Alhousseini Mouloul

 

 Les Touareg du Niger :

 

 Chronique des années de braise

 

L'auteur décrit l'histoire tumultueuse du peuple touareg en rappelant les combats qu'il a jadis dû livrer pour défendre ses territoires en Afrique du Nord contre des envahisseurs étrangers. Il rappelle ensuite les luttes que les Kel Tamajeq (ceux qui parlent Tamajeq, le berbère) ont livrées pour protéger leurs territoires de l'invasion coloniale française. Enfin, il relate des événements plus contemporains à savoir les rébellions dites "touarègues", jusqu'à la signature de l'Accord de paix définitive en 1995 entre le gouvernement nigérien et les mouvements rebelles.

L'Harmattan

La carte qu'on aurait aimé voir dans ce livre

Avis de Alexandre

« Les troupeaux des Touaregs n'ont pas vu passer le Transsaharien »

Le peuple des Touaregs a fasciné nombre d’étrangers et ceci explique un nombre important de légendes sur ses origines ou certaines de ses particularités comme touchant leur coiffure. Le taguelmoust permet de protéger du soleil, du vent et du sable et n’a aucun lien avec une conquête défaite des Touaregs devant Ouargla, les femmes lançant aux hommes honteux de leur défaite leur propre voile (pages 47-48). Si on a beaucoup glosé sur la formation du peuple touareg, on peut maintenant être certain selon l’auteur que ce groupe humain est issu d’une tribu berbère connue aussi sous le nom de "Targui". Le sens en serait vraisemblablement l’idée d’apostasie, car ce peuple aurait difficilement accepté la religion musulmane et aurait dû être ré-islamisé à diverses reprises. De plus un certain nombre de ceux qui refusaient d’être musulmans, au moment de la conquête arabe de l’Ifriqiya, se seraient réfugiés dans les endroits peu accessibles où vivaient déjà des nomades. La seconde hypothèse serait lié au fait que les nomades en question serait venus de l’oasis de Targa dans le Fezzan (ouest de la Libye actuelle). L’auteur conclut sur cette hypothèse berbère en l’affinant (sans d’ailleurs préciser, ce qui va dans le sens du refus de devenir musulman, que le peuple dont il parle était pour une bonne part christianisé au VIe siècle) :

« Enfin, nous pensons que certains touaregs descendent d’un autre peuple, rarement évoqués par les historiens, les Nassamones. Ceux-ci habitaient la Cyrénaïque et les régions qui correspondent aujourd’hui au désert de Sytre. » (page 64) 

Première partie

intitulée «L’établissement des Touaregs dans le Sahara et le Sahel», l’auteur y évoque non seulement l'histoire tumultueuse de ce peuple mais aussi nombre de ses caractéristiques culturelles dont sa langue orale et écrite qui confirme son origine berbère et ses principes moraux. Le peuplement du Sahara et du Sahel par les Touaregs a été la conséquence à plusieurs siècles d’existence d’abord de la poussée romaine puis comme on l’a vu de la conquête arabe de l’Afrique du nord. L’auteur passe en revue les liens que ces populations ont pu entretenir avec les Géludes, les Numides, les Almoravides, les Philistins, les Phéniciens, les Gamarantes, les Keltargas, les Sanhadjas. Il s’intéresse ensuite à l’évolution du peuplement du Sahara et du Sahel. Les Touaregs ont dû s’imposer aux populations autochtones.

Deuxième partie

l’auteur y rappelle d’abord les luttes anticoloniales de ce peuple marquées par de nombreux combats que l’histoire a rarement évoqués à l’exception du massacre de la mission Flatters en 1881 (commanditée par Freycinet). Le drame le plus connu, non mentionné, est d’ailleurs l’assassinat du marquis de Morès en 1896 aux frontières de la Tunisie et de la Lybie, ceci non pour l’importance des morts mais parce que largement médiatisée cette mort suscita de longues polémiques dans la presse d’extrême-droite de l’époque qui cria au complot. Cette initiative était toute personnelle et s’était faite en opposition avec les autorités françaises de Tunisie. Alhousseini Mouloul voit en Charles de Foucauld plus un informateur de l’armée française qu’un homme de foi et s’épargne de dire qu’il n’est pas mort en martyr car il a été tué par des gens qui entendaient s’emparer de biens matériels tout en se moquant méchamment de la béatification à laquelle il a eu droit en 2005.

L’auteur montre que bloqué au nord par les Touaregs, les troupes françaises vont conquérir le Sahara à partir de l’Afrique noire et l’arrivée en 1894  de Joffre à Tombouctou est un moment crucial, après deux échecs l’année précédente. D’autre part le 7 mai 1902, au village de Tit en Algérie, le lieutenant Cottenest, remporte une victoire contre des Touaregs (ceux de Moussa ag Amastan refusent ce combat), qui permet la présence permanente des Français au Hoggar. Alhousseini Mouloul explique longuement les révoltes que mènent les Touaregs durant la Première Guerre modiale. Aux morts au combat s’ajoute une féroce répression si bien que dans l’Aïr on passe de près de 26 000 habitants en 1913 à mois de 21 000 en 1920.

Troisième partie

Les révoltes postcoloniales qui agitent le Sahel et le Sahara en font l’objet, avec la progression du désert où les troupeaux des Touaregs fondent drastiquement. Ces rébellions touarègues  sont nombreuses, et sont évoqués l’Accord de Paix du 24 avril 1995 avec le gouvernement nigérien suivi d’un protocole additionnel du 23 novembre 1997  et un accord additionnel en août 1999. L’auteur a signalé auparavant que par rapport aux Touaregs l’Algérie avait mené une vigoureuse politique d’assimilation et que le Mali avait été agité par un conflit dans les années 1990. Les annexes présentent des documents des années 1990. Une fois de plus un livre de l’Harmattan sur l’histoire d’une région nous prive de carte. Au moins cette fois-ci je prêche vraiment dans le désert ! Il sera vraisemblablement intéressant de prolonger cette lecture par «Tombouctou à tout prix» qui sort de façon presque concomitante chez le même éditeur.

Publié sur le site Grégoire de Tou