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forgeron à Niamey

Les artisans : leur art est considéré comme un langage ésotérique.

Les artisans dont la fonction sociale se transmet héréditairement, sont généralement attachés à  une  famille de  nobles, de tributaires ou de religieux qui les entretient et les récompensent en échange de  leurs créations et des multiples services qu'ils rendent : ils jouent le rôle de confidents, d'émissaires, d'intermédiaires dans le domaine social, politique, rituel, participant à tous les évènements de la vie, comme la naissance, le mariage ou la mort.

Hélène Claudot-Hawad

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photo  Assam Midal

Les hommes travaillent essentiellement le bois et les métaux (fer, cuivre, laiton, argent, or), tandis que les femmes sont spécialistes du travail du cuir mais aussi de la réalisation sophistiquée des coiffures féminines.

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photo  Assam Midal

Les artisans possèdent non seulement l'art de transformer la matière mais aussi l'art du verbe dont ils usent pour juger, louer ou fustiger la société.

H. Claudot-Hawad  : Touaregs  Apprivoiser le désert

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Rom Habata

Longtemps réprimée par les diverses religions : chrétienne et islamique ,la Franc-maçonnerie Touarègue a su survivre et s'exprimer de façon clandestine, ou détournée mais toujours plus  subtile .

Chez nous les francs-maçons ont existé depuis 10.000 ans d'après les témoignages retrouvés sur des nombreux sites sahariens, mais aussi à travers des écrits historiques. Les plus visibles restent l'Art dans l'Aïr, dans l'Azawak et l'Azawad, sous sa forme artisanale jusqu'à aujourd’hui. Les principaux dépositaires se retrouvent aujourd'hui chez les bijoutiers, les forgerons, les guérisseurs traditionnels, quelques intellectuels d'obédience soufie, et de plus en plus les nouvelles générations.

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croix touarègue  A. Tambo

Les symboles les plus connus restent les 22 croix Touarègues en argent massif toutes pleines de signes et des messages qui ont su traverser les temps ...
Chez les Touaregs comme les Berbères les croyances aux signes restent très présentes, même de nos jours. Les motifs architecturaux, artisanaux, vestimentaires, écrits, calligraphiques, etc sont d'une richesse peu connue encore aujourd'hui ... Seuls quelques initiés peuvent les traduire avec leurs vraies histoires ...

Symbolique dans l'article paru sur le site  Issitka

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croix  officielles des tribus

La tradition n’est pas immobile, elle ne reste pas dans mais elle surpasse, transgresse, dépasse, on peut ainsi dire qu’elle avance et, par cela, qu’elle change. Que la tradition se caractérise par une redéfinition incessante ou par un rapport constant à des références passées, elle n’est jamais figée. De ce fait, l’Histoire des sociétés ne se caractérise pas par un avant (traditionnel) et un après (moderne) mais par une continuité transcendée.

Parallèlement, la production artisanale (par opposition à l'art) est considérée par les experts de « bon goût » comme issue d'un acte collectif ce qui est facilement assimilé artistiques bien plus récents car l’Afrique joue de plus en plus le rôle « de réservoir chez Nous comme un acte dépourvu de créativité individuelle. De ce fait, les productions contemporaines africaines réalisées selon le mode de production artisanal, autrement dit ce que Nous appelons « artisanat », ont le plus grand mal à se faire une place dans ce milieu très élitiste du marché de l’art international, car perçues comme une production mineure.

Les productions non certifiées par le label occidental « Art », sont ainsi  reléguées invariablement au rang d’art « touristique ». C’est le cas de la majorité des créations artisanales nigériennes qui sont facilement reléguées à des objets mineurs et peu innovants.

 

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Femmes à Timia   Assarid Ilias

 

Les arts « touristiques » au Niger présentant les évolutions stylistiques depuis les années 1960, si l’art « touristique » existe, en tant que tel, il le doit aux échanges croissants et à grande échelle entre l’Afrique et l’Occident depuis la période Coloniale. Loin de moi l’idée d’affirmer que les arts africains actuels sont des pastiches des arts occidentaux. C’est l’échange entre les peuples qui permet aux sociétés de se transformer et habilite les artistes à renouveler leur stock créatif. Les artistes/artisans africains s’inspirent ainsi des arts occidentaux comme les artistes/artisans occidentaux s’inspirent des arts africains. On peut citer les mouvements d’avant-garde européens (cubisme, fauvisme, expressionnisme……) mais également des mouvements artistiques bien plus récents car l’Afrique joue de plus en plus le rôle « de réservoir de carburant artistico-culturel pour les artistes et intellectuels desséchés et aseptisés du Nord. De même, si les objets d’art « touristique » africains mélangent les formes, fonctions et/ou matériaux de l’artisanat local avec ceux, standardisés, de l’Occident, ce constat est aussi vrai pour les productions artisanales européennes comme le « style néo-grunge napolitain »

