurs à l’étranger et 261 milliards de dollars de dépenses en 2016 représente un vivier de clients pour une Afrique qui ne reçoit que 5 % des arrivées de touristes internationaux au niveau mondial et seulement 3 % des recettes totales. Si au Niger nous arrivions à faire venir 0,0001 % de ce vivier de clients chinois, cela représenterait 1,3 milliards de FCFA de dépensés dans l’économie locale et des recettes fiscales pour l’Etat.

Si l’Afrique a été de 1990 à aujourd’hui la région touristique qui a connu la croissance la plus rapide au monde en termes de visiteurs, en revanche les investissements dans les voyages et le tourisme ne représentent que 6,2 % de l’investissement total en 2016. Comme le soulignait il y a peu le président du NEPAD, « le tourisme est le chaînon manquant dans le programme de transformation de l'Afrique ». Le continent possède un potentiel touristique extraordinaire et devra croire aux prévisions de croissance pour le secteur. 1,8 milliards d’arrivées de touristes internationaux en 2030, dont près de 60 % à destination d’économies émergentes. Ces perspectives ont besoin d’une prise de conscience des décideurs africains notamment, qui enthousiasmera les populations.

Si plus de la moitié des arrivées de touristes internationaux ont un motif de loisir, près de 15 % voyagent pour affaires ou motifs professionnels. Nous ne pouvons au Niger qu’être concernés par ces ambitions à l’approche du Sommet de l’Union Africaine à Niamey, qui peut être une opportunité pour la capitale de développer un tourisme d’affaire plus ambitieux.

A une époque où les jeunesses africaines se passionnent de plus en plus pour leur patrimoine, leur culture, la découverte de leur pays et de l’Afrique, nous pouvons initier une dynamique autour de la cause du tourisme au Niger et en Afrique, en faveur de l’emploi, de la croissance économique et de la stabilité.

Mawli Dayak

Aïr-Info Agadez - (photo Souleymane Ag Anara