Touareg du Niger, rencontres au fil du temps

Bienvenue

 

Compagnons,

Écoutez, et vous allez entendre

Apprenez  ce qui est amer  et nous est arrivé 

Vous ne le soignerez pas, à moins de m'écouter

Chant touareg anonyme

Hawad      Rjissa Rhossey

Écoutons, et apprenons

Hawad  poète et peintre  «Ma douleur touareg, je la fais douleur de l'humanité tout entière, de tous les hommes et femmes qui souffrent écartelés, écrasés»

Rhissa Rhossey  poète du Massif de l'Aïr et de la rébellion touarègue «Non, frère, je ne suis pas / Je ne suis plus / Le Seigneur du désert / Mais l'esclave / Des horizons nus».

La poésie est le fleuron de la culture touarègueLa poésie se chante ou se récite. Chanté, le poème est inféodé à un instrument de musique, l'anzad. Le chanteur vocalise en imitant le son de l'anzad.

Chahamata  A. TAMBO  A. Boudane  Hadja

Chahamata  «Marabout des formes et des couleurs»

Almoustapha Tambo  «Ma peinture a une âme, celle du désert»

Ahmed Boudane  Peintre nomade, artiste plasticien et forgeron

Hadja  peintre de la vie traditionnelle 

Abdallah         Tirariwen

Tinariwen et Abdallah Oumbagoudou  « figures emblématiques de la résistance des musiciens combattants ».

«Les guitares électriques deviennent rapidement le symbole d'une génération en rupture, qui s'approprie des instruments, des discours et des genres musicaux familiers au grand public pour élaborer un « rock du désert » qualifié désormais de résistant et rebelle.» plus.

Déracinés, confrontés à l'hostilité ou à la misère sociale, les ishumars développent alors une sorte de blues étrange et pénétrant chantant la nostalgie et célébrant la nécessaire rébellion face aux brutalités étatiques, tandis que les rébellions se poursuivent les décennies suivantes. France-Culture

Bon voyage en pays touareg, du  Massif de l'Aïr au Niger et dans l'immensité du Sahara

A. Tambo

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05-01-09

Hawad

 

Figure emblématique du Peuple touareg

 

De la tradition à la modernité

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Dépossédé de son territoire, le Peuple Touareg est aussi dépossédé de son écriture le tifinagh, de sa langue le tamasheq

« Le Peuple Touareg a toujours exercé une sorte de fascination sur les sociétés européennes et sur la nôtre en particulier. A l'heure où il n'apparait à l'écran que pour meubler des heures d'antenne inoccupées par les aléas d'une course assourdissante et meurtrière qui a l'insolence de vouloir commémorer leur grandeur passée, il est bon de rappeler qu'il s'agit avant tout d'un Peuple et d'une culture en perdition dont Hawad est un des porte-paroles.»

Hawad   Extrait de  No Pasaran

«Désormais, une réalité agressive et incontournable se substitue aux images poétiques passées de la guerre d'honneur et de l'amour courtois. Avec les siens, Hawad vit les entraves qui enserrent de plus en plus le nomadisme, l'étranglement des espaces, le durcissement des frontières qui déchiquètent le pays touareg entre plusieurs nations, l'interruption des caravanes, la dissolution des échanges et des solidarités. Il connaît l'irruption brutale du modernisme et de la logique des technocrates sédentaires. »

Hélène Claudot-Hawad :  Caravane de la soif  Hawad

«Au cours de son histoire, la société touarègue a commencé par endurer l'offensive islamique qui l'a profondément affectée jusque dans ses mythes fondateurs. Elle a ensuite connu les assauts de la colonisation occidentale. Dans le même temps, la mécanisation des moyens de transports entraînera l'abandon des pistes du désert. (...) Cette société, comme celle des autres peuples dont le système social n'est pas rentable pour le libéralisme, est condamnée à disparaître.»

No Pasaran

Hawad encre

«Pour le nomade, la pensée n'existe qu'en marchant ou en chantant ; et tout ce qui est nomade doit être soit chanté, soit marché pour être vraiment tel.»

Le coude grinçant de l'anarchie  extrait

« Ce livre, avant d'être écrit, a d'abord été chanté entre les cimes de l'Atlas et de l'Anti-Atlas, puis sur les vieux toits d'Aix. Je l'offre et le chanterai à tous les Imazighen et à toutes les femmes et tous les hommes, tous les enfants et les vieillards qui n'acceptent pas de se soumettre à l'autorité qui mutile, fut-elle celle de leur père et de leur mère. "

Avant-hier comme hier, / ils sont venus du Levant  / et d'autres sont apparus / sous l'étoile du Nord / Ils nous ont envahis / par le Coran et l'épée / par l'Évangile et le fusil / et sur leurs visages s'étalaient / la faim et la frustration. / Hier comme aujourd'hui, / ils crient dans mon thorax :  / Indigène  amazigh / c'est ici que tu mourras, / sous les écrits de notre Dieu / et sous les rayons laser de notre civilisation. » 

le coude grinçant 

Les passeurs de Crépuscule  extrait

Depuis trente six ans je veille / sur le sillage des combattants / qui ont pavé les champs de bataille / balisés par la pierre / du non-retour / j''ai pris la plume comme un fusil / et l'encre comme le tartre de la mort / Ainsi ai-je épuisé le vent / et toutes les passerelles de la métaphore / j'ai décortiqué la graine des mots / j'en ai écorcé le son pour qu'ils deviennent galets / munitions de paradoxes / dépouillés du tanin des sens / butoirs / sur lesquels je trébuche / et s'émousse ma vue / Est-ce dans la lie de mon esprit / que j'ai nagé / jusqu'à écraser mon regard / sur le marc de la réalité ? / Ou est-ce les débris du souvenir / qui m'ont dévidé dans cet abîme noir de la conscience ? / La conscience d'être condamné / épave ombre touarègue / fantôme de sa propre âme / traversant les vertiges / et les clignements du crépuscule / Une épave, dis-je, une ombre / fantôme de sa propre âme / O tourne-tête sans appui / autre que latemujaghal / tempête de cimes d'orgueil / auquel personne aujourd'hui ne croit  / pas même ceux qui ont tété / la moelle épinière de son échine / bosselée par les résistances / aux temps / Chaque jour du présent est  / comme chaque jour de la veille sans horizon

Entorse et chagrin / nous sommes l'orgueil du voyage / Du levant au couchant / nous avons traîné l'alphabet millénaire / et tatoué le désert / du crépuscule à / Voilà qui je nomme / les passeurs de crépuscule / Si vous aussi avez des brumes / à traverser au-delà des cauchemars / alors prenez la route avec nous / Ne craignez pas les crépuscules / nous avons avalé mille lames de l'horizon / sur l'aiguille des saisons / et avons mâché multitude d'étoiles / Orions des époques

Ceci est le gémissement éteint / de l'enfant touareg que le rot d'un canon a vissé / sur les vertèbres de sa mère / S'emmêlent les amarres / et s'entrecroisent les paysages et se tassent les horizons / et sont piétinées les étoiles / Entre l'ennemi et l'ami / plus de distinction / entre le veule et le brave / plus de séparation / O vertiges / jument des nausées / Dans quelle époque / quel marécage-purin / de chiens et de phacochères / dansons-nous / au pas de canards constipés.

Copyright © Hawad   La République des Lettres

Voix solitaires sous l'horizon confisqué  

Les voix de l’ombre

L’idée de ce livre est née précisément de la distorsion observée entre les commentaires publiés depuis l’insurrection touarègue de 1990 par les grands organes de diffusion médiatique et, par ailleurs, les points de vue des autres acteurs sociaux concernés, ceux qui n’ont pas trouvé le moyen de faire entendre leur opinion au monde extérieur. L’histoire ne peut se construire, comme l’écrivait l’ethnologue américaine Lina Brock (1990 : 72), qu’en « rassemblant les récits qui représentent des prises de position importantes dans une société donnée – (ou dans les) différentes sociétés en présence – » afin d’ « entendre non pas une seule voix mais la conversation à laquelle ces voix prennent part. »    Hawad

Testament nomade

« Et les camions jetèrent le peuple / du turban et des transhumances / au large du désert / où aucune larme de rosée n'amadoue / la langue de la soif / Alors le monde civilisé mit un bandeau de ténèbres sur ses prunelles / et de l'étoupe dans ses oreilles / comme si tous les vents et tous les souffles / de l'univers n'avaient jamais gémi  / de la douleur  et du chagrin / de la veuve Tayort. »

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chef touareg  m. ludwiczak

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07-01-09

Les ishomars

 

Entre tradition et modernité 

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TESHUMARA

En 1963, les touaregs du Mali se soulèvent contre les nouvelles autorités et fuient la violence. C'est dans la douleur et l'exil que naît la Teshumara, mouvement affirmant l'existence mais aussi la nécessaire évolution du peuple touareg. Les fondateurs de Tinariwen, groupe d'origine malienne réfugié en Algérie, reviennent sur leur histoire.

La teshumara, antidote de l'État - Persée

TINARIWEN 

Taghreft Tinariwen qui signifie en tamasheq, « l'édification des pays » 

Tinariwen est un groupe de musique, originaire de Tessalit au nord est du Mali, dans l'Adrar des Ifoghas.

Leur musique, assouf, qui signifie en tamasheq la solitude, la nostalgie, fait la synthèse entre le blues, le rock et la musique traditionnelle touarègue. C'est ce que l'on peut appeler le blues touareg, car comme le blues, il a été crée dans l'exil et la souffrance. Les deux leaders du groupe sont Ibrahim ag Alhabib « Abraybone » et Alhousseini ag Abdoulahi « Abdallah », mais il faut considérer Tinariwen comme une grande famille d'artistes touaregs, un mouvement culturel et un courant musical. Les Tinariwen ne constituent pas une formation figée, les artistes y participent à leur guise. Certains, comme Mohamed ag Itlal dit le «Japonais», contribuent à l'aventure grâce à leurs compositions, mais ne souhaitent pas venir faire les tournées mondiales. Plus

 

KOUDEDE

Koudédé

Koudédé © Alice Mutasa

En 1990, quand après un carnage, les touaregs prennent les armes et les pick-up pour affronter les pouvoirs centraux au Mali et au Niger. Changer les roues des bagnoles, dormir sur les sièges de mitrailleuse échapper aux expéditions punitives et apprendre la guitare, fuit en Algérie, en Libye, dégote une vraie guitare et joue pour les réprouvés, les réfugiés et les copains restés dans le sable… Des chansons de rebelles. En 1996, c’est la paix, et « The source » fait le tour du monde.