Source : Thèse Présentée et soutenue par Audrey BOUCKSOM

ARTS  « TOURISTIQUES » EN AFRIQUE ET CONSOMMATEURS OCCIDENTAUX

LE CAS DE L’ARTISANAT D’ART AU NIGER

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Camara LAYE

" En fait, à la lecture de L'Enfant noir, on s’aperçoit vite que ce roman a été écrit pour un lectorat européen, plus précisément français – et c’est en cela qu’il reflète son époque. A ce lectorat,  Camara Laye décrit, de l’intérieur, avec ses yeux d’enfants et ses mots d’adultes, les traditions d’une famille africaine de Kouroussa ; des traditions qu’il sent, avec beaucoup de lucidité, en passe de disparaître. Car le jeune garçon lui-même comprend très tôt qu’il ne suivra pas les traces de son père, forgeron réputé, et qu’il ne percera jamais les secrets qu’il perçoit seulement dans ce monde des grands peuplé de grigris et de pouvoirs, transmis de génération en génération, qu’il constate mais peine à expliquer " .

L'ENFANT NOIR
Pour l.'heure, l'un et l'autre pesaient avec force sur les branloires, et la flamme de la forge se dressait, devenait une chose vivante, un génie vif et impitoyable. Mon père alors, avec ses pinces longues saisissait la marmite et la posait sur la flamme.

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emouri   A. Tambo

Du coup, tout travail cessait quasiment dans l'atelier : on ne doit en effet, durant tout le temps que l'or fond, puis refroidit, travailler ni le cuivre ni l'aluminium à proximité, de crainte qu'il ne vînt à tomber dans le récipient quelque parcelle de ces métaux sans noblesse. Seul l'acier peut encore être travaillé. Mais les ouvriers qui avaient un ouvrage d'acier en train, ou se hâtaient de !'achever ou l'abandonnaient carrément pour rejoindre les apprentis rassemblés autour de la forge. En vérité, ils étaient chaque fois si nombreux à se presser alors autour de mon père, que je devais, moi qui étais le plus petit, me lever et me rapprocher pour ne pas perdre la suite de l'opération.

Il arrivait aussi que, gêné dans ses mouvements mon père fit reculer les apprentis. Il le faisait d'un simple geste de la main : jamais il ne disait mot à ce moment, et personne ne disait mot, personne ne devait dire mot, le griot même cessait d'élever la voix. Le silence n'était interrompu que par le halètement des soufflets et le léger sifflement de l'or. Mais si mon père ne prononçait pas de paroles, je sais bien qu'intérieurement il en formait ; je l'apercevais à ses lèvres qui remuaient tandis que, penché sur la marmite, il malaxait l'or et le charbon avec un bout de bois, d'ailleurs aussitôt enflammé et qu'il fallait sans cesse renouveler.

Quelles paroles mon père pouvait~il bien former?

Je ne sais pas, je ne sais pas exactement : rien ne m'a été communiqué de ces paroles. Mais qu'eussent-elles été, sinon des incantations ? N'étaient-ce pas les génies du feu et de l'or, du feu et du vent, du vent soufflé par les tuyères, du feu né du vent, de l'or marié avec le feu, qu'il invoquait alors ; n'était-ce pas leur aide et leur amitié, et leurs épousailles qu'il appelait ? Oui, ces génies-là presque certainement, qui sont parmi les fondamentaux et qui étaient également nécessaires à la fusion.

L'opération qui se poursuivait sous mes yeux, n'était une simple fusion d'or qu'en apparence ; c'était une fusion d'or, assurément c'était cela, mais c'était bien autre chose encore : une opération magique que les génies pouvaient accorder ou refuser ; et c'est pourquoi, autour de mon père, il y avait ce silence absolu et cette attente anxieuse. Et parce qu'il y avait ce silence et cette attente, je comprenais, bien que je ne fusse qu'un enfant, qu'il n'y a point de travail qui dépasse celui de l'or. J'attendais une fête, j'étais venu assister à une fête, et c'en était très réellement une, mais qui avait des prolongements. Ces prolongements, je ne les comprenais pas tous, je n'avais pas l'âge de les comprendre tous ; néanmoins je les soupçonnais en considérant l'attention comme religieuse que tous mettaient à observer la marche du mélange dans la marmite.

