Debout dans les cordages

Un homme qui crie n'est pas un ours qui danse...

Création de Marc Nammour


(...) Je suis d ’ici
Je suis d’ailleurs
J’écris
Je rime je prose
Je rap je scande
Je crie je murmure
Je cause
C’est selon l’humeur les rencontres (...)

M.Nammour

Il est d’ici, il est d’ailleurs, il écrit, il rappe et il scande, il se révolte et se cabre face aux trop humaines et inhumaines folies du monde. C’est Marc Nammour. Ils sont du désert, ils sont minoritaires, ils prennent la musique comme les armes, la guitare comme une arme, les armes par la poésie. C’est Tinariwen, c’est Imarhan. C’est Eyadou Ag Leche et Said Ag Ayad. C’est Sadam et Kada. Il est épris de liberté, il propage une musique brute, une musique ouverte à tous les vents, une musique ancrée et agitée. C’est Akosh Szelevényi. Il a transporté ses baguettes et balais, sa sensibilité et sa soif de sens sur tous les continents. C’est Alexis Bossard. Tous, ils revendiquent et ils dénoncent, ils crient et ils murmurent. Ils prennent la parole. C’est une prise de parole qui proteste, qui conteste et insiste : « j’existe ». Et portés par cette parole poétique et politique ils nous font exister, nous racontant avec tendresse, passion ou mélancolie, qu’il est toujours possible de se rencontrer, de se rassembler, et de construire ensemble notre humanité.

Rencontre avec La Canaille ou l'art et la bannière en quelques réponses - L'Imprimerie Nocturne

Le froid glacial tombant sur Clermont-Ferrand n'a pas refroidi les ardeurs de La Canaille. Tambour battant, Marc Nammour, leader du groupe et son équipe ont réchauffé l'atmosphère de la grande salle de La Coopérative de Mai avant l'entrée en scène de " la famille ", leurs potos du Peuple de l'Herbe.

http://imprimerienocturne.com

Un homme qui crie n'est pas un ours qui danse...

Il me suffirait d'une gorgée de ton lait jiculi pour qu'en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d'un soleil que n'entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle,car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »

Aimé Césaire

Extrait du Cahier d'un Retour au pays natal

«Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche»

Césaire

Aimé Césaire, le grand cri de la négritude

Le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimé Césaire est sans doute mon poème préféré. C’est aussi grâce à lui que je rencontre pour la première fois le son de Zone Libre: Serge Teyssot-Gay et Cyril Bilbeaud. On a l’opportunité de revisiter ce long pamphlet monument pour la clôture du Festival le goût des autres en 2013 et depuis nous continuons de le jouer. C’est pour nous un projet intemporel. Ici le son nait en temps réel. Chaque soir c’est différent et on aime ça. Nous redécouvrons la puissance visionnaire de cette œuvre d'une rare acuité politique et les vertiges de sa langue magistrale. Une lecture concert qui prend la forme d'un objet poétique révolutionnaire.

M.Nammour

Hommage à Aimé Césaire

LE SILENCE DU TAMBOUR-MAJOR

Jeudi 16 avril 2008 / Au bout du petit matin... / L'immensité du désastre / L'humanité retient son souffle / Des larmes sur les cinq continents / Les océans stagnent / Les fleuves suspendent leurs cours / Tambours, koras et balafons / Ravalent leurs sons / Les rois des forêts, savanes et déserts / Retiennent leurs gestes / Qui se figent / Et même les oiseaux au fond du ciel / Immobilisent leur envol / Les chiens se taisent ... / La tragédie des rois... / La tempête sanglote, / LUMUMBA tourne dans sa tombe / Un Nègre / Un très grand Nègre / Se retire / Un poing ferme et dur / Un poing de fraternité et de dignité / S'en va / mais la Révolte / La Révolte demeure / Aimé Césaire

Rhissa Rhossey

Rhiss

A MN COMPAGNON DE TOUJOURS LE RÉPUBLICAIN - NIGER (extrait)

LE RÉPUBLICAIN

D'entrée de jeu, je me définis comme un citoyen nigérien, certes un obscur citoyen nigérien, mais un citoyen nigérien quand même. Et cela me suffit entièrement, parce que je suis fier d'appartenir à cette nation digne parmi les dignes. Je ne suis ni un journaliste ni un avocat mais peu importe.

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche », n'est-ce pas Césaire ? « Car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse », n'est-ce pas -encore toi- Césaire?

Je ne suis qu'un sans voix qui voulait faire passer son cri à travers votre journal, votre courageux journal, qui est une sorte de «fouette-conscience» sur le lac calme de la pensée unique à la nigérienne.(...)

Rhissa Rhossey

Debout dans les cordages2

M.Nammour

Par temps de rage

Trois lettres

Qui lâche les chiens, qui se la ramène / Qui fait du bruit dès qu’il monte sur scène / Qui traque ses mots comme un prédateur / Qui maintient la tension dans les hauts parleurs / Qui sur grosse caisse, caisse claire et charley / A la langue bien pendue et le franc parler / Qui a l’aplomb de botter le cul du maître / Quelle sous culture se définit en trois lettres

 Le RAP

Qui porte les stigmates de sa classe sociale / Qui se rend rarement d’humeur joviale / Qui n’essuie que railleries et ragots / Ce trentenaire à qui on ne fait pas de cadeaux / Qui a pris le relais de Ferré et aimé Césaire / Cette maudite écriture dénigrée par ses pairs / Qui défraie la chronique depuis sa naissance / Qui peut toujours attendre pour un peu de reconnaissance

Le RAP

C’est une voix qui s’élève du chahut / C’est l’halu mais c’est la vie de la rue / Une rage qui s’hérite, un micro qui crépite / C’est une bouche qui débite tous les thèmes qu’on évite / C’est le coup de massue qui agace le beau monde / La menace sur les ondes / La sale gueule sur qui s’abat la censure / Qu’ils voudraient mettre au pas mais qui a la dent dure

Le RAP