Arnaud Contreras  Sahara Rocks

Le 24 Dataparoles

Le 24 avril est un symbole de paix pour ma génération (X2)  / Au Niger ainsi qu'au Mali, pour la Liberté. / Hommage à tous les militants  / que l'immensité du désert a emporté avec elle. / Hommage à Mano Dayak / Hommage à Touzougé  / Hommage à Infagagan

Ewilla

Au cours de mes transhumances, j'ai fait des rencontres / Les anciens m'ont confié un message pour vous: / N'abandonne pas ta culture / N'abandonne pas ta coutume / N'abandonne pas ta langue / Allons mes frères, n'abandonnez pas votre culture /  Le Niger, le Mali, n'abandonnez pas la culture / Gardons nos pantalons larges, nos grands boubous indigos

ATRI N'ASSOUF

  ATRI_N_ASSAOUF_

Justice

Les valeurs ont bien changé, le mot justice n'a plus sa place, /  nous ne savons plus sur quoi compter / Aidez-moi mes chers amis, / Afin de redresser, / Tous les piliers de la justice, / Car ils menacent de s'écrouler

Album   AKAL

TERAKAFT

Terakaft

Terakaft  

Bismilla   

Un hymne de la rébellion touarègue des années 90. Un appel à l’unité du peuple touareg et au combat pour la reconnaissance de ses droits

Nous pourchassons les traîtres, nous acculons les ennemis Au nom de Dieu, Nous gagnerons les montagnes Au nom de Dieu, Soulevons-nous avec mes frères .

 

Eric Orsena - Mme Bâ -

«Durant toute cette journée, nous n'avons parlé que de ça, la rébellion. La rébellion était leur seul vrai pays. Que reste-t-il à des nomades quand des instances lointaines se mettent un beau jour à élever des frontières à travers le désert ? De quel droit quelqu'un  peut-il interdire à des troupeaux d'aller paître où bon leur semble ? Si son petit Michel ne l'avait pas appelée à l'aide, si elle avait eu le loisir de flâner en chemin, Mme Bâ aurait apprécié ces Touareg : aucune maladie de la boussole, chez eux, aucune manie de l'immigration. Ce désert était leur terre, à jamais. Quelle que soit sa dureté. Que personne, seulement, ne s'avise de les asservir.»

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09-01-09

Du tifinagh à l'écriture

 

De la tradition vers la modernité

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Ahmed Boudane

Récemment certains jeunes auteurs ont eu recours à l'écriture pour fixer leurs textes. Les tifinagh, alphabet touareg, ne servent traditionnellement qu'à transcrire des messages confidentiels, graver des inscriptions sur roche pour marquer une étape de voyage ou établir des comptabilités fastidieuses. Pourquoi ce passage soudain à l'écrit ? Le contact avec le monde moderne n'explique pas tout. En fait, lorsque le tissu social se déchire comme aujourd'hui chez les Touaregs écartelés entre cinq États différents. la mise en scène littéraire devient impossible : le public qui faisait écho aux œuvres a disparu, la circulation des idées et pensées qui accompagnait celle des hommes est entravée, les valeurs guerrières ne peuvent plus se réaliser, l'honneur est bafoué.  On comprend le figement et le dépérissement progressif des genres littéraires classiques tandis que les nouveaux courants n'ont pu naître qu'en se dégageant des registres anciens .

Hélène Claudot-Hawad   LES TOUAREGS  Portraits en fragments 

Ibrahim Manzo Diallo

 Ibrahim Mazo Diallo

Ibrahim Manzo Diallo

ESPOIR

Lune sanctuaire  / De mes rêves / nourris de pleurs, / Miroir où scintille / La soif / De mes poumons / calcinés / Chaque toux / casse une attelle / dans mon gosier de pierre / Chaque plainte / incinère une amarre / dans ma poitrine en feu / Mon cœur est flamme / flamme que couve le chagrin / Ma raison est pollen / pollen que butine l’envie / de voir ces fils d’Imuhar / unis par la Paix / Et dans un concert / de joie / des silhouettes momifiées / effaceront à jamais /  l’horizon longtemps assailli / de mirages / Quelle jument galoper / pour porter le message ? / Quelle pierre lancer sur / l’outre de rancœurs ? / Quelle cantique chanter / pour semer l’amour ? / Espoir / Espoir de Paix / J’ai ce soir / Sous la voûte nocturne / tant besoin de ton murmure!

Ibrahim Manzo Diallo

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Souéloum Diagho

Qui je suis ?

Peut-être serez-vous déçu si je vous dis qui je suis. Je suis un targui en manque d'habits qui lui donnent son allure. / Mon 'tagoulmousté, je l'ai perdu le jour de la bataille de la survie. Mon pantalon j'en ai fait des sacs à provision, on l'appelait 'indjalagané' Mon grand boubou, j'en ai fait une tente comme abri. C'était le 'tekatkaté' de ma vie. Ne souriez pas mes amis, ça peut arriver ici.

J'ai entendu parler des indiens d'Amérique, des pygmées de l'Amazonie et ici les hommes du voyage qui sont traqués comme des souris : savez-vous qu'ils ont tous du sang qui coule dans leurs veines et un cœur qui palpite dans leur cage thoracique ?

Le temps est fini où le targui était fier de son allure : un beau chameau blanc avec tous ses bagages, son sabre et son javelot mérité.

Maintenant il est devenu un 'achamauré,  le chômeur ou un 'échekér'.

Corde usée à la portée de tous : il ne rêve plus de la princesse assise sous le palmier dans l'attente de son amour, ni de la bataille de bravoure sous les éloges de tous.

Le beau temps d'hier est fini, mais on peut toujours espérer qu'il reviendra un jour. 

La vie sans espoir est comme l'amour sans projet d'avenir.

Je suis enfant de sable, enfant de nuit

Je suis sombre et nu, comme toi la nuit, je navigue au-delà de tes chemins diurnes, je cherche les sentiers flamboyants qui rythment la vie. Je suis silencieux et profond comme toi la nuit, comme le désert à l'approche de ta venue.

Je suis enfant de sable, enfant de nuit, mes yeux volent dans le noir qui t'a nourri. Mes oreilles bourdonnent de peur quand tes ondes frémissent, la brume et les ténèbres sont le fruit de ton travail assidu. A l'approche de la nuit les guerriers qui luttent pour les nations perdues crient leur désespoir. Comme les cris des loups qui se rassemblent pour la fête de minuit, sauvages et terribles, ils sont quand même dans l'oubli. 

Enfant, j'ai grandi dans le sable loin des villes en écoutant les berceuses des nomades qui évoluent vers les frontières de l'oubli, avec comme seul repère, le clair de lune et ses rayons d'argent éclairant les terres qui ont contenu la misère de l'enfant sans patrie, sable mouvant étendu comme une page sans écriture. La trace des chercheurs reste inscrite comme un graffiti que fait le poète en commençant sa poésie. 

Enfant, le jouais à cache-cache dans la nuit avec mes amis. Le souvenir reste encore soutenu dans la part innocente de ma vie.

Souéloum Diagho

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Inoussa Yunus Ocquet 

Destin

Que faire lorsque la joie s’en va / Mordant de-ci, de- là / Quelques heureux élus ? / Pousser au loin nos soupirs enfumés... / Changer de route pour emprunter les sentiers incertains ? / Cueillir des fleurs pour couronner nos échecs ? / Prier pour achever le noir tableau ? / Chanter pour que l’écho des cimetières nous répondre ? / Veiller pour apprendre la sagesse du hibou ?

Inoussa Yunus Ocquet 

12-01-09

Touareg, nomades hier ...

 

Poèmes de Hawad

hawad 

Caravane de la soif 

Ces gémissements, paroles de fièvres embrasées devant la source tarie, je les dédie à Tellent, aux mirages vagues de dune, à l'errance du vent, au concert du silence et aux oreilles de l'oubli, seule étoile de ma caravane divaguant à travers les tempêtes qui ont brisé la charpente constellée des tentes nomades.

Le nomade

Il est enturbanné de soleil / vêtu d'une robe de scorpions / chaussé d'épines / Il s'appuie sur la vipère fourchue / Il a domestiqué l'essuf / La mort s'écarte de son sentier /

Devant lui les montagnes de feu s'effondrent / Derrière lui le tapis de la terre s'enroule

Son chemin est tracé par la soif / comme le jet ébloui de l'étoile filante / au-delà des abîmes / son appui murmure sans rêve / Toi crête de l'univers / sois cheville / et tête de la pyramide

Hier l'armée d'acier a brûlé sa tente / La sécheresse a balayé ses enclos

Sa femme est au puits / drapée de chiffons gris / grimaçante sinistre / visage enduit de cendres / tresses dénouées / veuve fantôme

Ses enfants plient genoux / dans les marécages du venin / Creux de la famine / Entraves de la misère / Couche galeuses / Couvertures de vermines

Pâturages champs clos / Tornades de fumées / Ses chemins s'entassent dans les filets cloutés / mis en cellule / boîtes de conserve

Le nomade entre dans la cité / pour acheter trois mesures de blé / Ceux qui vénèrent le béton / lui crachent au visage / lui jettent dans le dos / les os de ses moutons / Hurlements de la ville / Soit maudit nomade / renard voleur pillard traître / sauvage compagnon de l'araignée / frère du chameau

Il quitte le marché / pour les étoiles / indifférent exalté / il n'entend que le son de ses pas / poussière qui l'enveloppe / violon qui harmonise / en un seul son / le passé et le futur / boucle inondant l'instant présent

Au-delà de ce temps / il regarde / et accompagne le jet des âmes / qui débordent la vie / pour la tente d'Inta / et l'aridité d'Abat / où l'existence devient mousse de lumière / dans l'océan des mirages miroirs

Il retourne à ses plaintes en chantant / mélodie de l'errance

A celui qui ne crache pas sur le déshonneur / demain les contraintes crèveront les yeux / Pour qui ne s'est pas délié / des chaînes de la servitude / les nœuds ne se démêleront pas / qui attachent la trousse des délices / de la graine étincelle