 

Timia

Jeune femme, Timia    Assarid Ilias

Quand enfin l'or entrait en fusion, j'eusse crié et peut-être eussions-nous tous crié, si l'interdit ne nous eût défendu d'élever la voix ; je tressaillais et tous sûrement tressaillaient en regardant mon père remuer la pâte encore lourde, où le charbon de bois achevait de se consumer. La seconde fusion suivait rapidement ; l'or â présent avait la fluidité de l'eau. Les génies n'avaient point boudé à l'opération !

~ Approchez la brique ! disait mon père levant ainsi l'interdit qui nous avait jusque-là tenus silencieux. (...)

Mais je l'ai dit : mon père remuait les lèvres ! Ces paroles que nous n'entendions pas, ces paroles secrètes, ces incantations qu'il adressait à ce que nous ne devions, ce que nous ne pouvions ni voir ni entendre, c'était là l'essentiel. L'adjuration des génies du feu, du vent, de l'or et la conjuration des mauvais esprits, cette science, mon père l'avait seul, et c'est pourquoi, seul aussi, il conduisait tout.

Telle est au surplus notre coutume, qui éloigne du travail de l'or toute intervention autre que celle du bijoutier même, Et certes, c'est parce que le bijoutier est seul à posséder le secret des incantations, mais c'est aussi parce que le travail de l'or, en sus d'un ouvrage d'une grande habileté, est une affaire de confiance, de conscience, une tâche qu'on ne confie qu'après mûre réflexion et preuves faites. Enfin je ne crois pas qu'aucun bijoutier admettrait de renoncer à un travail - je devrais dire : un spectacle! - où il déploie son savoir-faire avec un éclat que ses travaux de forgeron ou de mécanicien et même ses travaux de sculpteur ne revêtent jamais, bien que son savoir-faire ne soit pas inférieur dans ces travaux plus humbles, bien que les statues qu'il tire du bois à coup d'herminette, ne soient pas d'humbles travaux !

 Camara Laye

Mamadou Fané

Mamadou_Fane

" A 54 ans, Mamadou Fané, natif de Ségou, vient de revenir "au pays" après avoir longtemps vécu dans la capitale. Aîné de la famille, donc héritier du clan, il a dû reprendre, au décès de son père, le rôle de chef de la caste des forgerons. Cet homme grand, posé, au visage presque juvénile, assume donc les devoirs qui incombent à sa position. Le forgeron appartient à une caste intermédiaire, inférieure à celle des nobles mais supérieure à celle des esclaves et même des griots. "

RHEDHA BENDIDRI

Redha

Benidiri Redha

Je m'appelle Redha. Je suis artiste peintre, graphiste et passionné de photo. J'ai la chance de vivre dans un pays au territoire immense, où le soleil brille avec force et donne de très belles couleurs à la terre, à l'eau, au ciel et à tout ce qui y vit.

Je travaille avec fougue et bonheur, et chaque jour m'étonne avec ce qu'il me fait découvrir à l'extérieur de mon atelier ou ce qu'il révèle en moi .

J'ai discuté avec plusieurs touaregs ayant vécu leur jeunesse dans un environnement traditionnel avant la récente grande ruée sur les villes. Certains touaregs adorent parler des différents aspects de leur culture traditionnels aux étrangers. Le texte suivant est long mais j'ai jugé important de parler de choses qu'on trouve rarement dans les livres et les sites internet.

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les quatre chemins du destin

La croix du sud est sans doute l'élément le plus connu de la bijouterie touareg. Très anciennes, elles étaient jadis portées par les hommes qui les recevaient en héritage et les léguaient à leur tour à leurs enfants. Plus un pendentif était ancien, plus il avait de la valeur dans la famille.

De nos jours, la plupart des pendentifs touaregs du commerce sont montés sur collier en perle de verre. Mais dans le passé, les pendentifs Touaregs masculins étaient sommairement ornées et exclusivement montés sur du fil noir ou de fines lanières de cuir. La perle de verre étaient exclusivement réservée aux bijoux féminins.

Puis les artisans touaregs ont remarqué que les pendentifs montés sur des colliers en perle de verre se vendaient mieux. Ce sont les touristes étrangers occidentaux qui ont donc imposé et rendu mixte l'utilisation du collier en perle de verre.

