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Khaira Arby

Diva du nord du Mali, Khaira Arby possède dans son pays, l’envergure d’une Oumou Sangaré. Adulée aux Etats-Unis, en France, elle reste pourtant une illustre inconnue. Heureusement plus pour très longtemps puisque le festival Babel Med à Marseille la programme fin mars.

Au Mali, chaque région a ses divas. Si Oumou Sangaré est le rossignol du Wassoulou, au sud du pays, à Tombouctou dans le nord, la voix de Khaira Arby est écoutée, respectée, entendue. Chanteuse depuis les années 70, très populaire auprès des communautés du nord du pays, elle reste méconnue en Europe, où elle a pourtant tourné il y a plusieurs années aux côtés de feu Ali Farka Touré, son vieil ami de Niafunké.

Aux Etats-Unis, son impressionnante tournée de 2011, sa voix, son style, ont marqué les esprits. A tel point que Timbuktu Tarab, son dernier album sorti en 2010 a été classé par le New York Times dans les meilleurs albums world de la décennie. En France, elle est l’invitée fin mars du festival Babel Med à Marseille, un concert qui fera certainement sortir de l’anonymat français cette grande voix du nord du Mali.

Forte tête

Fille d’un père touareg et d’une mère songhaï, Khaira Arby commence à chanter à onze ans, dans la troupe de Tombouctou, en 1972. Dans le cadre de la politique d’authenticité culturelle malienne, toutes les régions du Mali sont tenues de mettre en valeur le terroir de leur région. Le chef de cercle - le découpage administratif malien - donne à ses musiciens des thèmes "d’actualité", sur lesquels composer.

Au départ, ce qui n’était qu’un passe-temps pour la petite Khaira, devient une activité à prendre plus au sérieux : elle quitte sa ville d’origine pour intégrer la troupe artistique de Gao, à 400 kilomètres à l’est. Son père refuse qu’elle chante, tente "d’éteindre" sa voix avec des breuvages, qui n’ont pour effet que renforcer son timbre.

Au fil des années, la popularité de Khaira Arby augmente, elle est de plus en plus demandée pour les mariages, les fêtes, les circoncisions. Donnée en mariage à un homme qui refuse lui aussi qu’elle chante, comme beaucoup de ses contemporaines, elle interrompt sa carrière pour se consacrer à son ménage. Mais la frustration est trop forte : elle divorce, et intègre l’orchestre Badema National du Mali, avant de se lancer dans une carrière solo, au début des années 90. Forte tête, déterminée et indépendante, elle est la première femme à sortir un album en son propre nom dans la région de Tombouctou.

Voix de la paix

Dans Moulaye, son premier enregistrement studio, elle chante surtout en réaction à l’actualité de la région : en 1992, c’est la rébellion touarègue, les affrontements intercommunautaires au nord et l’exode massif des populations. Son premier disque appelle donc à la paix. Depuis, la ville de Tombouctou est régulièrement exposée aux flambées de violence entre les communautés touarègues et l’armée malienne.

Tout son parcours d’artiste est jalonné par l’actualité politique et sociale de la région : elle appelle depuis vingt ans à l’union et chante dans presque toutes les langues parlées au Mali : songhaï, peul, tamasheq, bambara et même français. Un positionnement fort, qui lui vaut d’être particulièrement respectée au nord du Mali et invitée régulièrement depuis 2010 à l’assemblée des Nations Unies, à New York, pour chanter la paix. Avec sa voix atypique, Khaira Arby charrie toute la richesse culturelle de Tombouctou, son inéluctable mystère et toute son histoire, même la plus contemporaine.

Khaira Arby, grande voix du Mali, est morte

C'était une grande voix du Mali. On l'avait surnommée "la diva de Tombouctou" ou "le Rossignol du Nord Mali". Khaira Arby est morte dimanche 19 août 2018 dans un hôpital de Bamako, des suites d'une maladie. Elle aurait eu 60 ans l'année prochaine. Elle chantait depuis les années 70, aussi bien en songhaï, qu'en tamachek, en bambara, ou même en français, appelant à l'unité et à la paix dans son pays... 

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Khaira Arby  juin 2012  Manchester,  Tennessee  États-Unis.©  by Erika Goldring/WireImage

C'est dans les années 70 que Khaira Arby se fait remarquer pour sa voix, dans les biennales qui mettent en competition des artistes venus de tout le Mali. Une première carrière, vite interrompue, quand son père, puis son mari lui interdisent de chanter. Sauf que Khaïra Arby est une forte tête. Dans les années 80, elle divorce, intègre l’orchestre Badema National, puis se lance dans une carrière solo.

Sa première cassette, Moulaye, sort dans les années 90, la rébellion touaregue a commencé. Et Khaira Arby, qui a des origines mêlées, ne cessera dès lors d'appeler à la paix, en chantant dans toutes les langues parlées du Mali, en arabe, en bambara, en tamasheq et en sonraï et même en français. C'était une grande dame, dit Manny Ansar, fondateur du Festival au Désert, qui l'a bien connue :"Ces dernières années, avec la crise, elle a joué un rôle énorme pour apaiser les esprits. Elle apparaît sur tous les écrans, sur toutes les ondes pour appeler à la paix et au calme. Elle est bien placée pour cela, car je connais Khaira depuis plus de trente ans, et je ne sais pas si elle est arabe ou songhaï. Parce qu'en fait, elle est tout. Elle est malienne, tout simplement malienne".

En 2012, Khaira Arby, pourtant très pieuse, avait été chassée de Tombouctou par les jihadistes, qui avaient détruit ses instruments et menaçaient sa vie. Ndiaye Ramatoulaye Diallo, la ministre de la culture malienne a tenu à rappeler le rôle bien particulier de la chanteuse qui n'avait de cesse de tisser des liens, à travers sa musique, entre les différentes communautés maliennes : "Entre blues berbère du Sahara et groove mandingue, elle est toujours restée ouverte à la diversité, poreuse aux souffles féconds du métissage, et assumant sa fonction sociale de tisserand de liens".

Sarah Tisseyre

21/08/2018

Décès de la chanteuse malienne Khaira Arby, " rossignol de Tombouctou "

Sur la foisonnante et talentueuse scène musicale malienne ? Khaira Arby faisait figure d'exemple et de chef de file. Née en 1959 à Tombouctou, chanteuse, mais aussi compositrice, elle avait débuté à 11 ans dans une troupe de sa ville.

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