Hawad

SILHOUETTE

Exil

L'exil m'érode, tige dans la tempête de dune / Les vertiges, nausées du sevrage, me renversent / chiffon que le vent agite / sur les piquets des campements désertés / Le parfum de la nostalgie m'étouffe / comme un enfant entraîné par le reflux des vagues / Le soleil dessèche mon cœur / Mes yeux sont tannés par le regard de l'étrangeté / grimaces de fantômes / Les soucis ont creusé mes tempes / des rivières, marques de la vie / rides d'une pastèque abandonnée / sur les pas de la caravane / qui relie Ghadamès à Tombouctou / Mes souvenirs sont figés dans les mirages du temps / Aujourd'hui, des milliers de milliers d'étapes / vallées de vipères, falaises de fumées-ténèbres / me séparent des campements de jadis / où les corbeaux ont dévoré les rayons de la vie nomade

L'exil me noue comme les cordes de marins

L'angoisse m'élime en une aiguille de douleur

Des années et des années sont passées / Je suis la trace de mes rêves / Tant de nuits ont coulé derrière moi / Je danse dans les flammes

J'ai goûté la sève des fruits de tout l'univers / les parfums de toutes les fleurs / menthe, jasmin, grenadier / fraîcheur du palmier / jardins, ombres des palais / mosquées du lointain orient

J'ai écouté l'écho des larmes / métissage de tous les accords / Je me suis bercé à toutes les aurores-balancelles

Mais rien n'a adouci mes gémissements

J'ai dit / Où sont les tentes de jadis / imprégnées de l'indigo d'ahal ? / Où sont les tentes d'autrefois / ouvertes vers l'horizon des étoiles / le désert de la liberté errante ? / Où sont les saisons de la transhumance / Cours d'amour et de beauté ? Où sont les plaines de mirages / où pâturent les jeunes chamelles / aux gazelles mêlées / gardées par des garçons / tresses serrées dans la ceinture

O jusqu'à présent, j'entends les cris de joie / des braves guerriers / Je vois encore dans le soleil couchant / la silhouette des antilopes au cou élancé / les maîtresses de l'ahal / Sourire de la lune

Kha ! caresse fine des doigts / sur le violon de l'honneur / qui nous allie au toit des constellations / hors du temps

Khay ! Mes brûlures n'ont pas de remède / car mes rêves sont emportés / dans les tourbillons d'acier / des machines-dragons / entre la patte des hyènes

Quelle erreur de confier le gouvernail / du vaisseau de la vie à des épouvantails / qui le font dériver dans la tempête

Nous emporterons l'étincelle de cet exil / jusqu'au trône des galaxies / au royaume des éclats qui plongent / dans les océans de lumière / Car la douleur de notre exil se confond / avec celle des gémissements de l'âme / voyageuse / des corps-pierres jusqu'à l'absolu

Hawad 

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Au fils du nomade 

Chausse tes sandales / et foule le sable / qu'aucun esclave n'a piétiné / Éveille ton âme / et goûte les sources / qu'aucun papillon n'a frôlées / Déploie tes pensées vers les voies lactées / dont aucun fou n'a osé rêver / Respire le parfum des fleurs qu'aucune abeille n'a courtisées / Écarte-toi des écoles et des dogmes / Les mystères du silence / que le vent démêle dans tes oreilles / te suffisent / Éloigne-toi des marchés et des hommes / et imagine la foire des étoiles / où Orion tend son épée / où sourient les Pléiades / autour des flammes de la Lune / où pas un Phénicien n'a laissé ses traces / Plante ta tente dans les horizons / où aucune autruche n'a songé à cacher ses œufs / Si tu veux te retrouver libre / comme un faucon qui plane dans les cieux / l'existence et le néant suspendus / à ses ailes / la vie la mort

Hawad

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01-02-09

Touareg, nomades hier ...

 

Poèmes de Rhissa Rhossey

Issa Rhossey

«Jour et Nuit,  Sable et Sang, Poèmes sahariens»

NOMADES

Hier encore / Ils comptaient les étoiles / Ils avaient tout le temps / et tout l'espace / Solitaires et libres / N'écoutant que l'écho de leur voix /

Aujourd'hui / Contrariés / leur lourd voile / obstrue leur regard / Et ils ne peuvent compter les étoiles / Pourtant encore, ils rêvent / Leurs rêves lumineux / Comme la voix lactée / Est en suspend dans le chant / Des canons

Leur mouvement pris en otage / Dans le filet des frontières / Héritier d'une époque / Sans gloire/ Les fils du vent et des étoiles / Font du Silence et de l'oubli / Leur triste mélodie

NOMADES VENT

PAS DE NOM

Non, frère d'outre-mer / Surtout pas de nom / Je ne suis pas le fils / Du vent et des nuages / Je suis le fils de la fange / De la fange stérile et rouge / Sables, montagnes et pierres / Je suis le fils de la terre / Maternelle / Silence, oubli, mépris / Je suis l'enfant des douleurs / Éternelles / Non,frère, je ne suis pas / Je ne suis plus / Le Seigneur du désert / Mais l'esclave / Des horizons nus

Rhissa Rhossey  «Jour et Nuit, Sable et sang, poèmes sahariens»

ED Transbordeurs

MARCHE NOCTURNE

Sur le sillage / Des caravanes / Tu foules Ie sable nu / Contre la tempête / Vent qui te cingle / Un turban effiloché / Noué autour du cou coiffant ta maigrichonne silhouette / De nomade / Égarée dans les flammes / Oh cite du couvre-feu / Vieille cigale dans l'abime / Chanson des naufragés / Aspergeant l'aurore / D'une poussière de sang

Si cet enfant est né /Avec la nuit / Donne-lui les jambes des caravaniers / Fous d' errance / Ivres de route /Ces étoiles au-dessus de sa tête / Sont le miroir céleste / Pour son âme / La poésie qui apaise la soif / Sur le chemin sinueux / De la source

Dormir sous la dune / Dans les bras du silence / Le voila surgir / Comme le vent des cavernes / Sur l'épaule / Une mitrailleuse / Chanteuse de l'aube / Aux pieds des falaises ancestrales

Oh AÏR regard noyé dans les larmes / Oh ADRAR abimé /Au fond du mirage / Par quel rocher / Baliser la source ? / Entre le vestige / Du soleil au crépuscule / Son cri est une foudre / Craquant dans le silence / Des déserts / Donne-lui le visage / Du mirage / Quand il est source

Oh cité du couvre-feu / Mères aux girons de flammes / Cet enfant aime / Les lunes d' été / Comme mon père / Au temps de l'exil / Il se moque des sciences po / Il foule les sentiers / Dans sa fébrile solitude, / Souriant à la mort / Ombre d'une nuit sans lune

Sur le sillage / Des caravanes / Tu marches dans la nuit / Oh poète !

Rhissa Rhossey

«Jour et Nuit, Sable et sang, poèmes sahariens»

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ERRANCES, Poèmes inédits

ERRANCE 

Je rentrais / Des périples / Stériles / De mes errances / Sur le sable / Et sur la pierre / De la montagne / A la terre ferme / Pas une parcelle / De l’espace / Qui ne garde / Mes empreintes / D’errant / Ma caravane  / Est sans attache / Mes horizons sans limite / Mes rêves  / S’étalent / Et s’enroulent / Dans la toile / Du temps / Je fais du silence / Le sel de mon existence / Du passé le pilier / Pour soutenir / Le gouffre / D’une époque / De vertige / Le soleil avare de / Son éclat / A pris en otage / La lune / Dans son / Ténébreux sillage / La voie lactée / Veuve des chemins / Enchantés / Demande en vain / Aux filles de la nuit / Ses repères / Amanar / Reste silencieux / Son épée / Dans le ciel / Enfoncée

Rhissa Rhossey   Errances 

 

Cosmogonie touarègue

Dans la cosmogonie touarègue, tous les éléments, les êtres les choses, les moindres particules, sont perçus en mouvement, engagés dans un itinéraire cyclique, rythmé par des étapes successives.

Ainsi les nomades, en arpentant les sentiers ne font que mimer la marche du monde qui s'organise autour des points fixes que représentent l'eau et l'abri.

L'achèvement d'un trajet marque le début d'un autre cycle, dans une spirale ascendante qui conduit à la fusion avec l'Univers, à la désintégration de soi dans le flux cosmique, à l'harmonie absolue, au vide ou au néant.

Le terme qui désigne la cosmogonie « telletamete » provient de la racine « ellemi » qui signifie se répandre et implique la notion du flux continuel et du mouvement perpétuel.

L'univers est conçu comme un emboitement des mondes jusqu'à l'infini, contenu lui -même dans des infinis, à leur tour parties d' une infinité d infinis.

Source Abass Adando

05-02-09

Touareg, nomades hier ...

 

 Poèmes de Souéloum DIAGHO

Souéloum Diagho

Peuple de l'errance

Peuple né du vent et des nuages ayant comme monture les mirages.  L’errance n’est pas synonyme de bêtise mais de liberté de l’âme et du corps.  Vont-ils puiser dans les fonds du mirage ce que d’autres cherchent ou trouvent dans les écrits ? 

Plus loin leurs encyclopédies sont leurs proverbes enchantés par le temps.  Leurs  archives sont leurs contes, légendes et dictons qui traversent le temps.  Leurs bibliothèques sont leurs mémoires balancées par le vent de l’oubli.

Et toujours vouloir décrypter le ciel, la terre, les nuages, les mirages, les vents dont ils tirent l’essentiel.  Quand d’autres s’obstinent à chercher cet essentiel dans les livres ou à froncer les sourcils au-dessus d’une boussole, eux, ils le trouvent en regardant les étoiles et les nuages que le vent ramène de nulle part

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Le nomade 

Le nomade est enturbanné, le vent du désert l'a dévêtu pour le tatouer de signes particuliers, comme l'essouf' et le Ténéré qui l'ont absorbé dans sa lutte incessante d'apprivoiser le climat dur et enchanté. La mort et la peur l'ont toujours habité. Devant lui les dunes défilent, derrière lui les montagnes se montrent hostiles. Enveloppé dans sa 'guandoura' il médite et cherche la solution à laquestion posée sans réponse.