 

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Femmes à Timia   Assarid Ilias

Le port des Croix

En principe, les tribus, toutes dispersées sur un vaste territoire s'étendant sur cinq pays (Algérie, Libye, Mauritanie, Niger et Mali) possèdent chacune une croix spécifique, vingt au total, en plus de la croix de Mano Dayak, du nom d'un rebelle touareg qui s'est fait connaître dans les années 90. De nos jours, les artisans s'autorisent beaucoup de libertés en variant et combinant les signes et les formes.

A Tamanrasset ville, les hommes portent toujours le chèche et les habits traditionnels parce qu'ils conviennent mieux au climat. Mais je n'ai rencontré aucun homme afficher une croix du Sud. La raison est que les touaregs de la ville sont issus de tribus différentes et que beaucoup sont coupés de leur tribu d'origine en raison de la sédentarisation. Il y a aussi les effets et la domination culturelle de l'occident. Comme dans le nord, de plus en plus, les personnes des dernières générations éprouvent de la gène à porter des objets traditionnels qu'ils jugent démodés et ringards.

Toutefois, depuis que les touaregs ont remarqué que les autres pays s'intéressent à leur artisanat, ils se sont remis à, plus ou moins, en porter lors des fêtes, à l'occasion desquelles. certains peuvent arborer des croix pouvant atteindre les 15 cm de longueur, en signe de force et de virilité.

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Peinture sur toile  et inspirée de la croix Bilma

La signification des signes

Les ethnologues occidentaux essayent d'étudier la signification des signes dans l'art et l'artisanat touareg comme s'il s'agissait d'une sortes de langage codé, régulier et bien défini. En effet, dans le passé, les touaregs accordaient une importance non négligeable aux signes. Certains étaient sensés posséder un pouvoir protecteur, essentiellement contre le mauvais œil et les Djinns habitants le désert. Certains signes symbolisaient la virilité masculine, d'autres les éléments de la vie touarègue comme la tente, le ksar, le troupeau, le puits, le soleil, la lune, l'eau, les dunes, l'oiseau…

Néanmoins, il faut garder en tête que la signification du même signe peut varier d'une région à l'autre, de même que leur sens a parfois changé au fil du temps.

Aujourd'hui, les artisans s'intéressent surtout à l'aspect esthétique de ce qu'ils façonnent, et la plupart d'entre eux ignorent complètement le sens de ces signes. La présence des touristes occidentaux blancs a beaucoup influencé l'artisanat de la croix du sud. Plus un modèle a du succès auprès des touristes, plus on a la chance de le rencontrer. C'est pour cette raison que la croix d'Agadès est celle qu'on retrouve le plus en vente dans les régions touristiques (en réalité, plusieurs croix issues de tribus différentes sont vendues sous ce nom).

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Les quatre points cardinaux, devenus une croix 

Bon nombre de croix du sud rappellent beaucoup le signe de la croix chrétienne. Il s'agirait, selon certains touaregs, en fait d'une représentation stylisée de l'étoile et des quatre points cardinaux, qu'on retrouve chez de nombreux peuples anciens.

Jadis, les touaregs étaient des nomades, ils se déplaçaient continuellement dans le désert à la recherche d'eau et de pâturages pour leurs chameaux et leurs chèvres. Le signe des points cardinaux symbolisait parfois l'étoile car les touaregs se servaient des constellations pour se diriger dans le désert. Cette croix qu'on retrouve aussi dans la selle du chameau symbolise l'homme qui maîtrise et connaît la terre sur laquelle il marche. Il sait quand il faut aller à droite ou à gauche, quand il faut reculer ou aller en avant.

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Mirage

Elle est entre autre la destinée, parfois tellement imprévisible qu'elle peut vous pousser à choisir et emprunter des chemins différents.

La croix du sud et les islamistes

Ces quinze dernières années, avec la montée de l'islamisme en Algérie, la croix du Sud a acquis une certaines mauvaise réputation. Les gens évitent de plus en plus d'acheter celles qui leur rappelle trop la croix chrétienne. D'ailleurs, les religieux expliquent que les touaregs se seraient  directement inspiré de la croix chrétienne pour inventer leurs pendentifs Les religieux du nord (très influencés par l'idéologie salafiste saoudienne) les rejettent et les interdisent toutes car ils y voient également un héritage de l'époque antérieure à l'islamisation (que les religieux nomment l'époque des ténèbres).

On retrouve encore ces pendentifs en grand nombre dans les boutiques souvenir du nord. Mais comme me l'avait expliqué un vendeur, elles sont achetées dans 8O% des cas par des touristes occidentaux.

Article intégral publié par Benidiri Redha

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Elhadji Koumama ...

... Et les forgerons de son atelier à Niamey

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