Benidiri Redha

 

Touareg et son chameau

Touareg et son chameau

Je m'appelle Redha. Je suis artiste peintre, graphiste et passionné de photo. J'ai la chance de vivre dans un pays au territoire immense, où le soleil brille avec force et donne de très belles couleurs à la terre, à l'eau, au ciel et à tout ce qui y vit.

Je travaille avec fougue et bonheur, et chaque jour m'étonne avec ce qu'il me fait découvrir à l'extérieur de mon atelier ou ce qu'il révèle en moi .

J'ai discuté avec plusieurs touaregs ayant vécu leur jeunesse dans un environnement traditionnel avant la récente grande ruée sur les villes. Certains touaregs adorent parler des différents aspects de leur culture traditionnels aux étrangers. Le texte suivant est long mais j'ai jugé important de parler de choses qu'on trouve rarement dans les livres et les sites internet.

les_quatre_chemins

les quatre chemins du destin

La croix du sud

La croix du sud est sans doute l'élément le plus connu de la bijouterie touareg. Très anciennes, elles étaient jadis portées par les hommes qui les recevaient en héritage et les léguaient à leur tour à leurs enfants. Plus un pendentif était ancien, plus il avait de la valeur dans la famille.

De nos jours, la plupart des pendentifs touaregs du commerce sont montés sur collier en perle de verre. Mais dans le passé, les pendentifs Touaregs masculins étaient sommairement ornées et exclusivement montés sur du fil noir ou de fines lanières de cuir. La perle de verre étaient exclusivement réservée aux bijoux féminins.

Puis les artisans touaregs ont remarqué que les pendentifs montés sur des colliers en perle de verre se vendaient mieux. Ce sont les touristes étrangers occidentaux qui ont donc imposé et rendu mixte l'utilisation du collier en perle de verre.

 miel rouge

miel rouge

Le port des Croix

En principe, les tribus, toutes dispersées sur un vaste territoire s'étendant sur cinq pays (Algérie, Libye, Mauritanie, Niger et Mali) possèdent chacune une croix spécifique, vingt au total, en plus de la croix de Mano Dayak, du nom d'un rebelle touareg qui s'est fait connaître dans les années 90. De nos jours, les artisans s'autorisent beaucoup de libertés en variant et combinant les signes et les formes.

A Tamanrasset ville, les hommes portent toujours le chèche et les habits traditionnels parce qu'ils conviennent mieux au climat. Mais je n'ai rencontré aucun homme afficher une croix du Sud. La raison est que les touaregs de la ville sont issus de tribus différentes et que beaucoup sont coupés de leur tribu d'origine en raison de la sédentarisation. Il y a aussi les effets et la domination culturelle de l'occident. Comme dans le nord, de plus en plus, les personnes des dernières générations éprouvent de la gène à porter des objets traditionnels qu'ils jugent démodés et ringards.

Toutefois, depuis que les touaregs ont remarqué que les autres pays s'intéressent à leur artisanat, ils se sont remis à, plus ou moins, en porter lors des fêtes, à l'occasion desquelles. certains peuvent arborer des croix pouvant atteindre les 15 cm de longueur, en signe de force et de virilité.

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Peinture inspirée de la croix Bilma

La signification des signes

Les ethnologues occidentaux essayent d'étudier la signification des signes dans l'art et l'artisanat touareg comme s'il s'agissait d'une sortes de langage codé, régulier et bien défini. En effet, dans le passé, les touaregs accordaient une importance non négligeable aux signes. Certains étaient sensés posséder un pouvoir protecteur, essentiellement contre le mauvais œil et les Djinns habitants le désert. Certains signes symbolisaient la virilité masculine, d'autres les éléments de la vie touarègue comme la tente, le ksar, le troupeau, le puits, le soleil, la lune, l'eau, les dunes, l'oiseau…

Néanmoins, il faut garder en tête que la signification du même signe peut varier d'une région à l'autre, de même que leur sens a parfois changé au fil du temps.

Aujourd'hui, les artisans s'intéressent surtout à l'aspect esthétique de ce qu'ils façonnent, et la plupart d'entre eux ignorent complètement le sens de ces signes. La présence des touristes occidentaux blancs a beaucoup influencé l'artisanat de la croix du sud. Plus un modèle a du succès auprès des touristes, plus on a la chance de le rencontrer. C'est pour cette raison que la croix d'Agadèsest celle qu'on retrouve le plus en vente dans les régions touristiques (en réalité, plusieurs croix issues de tribus différentes sont vendues sous ce nom).

desert noyé dans l'eau

désert noyé dans l'eau

Les quatre points cardinaux, devenus une croix 

Bon nombre de croix du sud rappellent beaucoup le signe de la croix chrétienne. Il s'agirait, selon certains touaregs, en fait d'une représentation stylisée de l'étoile et des quatre points cardinaux, qu'on retrouve chez de nombreux peuples anciens.

Jadis, les touaregs étaient des nomades, ils se déplaçaient continuellement dans le désert à la recherche d'eau et de pâturages pour leurs chameaux et leurs chèvres. Le signe des points cardinaux symbolisait parfois l'étoile car les touaregs se servaient des constellations pour se diriger dans le désert. Cette croix qu'on retrouve aussi dans la selle du chameau symbolise l'homme qui maîtrise et connaît la terre sur laquelle il marche. Il sait quand il faut aller à droite ou à gauche, quand il faut reculer ou aller en avant.

Elle est entre autre la destinée, parfois tellement imprévisible qu'elle peut vous pousser à choisir et emprunter des chemins différents.

mirage

Mirage

La croix du sud et les islamistes

Ces quinze dernières années, avec la montée de l'islamisme en Algérie, la croix du Sud a acquis une certaines mauvaise réputation. Les gens évitent de plus en plus d'acheter celles qui leur rappelle trop la croix chrétienne. D'ailleurs, les religieux expliquent que les touaregs se seraient  directement inspiré de la croix chrétienne pour inventer leurs pendentifs Les religieux du nord (très influencés par l'idéologie salafiste saoudienne) les rejettent et les interdisent toutes car ils y voient également un héritage de l'époque antérieure à l'islamisation (que les religieux nomment l'époque des ténèbres).

On retrouve encore ces pendentifs en grand nombre dans les boutiques souvenir du nord. Mais comme me l'avait expliqué un vendeur, elles sont achetées dans 8O% des cas par des touristes occidentaux.

Benidiri Redha

tifinagh la resurection

tifinagh, la résurection

forgeron à Niamey - Atelier koumama - Les artisans : leur art est considéré comme un langage ésotérique.

http://touaregsmirages.canalblog.com