Il a essayé de domestiquer le néant qui l'a enfanté, son chemin est la soif qui l'a habité, la terre roule toujours à ses pieds, sa couche est le berceau de l'enfant qui balance, le nomade lutte pour sa liberté il se débat contre la tempête folle de la vie qui l'entoure, il vise haut au-delà de l'abîme, le murmure du vent lui dicte des mots que personne d'autre ne peut interpréter, le souvenir des siens perdus dans des batailles sans merci le tient en vie, il a juré de se venger contre la sécheresse et le mépris, il a combattu seul dans la nuit, son arme est l'étoile filante, son phare de champ est le clair de lune, qui éblouit tous les clos, ses exploits et son mérite son récompensés par des chants de sirènes dans les cieux, le nomade enturbanné ne montre que ses yeux, de peur de montrer toutes les marques et sillons creusés sur son corps et qu'on le traite de chien galeux, le nomade a pour frère et ami le chameau qui l'a transporté dans toutes ses traversées passées et futures, il lui parle de ses douleurs et lui confie ses misères, le seul remède qu'il a pour panser ses blessures est l'espoir qui ravive la flamme dans son cour, il fixe son âme dans 'l'akal-niba' où l'existence est peut-être meilleure où dans le mirage de l'océan imaginaire en sillonnant les plaines il chante la mélodies de l'errance, ses enfants grattent le marécage tombeau de famine, ses orteils s'enfoncent dans le sable pour s'accrocher comme un animal qui expire mais qui tient à la vie, les pâturages ne sont plus, les tentes sont devenues des huttes en carton, les beaux sacs en cuir sont remplacés par des boîtes de conserve entassées, la tornade est passée et a tout emporté sur son passage, elle a balayé les nomades et le nomadisme qu'ils ont tant aimé

Souéloum DIAGHO

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07-02-09

Destins

 

Yunus Inoussa Ocquet 

YUNUS 

La journée du pauvre 

A l’aube quand le coq chante la vie qui annonce son / impitoyable compétition, / Faufilant entre les corps frêles de tes gosses / endormis, / Tu te demandes s’ils sont morts ou seulement assoupis… / Ton boubou en lambeaux s’accroche à la palissade / épineuse ; / Dérisoire rempart contre les regards moqueurs des / passants… / L’air pur du matin jette un voile mélancolique dans / l’iris de tes yeux / boursouflés… / Un pas incertain te mène vers l’horizon zéro où nulle / dignité ne germe / Quarante années déjà que tu traînes dans les ravins / stériles de l’indigence / Sans emploi, sans avenir, le présent te fait mal aux / yeux / Les réponses à tes demandes d’emploi sentent toujours mauvais
Et les questions au destin jamais envoyées … / Souffre en silence et espère jusqu’au bout de ton / parcours !

Inoussa Yunus Ocquet

MON CHOIX 

J’aimerais vivre dans une coquille / Ne plus me regarder dans les miroirs sans tain de la mondialisation / Ne plus avaler des steaks de vache folle / Et courir sur des plages sans m’attrister  sur des oiseaux maquillés au brut. / J’aimerais contempler un ciel sans trou / Me parfumer sans aérosol et sans nuage atomique / Vivre sans zapper sur des canaux bouchés / J'aimerais bien être candidat mais pas pour un troisième mandat ni dans un fauteuil roulant  / J’aimerais sortir mon portefeuille sans encaisser quatorze plombs dans ma peau / J’aimerais naviguer longtemps sur FREEDOM 

Avez – vous le mot de passe ?

Inoussa Yunus Ocquet

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08-02-09

S'unir pour combattre

 

S'unir pour survivre

tente_touar_gue

Les voix de l'ombre

Hawad

Écartez-vous, écartez-vous

laissez-nous encore 
la bride de l’épuise-vent 
Pour l’homme des carrefours 
et de l’embouchure des rêves 
nul besoin d’un mensonge 
crue de larme 
bridée par la pitié

Hawad

Inventer nous-mêmes notre avenir

«Il ne faut compter que sur nous-mêmes et sur notre désir de transformer la mort en vie. La première autonomie que nous revendiquons, nous ne la demandons ni à la Libye, ni au Niger, ni au Mali, ni à leur maître la France, nous l'exigeons de nous-mêmes : C'est l'autonomie de pensée. Ce n'est pas un droit, c'est un devoir. Une société qui ne fabrique plus ses idées, ni sa culture, ni son propre regard, c'est la banlieue exclue du centre.»

Hawad

Photo Rhissa (2)

Rhissa Rhossey

LES MOTS

Les mots ! / Ils sont dociles / Doux et charmants / Ils vous suivent partout / Tout au long des chemins / Et vous font tout dire

Il faut beaucoup de patience / Pour les apprivoiser / Surtout quand ils sont d'une autre race / Il suffit d'un rien pour les effaroucher / Je crois qu'ils n'aiment pas le bruit / Et préfèrent la solitude

Ils sont omnivores / Ils se nourrissent d'un grain de joie / D'un grain de douleur / Ils boivent l'eau des océans, des mers / Et même des petits ruisseaux

Le poète est leur berger / Il les compte et recompte chaque soir / Quand le silence descend sur la terre / Pourvu qu'ils soient au rendez-vous

Il y a des mots Blancs d'innocence / Gais comme des agneaux / Il y en a des Noirs comme des corbeaux / Amers comme des bourreaux / Et d'autres tristes comme des tombeaux / Ce sont là des mots douleur / Et moi, pour les exorciser je veux / Des mots volcan / Laves fumantes de vérité / Des mots tempêtes / Désarçonnant des remparts de préjugés / Des mots brasiers

Ce sont de grandes chevauchées / Des mots inapprivoisés / Des mots débridés / Qu'il me faut

Ce sont des mots indisciplinés / Des mots sans limite / Des mots sans entrave / Des mots sans papier / Des mots viole-frontière qu'il me faut / Des mots nomades-sans-escale

Il me faut des mots boucliers / Des mots rebelles /Des mots pilonne-caserne / Des mots mine-Gubli / Des mots roquette-mépris / Je veux des mots fous / Des mots, des mots furieux / Des mots Forts

Mais les deux que j'aime le plus sont / RÉSISTANCE et LIBERTÉ / Qui toujours s'écrivent en lettres de sang

Khaï ! Quelle est cette poussée d'adrénaline / Qui soudain me prend ! / Des mots,  rien que des maux ! 

Rhissa Rhossey      «Jour et Nuit, Sable et Sang, poèmes sahariens» Ed Transbordeurs

ewnawann

 ewnawann   A.Tambo 

Poèmes inédits

ÉTERNEL CRI

Pour que le soleil éclose / Brisons la carapace du silence / Lâchons le temps des mots / Sur le rideau de l'indifférence

CRIONS CRIONS

Ce cri / Commun à tous / Ce cri qui a traversé les siècles / et les continents / Toujours jeune, toujours frais

Comme né d'aujourd'hui / Pourtant, Pourtant / Aussi vieux que l'homme / Ce cri qu'on nomme / Liberté, Dignité / Et qu'on poussera / Tant qu'il y aura des chaînes

Éternel cri

ORAGE

Ça tonne / Et tu t'étonnes / Pourquoi / ça tonne

Ça ne te dis rien / que je ne sois rien / chez moi / que je n'ai pas / droit de cité / chez moi

Ça tonne / Et tu t'étonnes / Pourquoi / ça tonne

Mais le désert / est lourd assoiffé / l'enfant affamé / les libertés confisquées / Par les marchands de minerais

Que ça tonne / de plus bel / qu'éclate Orage / et Tempête / Orage ! / Ô rage !

 Rhissa Rhossey

akal

Atri N'Assouf

AKAL : Pays

C'est sur nos terres que nous vivons / Nous les défendrons quel qu'en soit le prix ! / Les notes d'imzad et d'houmaïssa, vous sont dédiées chers combattants. / J'en appelle à tous les hommes / De l'Aïr et de l'Azawak. / Unissons-nous, main dans la main ! / Que Dieu protège les combattants, / Pour qu'ils nous rendent à tous la paix. / J'en appelle à tous mes frères Burkina, Libye, Mali, Niger, Algérie, / Unissons-nous !

Atri n'assouf

Touaregs : Chronique d'une mort annoncée

11-02-09

Hawad

 

Tifinagh

a tambo 

La société touarègue ne fait pas de différence entre l’écriture et la prise de parole. Sortir du cercle, s’extraire du cadre de la famille ou de la société pour s’adresser aux individus en s’emparant de la parole, c’est déjà de l’écriture pour moi : un moment où le discours personnel s’approprie le collectif. Quand une personne s’écarte des modes d’expression établis et s’empare de la parole en la modelant à sa façon, en effet, c’est bien de l’écriture pour moi. Or, le cadre s’est brisé. Hawad

HAWAD : la pensée nomade

Il existe plusieurs formes de l'alphabet touareg : le tifinagh, mais les Touaregs n'utilisent leur écriture que pour l'usage des choses que l'on "déchire" - ce sont des petites tâches quotidiennes, telles les correspondances, les notes commerciales qui ne sont pas appelées à s'inscrire dans le long terme.

Le tifinagh est pourtant le seul instrument de la société touarègue et Hawad se refuse à s'en défaire. Il s'insurge contre le fait que l'on en dépossède les Touaregs en les obligeant à utiliser l'alphabet latin ou arabe.

 chameaubegue 2

 Le chameau bègue   journal touareg paru en tifinagh 

La pire des choses que l'on puisse faire à une société au moment où elle possède une écriture, c'est de la lui arracher pour lui en apprendre une autre .Nous sommes en effet dans une culture nomade qui ne possède pas beaucoup d'objets, aussi prendre le tifinagh aux Touaregs, c'est leur prendre leur âme.

No Pasaran

HAWAD : tifinagh et calligraphie  

hawad 1
Hawad   manuscrit

HAWAD, comme chaque enfant touareg, a appris dès le jeune âge à dessiner et tracer sur le sable les lignes et les courbes des tifinagh. Cette écriture consonantique, que l'on connaît figée sur pierre ou transcrite sur peau de gazelle, s'est perpétuée et se développe ici comme l'instrument privilégié d'une culture, qui, pour se faire entendre, glisse de la tradition orale à sa fixation par l'écrit.

Hawad ne rédige ses manuscrits qu'en tifinagh. Pour rendre l'écriture plus facilement déchiffrable, il a ajouté des symboles pour les voyelles. puis, au fil de la plume, ses lettres se sont peu à peu étirées, arrondies, liées, pour devenir cursives jusqu'à cette expression calligraphique originale qui, sœur de la poésie, saurait peut-être briser les pouvoir clos des mots et de leur " bon sens ".

Hélène Claudot-Hawad   Caravane de la soif

manuscrit

Hawad manuscrit

LE GOÛT DU SEL GEMME

Trois points  / campant le coude / d'un triangle inachevé / Trois pierres  / gardiennes de la mémoire / mémoire de l'étape / laissée au désert / et puis un trait / parcours de la nuit / jusqu'au bout infini / rêve éveillé / d'un astre à six branches / Et un point / point soleil noir / dans un cercle / centre de l'astre / Hé camarade / ceci n'est pas leçon d'alchimie / mais marque traces / blessures sillages / des passeurs de crépuscules 

Hawad

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12-02-09

Tifinagh

 

Patrimoine immatériel de l'humanité

tifinaghs

 tifinaghs 

Association pour la Promotion du Tifinagh

Écriture multi-millénaire difficilement accessible , le Tifinagh est utilisé par les Touaregs pour écrire de courts textes en langue Tamasheq. Compte-tenu du manque de voyelles , il est impossible de déchiffrer pour qui ne connaît pas parfaitement la langue Tamasheq . Ce sont les mères qui apprennent cet alphabet aux enfants touaregs en dessinant les lettres dans le sable.

L’ATP ( Association pour la Promotion du Tifinagh ) ,dont le siège se situe à Agadès ,a réuni des intellectuels Touaregs de différentes régions du Niger pour unifier cet alphabet et ajouter des voyelles manquantes. Cette unification a permis de répondre aux normes typographiques et aux besoins modernes de l’impression.  

Amanar 

Un journal en tifinagh pour sauvegarder l’ancienne écriture de la langue des Touaregs et participer au développement durable. 

En 2004, l’UNESCO a apporté son soutien à l’Association pour la promotion des tifinagh  (APT) basée à Agadez, au Niger, pour l’édition de deux numéros du journal bimestriel Amanar.

Amanar est édité en tifinagh, l’écriture touarègue, et en français et distribué dans les communautés touarègues du nord du Niger. Le lancement du journal a suscité un vif intérêt auprès des populations nomades. 

Des groupements villageois se sont mobilisés pour s’initier à la vocalisation des tifinagh grâce au livret d’apprentissage, également édité avec le concours de l’UNESCO et mis à leur disposition par l’APT. Cette mobilisation a dépassé le simple stade de la curiosité dans ce monde où l’écrit est une nouveauté.

En 2005, l’UNESCO contribue à la publication de 6 nouveaux numéros de la revue. De plus, ce projet prévoit des stages de formation de l’équipe rédactionnelle et technique (rédacteurs, traducteurs, illustrateur et rédacteurs techniques) afin d’assurer la continuité du projet.

amanar

Tifinagh vocalisées

 Pour lire vite et bien

Un mot écrit en tifinagh traditionnelles peut avoir plusieurs signification, selon la prononciation qui en est faite. Et parfois il n'est pas évident de choisir entre deux significations. Cela dépend du sens de la phrase, des mots qui précèdent et qui suivent. La lecture est longue et parfois difficile. C'est dans le souci d'une lecture aisée et rapide que les responsables de l'APT, tous spécialistes des tifinagh, ont travaillé pour mettre au point cet alphabet vocalisé.

Qu'est-ce que les tifinagh vocalisées ? Ce sont des signes appelés voyelles gui, placés dans un mot entre les tifinagh traditionnelles, permettent de lire exactement le mot comme si on le prononçait lettre par lettre. Tous es alphabets modernes répondent à cette règle universelle de un son, un signe. Avec les tifinagh vocalisées, on trouve dans le mot écrit tous les éléments de la prononciation .

amerolqis

Origine des tifinaghs

La tradition orale attribue la création des tifnagh à Amerolqis, un héros mythique, fondateur de la culture touarègue, pour communiquer discrètement avec les femmes dont il est amoureux.

Amérolqis, pour l'amour des femmes

 Un conteur explique :

«Amérolqis était coutumier des rencontres nocturnes et galantes, un homme accompli et bien fait de sa personne. Les femmes lui manifestaient des sentiments passionnés. Amérolqis était un maître en fait d'intelligence. Je peux affirmer que la caractéristique d'Amerolqis c'était d'être un galant noctambule et un amoureux des femmes. C'est à ce propos qu'il inventa les tifinagh. Il fit chaque signe à propos des femmes. Ce n'est que grâce à son intelligence qu'il les a inventées. Les connivences entre lui et les femmes n'étaient que des codes secrets.»

«Moi, Amérolqis, je salue la jeunesse d'aujourd'hui qui écrit le tifinagh»

A l'origine, les tifinagh étaient donc perçues comme un ensemble de signes confidentiels pour exprimer les relations amoureuses et courtoises entre partenaires complices. Et pour parfaire cette relation amoureuse, Amerolqis inventa le poésie, le chant et la musique. 

Contes, proverbes et devinettes touaregs  '(APT)

Illustré par Almoustapha Tambo

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13-02-09

Le tifinagh menacé

 

Pour la sauvegarde du tifinagh

apprivoiser

 Touaregs  Apprivoiser le désert   H. Claudot-Hawad

Mano DAYAK  

«Je suis né avec du sable dans les yeux»

Avec des gestes graves, elle (ma mère) m'a appris à lire les vingt-six lettres de l'alphabet tifinagh qui compose la langue tamasheq. Je revois ses doigts voltiger  pour tracer sur le sable des signes géométriques : le cercle qui désigne le «R»,  le trait horizontal qui indique le «N», les quatre points pour la consonance «KH»,  le rond précédé de deux points et d'une parenthèse renversée qui compose le mot «chat». Elle faisait une pause,  effaçait de la main ce qu'elle avait écrit, me demandait de répéter ses gestes. J'essayais de mon mieux. Pour me récompenser, ses ongles dessinaient des poèmes.< Elle griffait le sable de ses doigts de joueuse d'imzad. A peine avais-je le temps de m'étonner qu'elle effaçait ce qu'elle avait écrit pour composer de nouveaux caractères.

Combien de fables et de ballades se sont ainsi envolées sous l'aile de sa main ou bien au vent des dunes ?

Mano Dayak

AHMED BOUDANE 

Calligraphies touarègues

A. Boudane

On doit soulever des piliers tombés.

La sauvegarde de l'alphabet Tifinagh est mon devoir

tifinagh

«Quand  je travaille sur une peinture, je dépasse la lettre,  le mot et la phrase et je plonge dans l'abstraction calligraphique.»

Ahmed Boudane  Calligraphies touarègues

RISSA IXA

rissa ixa

Né en 1946 à Innates (arrondissement de Tillabery) près de la frontière du Mali,  Rissa Ixa  décrit ainsi son travail :

« Au sein de la famille, les hommes et les femmes m'enseignaient l'Histoire touarègue et m'initiaient à l'art et à l'écriture tamachek. Je dessinai sur le sable. Je vis et travaille, je milite dans le but que la culture touarègue ne disparaisse pas et continue à vivre en gardant son essence : le respect des traditions et des Hommes. »

Decoration-en-tifignagh

Rissa Ixa : décoration en tifinagh

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14-02-09

Imzad

 

Le violon de l'âme

entendeurs imzad 2 

«L’imzad est aux Touareg, ce que l’âme est au corps

m’avait dit Hadj Moussa Akhamok en me remettant un imzad en 2003.

Avec l’évolution de la vie moderne, l’imzad et toute la culture qui gravite autour est en train de mourir. Il ne reste plus que quelques vieilles femmes qui savent en jouer, elles rêvent de transmettre leur savoir pour laisser en héritage au monde entier, ce patrimoine culturel ancestral.

Hdama est un air chanté sur l'Imzad. Un trés vieil air qui est chanté par Halimata et Khoulen Alamine sur l'imzad, toutes deux maîtresses d'imzad au niveau de l'école de l'association Sauver l'Imzad de Tamanrasset.

L’imzad est une vièle monocorde, qui nous vient de la nuit des temps. Plus qu’un instrument, l’imzad est un symbole du pouvoir, suggérant une musique particulière vouée à un ordre social, à une organisation de l’espace et du temps.

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Entendeurs d'imzad : L’art de l’inzad

Les réunions galantes appelées « Ähâl », la parole voilée « Tanghalt », sont les éléments symboliques constitutifs de la culture touarègue fondée sur la solidarité, le courage, le respect des aînés et la réserve.

Tarzagh Benomar, une des doyennes de la musique de l'imzad du Tassili  n'Azdjer, vient de s'éteindre à l'âge de 84 ans, a-t-on appris dimanche du ministère de la Culture.
Cette artiste a grandement contribué avec une constante disponibilité et une grande humilité, à faire connaître l'imzad, style musical propre à la région de l'Ahaggar, à travers le monde, à sa conservation, sa valorisation et sa perpétuation.
Afin de transmettre ce prestigieux héritage dont elle a toujours pris le grand soins, Tarzagh Benomar a organisé entre 2002 et 2005 des ateliers d'apprentissage de l'imzad pour les jeunes filles dans sa demeure à Djanet.

«Ces airs ne sont pas faciles. Seule une femme qui maîtrise vraiment l'imzad peut les interpréter. On entend parler d'elle dans tout l'Ahaggar, en Ajjer et même dans l'Adrar des Iforas. Tout le monde reconnaît qu'elle sait jouer de l'imzad. »

Association Sauver l'imzad


Touaregs : préserver les traditions musicales

 L’Imzad n’est pas seulement une musique mais une symbolique

L'imzad, un instrument traditionnel à corde très prisé par le peuple touareg et dont seules jouent les femmes, pourrait bientôt bénéficier d'un institut de mémoire et d'un projet plus large destiné à protéger les formes artistiques du désert.
La culture touareg oblige les hommes à rester silencieux et à s'abstenir de manger et de boire pendant que les femmes créent des mélodies empreintes de mysticisme et de spiritualité sur cet instrument millénaire. L'imzad se joue au sein d'un groupe assis en cercle, reflétant la forme de la lune et du soleil.
Le corps de cet instrument monocorde est fait dans une calebasse ou en bois recouvert d'une peau d'animal. La corde en crin traverse un pontet en deux parties. L'archet est également fait de crin.
Mais les militants craignent que cette ancienne tradition de l'imzad ne disparaisse rapidement, car les Touaregs abandonnent de plus en plus leur style de vie nomade pour adopter une culture plus sédentaire.
«Avec l’évolution de la vie moderne, l’imzad et toute la culture qui gravite autour sont en train de mourir», explique une femme membre de l'association.  «Il ne reste plus que quelques vieilles femmes qui savent en jouer ; elles rêvent de transmettre leur savoir pour laisser en héritage au monde entier ce patrimoine culturel ancestral », a-t-elle expliqué aux participants. 
«Le jeu de l’imzad est un cérémonial sérieux, ce n’est pas un amusement», expliquait Nouredine Benabdellah, professeur à l'université, en décembre au centre culturel de Tamanrasset.  «Cette musique est presque sacrée. Le respect de l’imzad est une tradition bien ancrée.» 

Magharebia

 

Inscrit désormais parmi les trésors du patrimoine immatériel mondial, l’imzad continue de susciter l’intérêt, autant en Algérie qu’à l’étranger, où les initiatives pour sa sauvegarde et sa promotion se sont multipliées sous diverses formes et ampleurs.

L' Achak, le code d’honneur

Les Touaregs observent l'ässhäk, une , sorte de code moral qui garantit la survie de leur communauté. Il signifie le respect de tout être vivant et un comportement digne, même dans la plus grande détresse qui soit concevable. La poésie et la musique revêtent dès lors une importance capitale : les femmes perpétuent la pratique de l'imzâd (une sorte de viole à une corde) et les valeurs de leur peuple, telles que le courage, la patience et l'empathie. 

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16-02-09

Imzad : Identité touarègue

 

Sauver l’Inzad pour sauver son identité

Tarzagh Benoma

Tarzagh Benoma 

« Préfère à toutes voix, 
Préfère avec moi la voix de l’Imzad, 
Le violon qui sait chanter
Et ne soit pas étonné qu’il n’ait qu’une corde. 
As-tu plus d’un cœur pour aimer ? »
 

3

Dida Badi : Imzad

Un chef-d’œuvre

L’auteur a pris soin, en bon pédagogue, de situer d’abord son sujet et de permettre aux lecteurs de mieux comprendre son contexte naturel, historique et sociologique. C’est l’objet du premier chapitre consacré au « contexte et aire de diffusion de la musique de l’imzad ». On y apprend une foule de choses sur les populations de ces régions, depuis les grandes évolutions historiques jusqu’aux structures des tentes qui renseignent autant sur les modes de vie que les relations sociales et la maîtrise des techniques artisanales ou autres. Les coutumes sont présentées de manière synthétique, accompagnées des explications ou hypothèses les concernant. Une fois planté son décor et emmené son lecteur dans ses différents recoins, Dida Badi lui propose alors de découvrir

« l’imzad dans la mythologie touarègue ».

Là, les choses deviennent passionnantes. L’imzad, qui désigne à la fois l’instrument et le genre musical, est en effet un autre univers dans le grand univers saharien. Composition et fabrication des instruments, significations de son utilisation, cadres traditionnels et circonstances, répartition des rôles selon les sexes, les âges ou les lieux, légendes rattachées, l’imzad comme « registre de l’esthétique » et « interprète des sentiments », l’essentiel est passé en revue aux limites de l’extraordinaire. Ainsi, ce passage sur le « jeu de l’imzad » et la position de l’instrumentiste qui est résumée par l’adage : « Imzad ne as amedray ennit, iwar afud iyyen essumigh as wa hedhen » (l’imzad, c’est moi qui suis son frère, il repose sur un genou et moi sur l’autre).

Le répertoire de l’imzad

Le troisième chapitre, qui occupe environ la moitié de l’ouvrage, porte sur le répertoire de l’imzad et comporte une anthologie de textes donnés en version originale et traduits en français, accompagnés pour certains de partitions musicales. Les registres poétiques, ils font large place à l’amour et aux sentiments que les épreuves de la vie génèrent. Ainsi ce 12e poème : 

« Aujourd’hui, mon cœur est tel un incendie, tu peux y mettre une bouilloire à bouillir, tu peux y fondre des bracelets en argent. »

Imzad  Dida Badi

Ibrahim Manzo Diallo : IMZAD Les soupirs étranglés 

Plaidoyer en faveur de la préservation de la culture touarègue

La musique est pour les Touaregs un feu intérieur, ce feu de bois qui les réchauffe pendant les nuits froides du Désert. Elle est sans aucun doute un nutriment indispensable aux «ahals» (causeries poétiques) que le temps s’acharne à arracher à ce peuple aux gestes 

Sauver l’Inzad, violon monocorde, des flammes de l’oubli ! Sauver l’Inzad pour sauver son identité, celle de son peuple !

C’est le pari que veut gagner Salma, une jeune file targuie. Fille unique de Tayyort, la dernière joueuse d’Inzad de la région.

Elle n’a rien fait pour s’y empêcher ! Au contraire, elle a beaucoup étudié et beaucoup voyagé ! Une offense que refuse d’accepter Silimana, son père mais aussi chef de sa tribu !

Sans le savoir, la jeune intellectuelle emprunte un sentier initiatique dans lequel s’enchevêtrent le culturel et l’irrationnel : un cours qu’elle n’a lu dans aucun livre et que seule la prodigieuse mémoire de Tayyort est à mesure de livrer.

Un livre très captivant qui vous plonge dans l’intimité des secrets séculaires des campements nomades fragilisés mais toujours coriaces.

Ibrahim Manzo Diallo  

 

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17-02-09

Imzad en Poésie

IMZAD

imzad   patrimoine immatériel de l'humanité

L'imzad

De l'imzad avant tout / une musique aussi ancienne, / qui brandit la bravoure, / qui fixe l'achaq, / il revigore, / par des sons fins et piquants, / donnant générosité et tolérance, / calebasse emballée par le cuir, / un archet grattant, / tu es indispensable, / thérapeutique instrument, / soignant l'incurable / instructif inculquant la sagesse, / pour chasser la solitude, / pour ressusciter l'amour, / chasser la haine, / redonner la force, / tu incarne les qualités humaines. / Ton cri fait trembler l'homme du chèche, / il fait gonfler son cœur. / Les coups de l'épée ont leur place, / tu donnes le courage, / te préoccupent : / l'épique, le lyrique, les temps passés, / émettant réjouissance et souvenirs. / tu es un ensemble, / formé du mort et des vivants, / le mort sonne, / les vivants chantent. / Le tout fait l'imzad.

Ahmed Boudane

Imzad  A. Boudane

Exil

Kha  ! caresse fine des doigts

sur le violon de l'honneur !

qui nous allie au toit des constellations

hors du temps

Hawad  Caravane de la soif 

1

Ebeljud

Ebeljud, je meurs de n'entendre le son de l'anzad  /  Chaque fois que me revient à l'esprit / Cette rencontre au puits avec cet être ravissant. / Mon visage baigné de larmes, mon âme torturée par le feu. /  Je lutte contre cette flèche qui m'est décochée, / Incapable d'imaginer le moindre poème. / Démon, apporte-moi  de l'eau et asperge-moi les flancs. / J'erre au crépuscule sans penser à la faim. / Je suis un géant majestueux, rompu au jeun et à la soif. / Ah ! quel beau parti, ma belle, /  Toi dont le cou dépasse en beauté / Celui d'élégantes antilopes / A la croupe blanche et aux épaules rayées. / L'amour que j'éprouve pour toi : / Taraude mon âme comme la soif. / Je connais bien cette mélancolie où je sombre. / Je suis depuis longtemps la proie des envieux. / J'ai ajusté mon litham, feignant l'assurance. / Mais ce propos résonne / Comme si j'étais dans une tombe,   / Sans lumière, sans le moindre rayon.

a dit Kurman agg- eselselu

Poèmes touaregs de l'Aïr  APT

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19-02-09

Imzad et Ahal

ahal

aquarelle  A. Tambo

AHAL 

Éducation touarègue

«J'ai aussi participé en suivant ma mère et mon oncle maternel à ce qu'on appelle les ahal ou veillées, qui sont d'autres écoles théâtrales, tragiques poétiques (l'éducation de l'amour courtois comme les occitans du Sud de la France), philosophiques. On passe des nuits entières à faire la description d'une chamelle ou d'une gazelle et à la fin, on a l'impression qu'on épuise complètement les mots. Chaque personne qui a fait son exposé a donné une description.

C'est une philosophie de l'esthétisme

L'esthétisme ça veut dire que l'objet lui-même on le met en mouvement, on le voit sous plusieurs angles. Le critique, le commentateur qui fait son exposé doit voir l'objet sous plusieurs angles après il doit le projeter dans plusieurs espaces dans lesquels l'objet apparaîtra de manière contrastée.

Donc, on part de l'esthétisme de l'objet,  puis on dépasse sa beauté, sa forme et à la fin, on entre uniquement dans le flou de l'objet, ou de la matière, ou du graphisme ou de l'espace (selon ce que l'on envisage).

Et c'est là  que s'instaure l'état de vision que recherche les Touaregs, car les Touaregs pensent qu'il y a une autre philosophie (que celle de la rigidité), une autre pensée qui repose dans la tension du mouvement.

Je n'aime pas beaucoup les mots «universel »,  «cosmique », mais c'est la phase où l'on épuise les mots, où l'on épuise la pensée. On arrive alors à un état sauvage de la matière ou de la forme, dans la première étape primordiale ou primitive des choses c'est-à-dire où les choses existent dans une existence de la non-existence.

C'est ainsi qu'elles peuvent être nommées mais aussi qu'elles peuvent avoir une identité de non-identité parce que la «vraie» identité est fausse : c'est la société qui la donne.

Or,nous cherchons, à travers tout ça, un regard qui n'est pas culturel, qui n'est pas influencé par notre éducation, par notre conception.

Pour parvenir à ce stade, on a besoin de conversations qui durent des nuits, des mois, des années entières. On commence une conversation, on l'arrête et demain, on reprend.

La parole n'est qu'un fil : chaque fois, il faut tisser, détisser, broder, il faut tresser au-delà.»

Hawad

 LA POÉSIE

Ce sont surtout les hommes qui composent les poèmes. Ils sont chantés ou déclamés lors de L’Ähâl, réunion galante où les jeunes hommes rivalisent de poésie pour séduire les jeunes filles.

Les poèmes sont de trois types :

Les poèmes élégiaques ont pour thèmes l’éloignement de la tente et de la bien aimée, la solitude et en général de la condition masculine qui est la fréquentation de l’äsouf, le vide, habité par les Kel äsouf, les djinns. Egalement des sentiments comme celui qui est ressenti en entrant dans un campement abandonné ou les « noms de pays » où il s’agit de faire chanter le lieu où l’on s’arrête.

Les poèmes guerriers relatent par exemple la guerre entre les Kel Aggahar et les Kel Ajjer au XIXème siècle. Ces poèmes recueillis plus de quarante ans après expriment des échanges précis entre belligérants et prouvent le souci de codification et de précision dans la poésie.

Il y a enfin les poèmes « gazette » racontant des faits singuliers.

La poésie est aussi un élément identitaire : on s’adresse à l’ennemi de l’intérieur en le nommant, mais l’ennemi de l’extérieur n’a même pas de nom : c’était le Français, l’incroyant, au moment de la colonisation.

Sur le plan formel, un poème alterne les syllabes longues (et ouvertes comme bas) et brèves (et fermées comme bac). Les vers sont divisés en pieds de 2 ou 3 syllabes dont une seule est accentuée.

L'AHAL

L’imzad est joué à l’occasion des « ahal » organisés à la marge des campements pour célébrer les grandes occasions. Utilisé, en particulier, chez les Touaregs de l’Ahaggar et de l’Azjer, le terme de l’ahal désigne une réunion musicale et poétique qui se déroule au moment où les activités du campement déclinent. L’ahal est considéré comme une véritable institution et le point culminant de la vie culturelle, artistique et littéraire des Touaregs. L’assemblée de l’ahal est présidée par une femme appelée tamghart n ahal, qui en assure l’organisation et fait respecter, par les participants, les différents codes moraux et esthétiques qui régissent cette institution. Les participants à l’ahal se doivent de respecter l’assistance, sous peine de se voir exclure par un regard plus tranchant que la lame d’une épée, et que craint tout homme ou femme intègre. Ils ont la stricte obligation de parler un langage soutenu et raffiné. A l’ahal participent tous les jeunes gens, les femmes et les hommes non mariés ou divorcés, de différentes couches de la société. La mélodie de l’imzad est accompagnée des voix masculines entonnant des poésies anciennes. C’est dans l’ahal que se font les réputations des individus et que se jugent, publiquement, les attitudes de dignité ou, au contraire, de déshonneur. La réunion de l’ahal est l’occasion pour tous ceux qui ont composé ou simplement appris des poèmes de les déclamer, sous le regard émerveillé de leurs amours. De ce fait, l’ahal est le forum qui permet la diffusion de ces poèmes jusqu’à arriver aux oreilles de leurs destinataires, s’ils sont absents.

La fonction sociale traditionnelle de la musique de l’imzad

La première fonction de l’imzad, dont les airs sont des sortes de dédicaces,  qui sont censées relater l’un de leurs exploits, est d’honorer les héros.

Une deuxième fonction de la musique de l’imzad est de rappeler aux hommes, partis loin, la douceur des campements et du pays.

Les thèmes favoris de la musique de l’imzad 

Les sujets de la poésie, qui accompagne la musique de l’imzad, varient entre les louanges à la bien-aimée, les expériences personnelles vécues lors de voyages aux pays lointains et la célébration d’événements qui ont marqué la vie de la communauté. Le portrait de l’homme accompli, tel qu’il est vanté dans les poésies, est d’abord celui du guerrier, dont le courage et la bravoure, pour la défense des intérêts de sa communauté, donnent droit aux faveurs féminines. Pour les femmes, beauté, esprit et élégance sont, le plus souvent, évoqués dans les louanges.

Dida Badi

20-02-09

Poésie traditionnelle touarègue

 

Massif de l'Aïr - Niger

 

1

«Le ciel est plein d’étoiles . A 4h se lève à l’est AMANAR brillant de tous ses éclats. Ce groupe d’étoiles est connu par tous ici. On nous le montre tous les soir quand nous sommes enfants. Et les contes autour du feu se racontaient sous la lumière d‘Amanar» (mois du Ramadan)

La poésie est le fleuron de la culture touarègue. Elle répond à des règles strictes et décline un code moral, l'Assak, dans lequel se mêlent tous les ressorts de la poésie chevaleresque : la bravoure, l'honneur, la franchise, l'amour, la beauté, la nostalgie,  la solitude, le défi.

La poésie se chante ou se récite. Chanté, le poème est inféodé à un instrument de musique, l'anzad. Le chanteur vocalise en imitant le son de l'anzad.

Publié par APT en collaboration avec l'UNESCO

Illustrations  A. Tambo

Aquarelles  A. Tambo

kissa

KISSA

En l'honneur du jour, Kissa. En ton honneur, Kissa. / Que je sois mort ou vivant, en l'honneur du jour, Kissa. / Quand les hommes annoncèrent l'arivée des pillards, / Kissa s'effraya et me refusa un sourire. Elle portait un collier d'argent / Auquel un lâche ne peut prétendre. / Au contraire d'un homme de valeur / Qui entend l'anzad / Batailleur au combat, ne faisant qu'un avec ma lance, / Je me levais d'un pas noble, comme si j'allais à un mariage. / Je contournais la tente par l'est, là où se trouvent mes armes. / J'entrevis un sourire éclatant de blancheur / Et je portais alors des coups fatals. / Je décimais jusqu'au dernier tous les malfaiteurs. / Une mare de sang m'enserrait / le corps bardé de lances comme des  cornes de zébus, / Couvert de blessures comme des traces d'oryx. / Je suis à l'épée ce qu'un boeuf de bât est à la charge, / Ma chemise me protège comme la doublure d'une couverture. / O Dieu, le gardien de la vie.

a dit Emaghi

sans titre

Contredisant l'étymologie latine du terme français, la " littérature " chez les Touaregs est essentiellement orale. Le mot qui la désigne : éreshu ou érezu, selon les prononciations locales, rejoint dans son acceptation large le sens médiéval de " culture générale", ensemble des connaissances.

Ainsi, les gens de  " littérature "  sont personnes de qualités, connaissant et maîtrisant parfaitement les codes de la bonne société, c'est-àdire de l'aristocratie, basés sur l'honneur guerrier. Composer des vers, s'illustrer dans les joutes poétiques, savoir manier le verbe font partie de l'éducation d'un parfait gentilhomme et représentent autant de manières de manifester et de défendre son honneur, sa prestance et son rang face aux regards rivaux.

H. Claudot-Hawad :  Les Touaregs  Portraits en fragments

sans titre

Taylalt

Taylalt, je t'adore comme nul autre ici-bas, / Comme les enfants des forgerons à leur arbre Koraya, / Qui pousse dans les cuvettes à l'est de Zaraya, / Quand ils le coupent en criant dans un grand brouhaha.

Qui traverse cette vie réfléchisse trois fois, / Qu'il comble ses désirs et s'égare trois fois, / La vie, j'y étais et  m'y plaisais autrefois. / J'avais le bien du monde, des troupeaux jusqu'à trois. / Elle n'est plus aujourd'hui que vestige d'antan, / Comme des traces de Kel Gress effacées par le temps.

Que mérite Tassarift, la femme de notre chef ? / Lui construire un baldaquin harnaché de tapis. / Lui choisir le chameau le plus grand du troupeau, / Un mâle bien dressé, à l'allure majestueuse, / Suivi d'une caravane chargée de riz et de miel, / Précédé de chamelles et petits chamelons à la robe tachetée, / Conduit par Jamlalo, le grand géniteur.

Si je parle d'autrefois, c'est que je fus amoureux, / D'un amour si poignant / Qu'un chameau affligé en perd  graisse et bosse. / Que l'âne, touché, divague au hasard de la brousse. / Que le chien, déchiré, hurle à la mort. / Même l'arbre, éprouvé, en perd son feuillage.

fatimamta

Fatimata

Je t'implore, ô mon Dieu, mon unique seigneur, / Lui seul peut me tuer ou me laisser en vie. / S'il me garde la vie sauve, je comblerais mes désirs : / Ici-bas, les chamelles, au-delà, le paradis. / Fatimata, inch Allah, jamais tu ne quitteras mon coeur, / Même dans le jihad du Prophète, contre les païens, / Même après ma mort, dans mon corps enterré. / Mais d'abord dans ce monde où je me plais bien, / Respirant les odeurs du litham qui te couvre, / Embaumant l'air ambiant.

Fatimata, l'éguirguir aux fleurs épanouies, / Fatimata, la liane aux fruits succulents, / Fatimata, la coupe précieuse du Prophète. / Jeune femme blanche, sans égal, / Aux bras si fins, dignes d'un mariage / Avec un jeune homme riche de chamelles / Et d'écuelles pleines de lait à la tombée du jour. / Mon coeur n'oubliera jamais son sourire au crépuscule. / Je n'ai qu'un désir : que tu sois à moi / Pour t'offrir des chamelles et leurs nouveaux nés. / Je t'implore, ô mon Dieu, mon unique seigneur.

Feu

Le jour du dernier combat

Je t'invoque Dieu, le seigneur de mon âme, / Toi qui a décidé des années de ma vie, / Toi qui les a scellées au mois et au jour près. / A ce moment-là, il retiendra mon souffle / Et ils me conduiront à ma dernière demeure. /  seront alors déposés ma selle et mon sac orné, / Mes bracelets de bras et mon épée. / Ce jour-là, les petits vautours se régaleront de ma chair. / Le charognard blanc planera sur mon sang. / Riront ceux qui souhaitent ma mort. / Se réjouiront ceux qui guettent ma succession, / Brûlera de chagrin le coeur de ma mère, / S'effondrera de tristesse ma soeur en sanglots, / Touchés au fond de l'âme, ma femme et mes enfants. / Le jour du dernier combat, le jour des grandes souffrances / Le jour du dernier combat, disent les anciens, / Dévoile le vraie nature de l'homme.

a dit Mouhamad ag Tusarkatn  «agg-Ayar »

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Tandâb-i

Je t'invoque, Dieu, mon possesseur / Toi, le détenteur de la vie et de la mort,  /  Reçois la prière de Bazo / Que drapé de voiles et de parfum, / Jalousent tous les siens. / A la rencontre du combat, / Entre les Kel Ferwan et Belxu, / Mon fusil bien chargé / Au trot, j'ai lancé mon chameau, / Arrivés au-dessus d'eux par une dune, / Nous nous lançâmes dans la mêlée, / Comme des chamelons en vue de leur mère. / Les épées hors du fourreau. / Ils rebroussèrent chemin, nous les suivîmes de près. / Les vautours, se régalant déjà de leur chair, / Planaient au-dessus d'eux. / Les combattants s'éparpillèrent, / Rappelant les troupeaux en partage un jour d'héritage. / Avec mon oncle, nous héritâmes de la victoire. / Nul, à part Dieu, ne peut la prendre. / Sauf un homme, avec notre permission. / Tanahu, toi et Tayra, / Détentrices des valeurs de l'honneur. / Ranimez mon courage / Pour parer les coups / Qui m'assaillent comme des vagues

le charmeur - Copie

Le charmeur

Mes sœurs, invoquez Dieu ,/ Demandez-lui de créer un autre moi-même. / Charmant, bien ancré dans l'estime de tous,   / Maîtrisant l'art du poète, loin devant ses pairs, / Jetant aux oubliettes tous les anciens poèmes. /  Les renouvelant jusque / dans leur charpente / .Il dompte le chant, le tourne et le retourne. / Il force les mots au carcan poétique. / Il contient le flot déchaîné de la langue tamajaq. . / Il y puise les mots qui surgissent dans la bousculade. / Alors il les accroche en file, ligne après ligne, / Les assemble, plus solidement que les anneaux d'une chaîne.   /Si je vous demande,de chercher un autre moi-même / C'est que mon esprit est ailleurs. / La poésie, j'y ai tout investi, / Toujours en tête, la servant comme un maître. / .Pour elle, j'ai fléchi la jambe. /Je ne vous mens pas, mon propos est solide. /  La charge, jeunes hommes, je la portais haut, / Maintenant, assumez-la. / Moi, je me retire, / Un autre destin m'appelle.
 

a dit Ghabidine ag Sidi Mughammad

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21-02-09

Tin Hinan

 

Ancêtre des Touareg

tin hinan reine des touaregs

Tin Hinan  Farid Benyaa 

Tin Himan, Reine du désert

Personnalité énigmatique, légendaire / Femme entourée d’ambiguïté et de mille secrets / Sa vie n’est que d’hypothèses imaginaires / Et des rêves qui n’ont pu l’illustrer

Tin Hinan, « celle qui vient de loin » / Guidée par les étoiles, là-haut dans le ciel / Et sa servante TAKAMAT qui en   prenait soin / A l’Ahaggar, les deux femmes s’installent
 
Prês de « l’eau de l’âme » et l’éclat a redonné / A l’oasis d’ABALESSA, qui l’accueilli avec hospitalité / TIN-HINAN, reine des terres abandonnées  / Une femme évoquant à la fois une beauté et l’autorité
 
Son histoire nous est contée à travers les chants / De ses descendants, inspirés par le silence de la nuit / Le Tobol et l’Amzad comme instrument / Ils ont pu conserver son souvenir jusqu’à aujourd’hui  

hassiba

 Tin Hanan

Tin-Hinan, Reine des Touaregs

(...) Tin-Hinan, cette femme énigmatique, dont l’existence nous a été révélée par la tradition orale et dont le nom voudrait dire « celle qui vient de loin » ou « celle qui se déplace », aurait été la mère fondatrice du peuple targui. A travers les récits et les chants véhiculés par ses descendants, les hommes du désert, on peut retrouver son image : « Une femme irrésistiblement belle, grande, au visage sans défaut, au teint clair, aux yeux immenses et ardents, au nez fin, l’ensemble évoquant à la fois la beauté et l’autorité ». 

Lorsqu’elle est arrivée dans le Hoggar, « elle venait de loin », indique son nom. Les chercheurs ont localisé cette origine chez les Bérâbers (Berbères) du Tafilalet, une contrée présaharienne du sud marocain qui devait être plus verdoyante qu’aujourd’hui.
Pourquoi quitta-t-elle ces lieux ? Personne ne peut le dire. Alors rêvons un peu et regardons la situation de la région au cours de ces années lointaines. Au IVe siècle, le nord de l’Afrique, et en particulier la Numidie, est dominée par la puissance romaine qui a adopté la religion chrétienne à laquelle s’est converti l’empereur Constantin. Cette Numidie, dont le nom pourrait venir de nomade, est alors le théâtre de révoltes contre le pouvoir romain. Diverses tribus circulent entre la côte méditerranéenne et les régions plus au sud, colportant non seulement des produits divers mais aussi des informations. Quelques membres de la tribu marocaine des Bérâbers, avec Tin-Hinan, ont-ils quitté la région pour des raisons de conviction ou de politique ? Première hypothèse.

histoire des berbères

Histoire de l'Afrique du Nord berbère

Autre hypothèse : un conflit personnel au sein de la famille ou de la tribu qui aurait incité Tin-Hinan à fuir loin de son milieu d’origine. Une femme intelligente, une femme d’autorité qui prend la décision de partir ... pourquoi pas ? (...)

Deux femmes dans le désert

(...) Ce que l’on sait, grâce à la tradition orale rapportée par le Père de Foucault qui l’a recueillie dans le Hoggar, c’est qu’elle ne fut pas seule à faire le trajet mais qu’elle se rendit dans ce haut massif du Sahara algérien en compagnie d’une servante nommée Takamat. Ces deux femmes étaient-elle accompagnées d’hommes pour ce voyage aventureux ? Rien ne le dit mais c’est vraisemblable. Traverser le Sahara était une aventure périlleuse, même si ce désert brûlant, dont le nom en arabe signifie le Fauve, connaissait un climat moins aride qu’aujourd’hui. Les vallées, les plaines, les squelettes de rivières, témoignent qu’une réelle végétation existait autrefois, tandis que les peintures rupestres indiquent que des chevaux y circulaient et que les chasseurs y trouvaient du gibier.

Imaginons ces deux femmes effectuant leur trajet à travers le désert. Sans doute ont-elles une monture : dromadaire, cheval, âne ( ?) qui leur permet d’éviter de trop grandes fatigues et quelques bêtes comme des moutons et des chèvres qui leur offrent le lait et la nourriture dont elles ont besoin. Comment auraient-elles pu survivre sinon ? (...)

Algérie peinture rupestre

Algérie  peinture rupestre

Tin-Hinan consulte le ciel

(...) On trouve, dans les peintures rupestres du Sahara, la trace d’une « route des chars » très ancienne, dont le trajet permet de trouver des mares, des puisards ou des oueds. La petite cohorte de Tin-Hinan a dû l’emprunter pour se procurer cette denrée rare, l’eau, dont un proverbe dit : aman iman, « l’eau, c’est l’âme ». Les voilà donc suivant ce tracé. Les jours passent, lentement. Parfois, la petite troupe aperçoit quelques nomades, pillards possibles, qu’elle évite soigneusement. Les heures de la journée sont chaudes et les voyageurs du désert qui subissent la brûlure du ciel accueillent la nuit avec soulagement. La pause du soir est bienvenue, surtout si elle se situe près d’un point d’eau et d’un pâturage.

peinture rupestre

Tin Hinan  femmes de l'ombre

Que se passa-t-il dans les années qui suivirent cette installation dans le Hoggar ? Qui fut le père des enfants de Tin-Hinan ? Un compagnon venu avec elle du Tafilalet ? Un noble voyageur originaire de Libye ou d’Egypte ? Ou simplement un survivant de ces habitants qui occupaient les lieux précédemment ? Le nom de ce « père » n’est pas resté dans les récits véhiculés par la tradition. Mais, chez les Touaregs, la femme jouit d’un statut privilégié et le matriarcat est de règle, ainsi donc, n’est retenue que la descendance féminine. (...)

« L’antimoine enténèbre ses paupières sombres »

(...) D’après la légende, Tin-Hinan aurait eu trois filles : Tinert, l’antilope, ancêtre des Inemba ; Tahenkot, la gazelle, ancêtre des Kel Rela ; Tamérouelt, la hase, ancêtre des Iboglân.

De son côté Takama, la servante, aurait eu deux filles qui reçurent en cadeau de Tin-Hinan les palmeraies de la région que possèdent toujours leurs descendants.
Les voilà donc installés dans l’oasis d’Abalessa. Les tentes blanches se dressent dans ce paysage dominé par le haut massif de l’Atakor. La beauté des paysages, le silence de la nuit, le vent dans les montagnes n’a pu qu’inspirer ces nouveaux venus dans la région. Le tobol (tambour) et l’amzad (violon monocorde) étaient-ils déjà présents à l’époque de Tin-Hinan ? On peut imaginer que cette femme de caractère avait aussi le goût de la musique et de la poésie, tout comme ses descendants et, qu’autour du feu, les habitants du campement montraient leurs dons en ces matières. (...)

De Tin-Hinan à la troublante Antinéa

(...) D’après sa description, elle reposait sur un lit sculpté et portait des bracelets d’or et d’argent. A proximité des chevilles, du cou et de la ceinture, s’éparpillaient des perles en cornaline, agate et amazonite. Une écuelle de bois portait la trace d’une pièce à l’effigie de l’empereur Constantin. Ces objets ainsi que le mobilier témoignent des relations qui ont pu se nouer entre les habitants de l’oasis et les voyageurs venus de l’Orient. Tin-Hinan a donc été capable, non seulement de faire ce voyage à travers le Sahara mais aussi de créer les conditions de vie dans les lieux et de nouer des relations commerciales nécessaires à l’enrichissement du peuple né de sa descendance.
Les Touaregs de l’Ahaggar ont donc naturellement conservé le souvenir de cette femme remarquable, et leurs récits, recueillis par le père de Foucault qui vécut en ermite à Tamanrasset au début du XXe siècle, inspira le romancier français Pierre Benoît qui, dans L’Atlantide publié en 1920, met en scène un jeune militaire rencontrant Antinea , une femme énigmatique qui règne sur le Hoggar.

L'Atlantide

L'Atlantide

« Antinéa ! Chaque fois que je l’ai revue, je me suis demandé si je l’avais bien regardée alors, troublé comme je l’étais, tellement, chaque fois, je la trouvais plus belle.... Le klaft égyptien descendait sur ses abondantes boucles bleues à force d’être noires. Les deux pointes de la lourde étoffe dorée atteignaient les frêles hanches. Autour du petit front bombé et têtu, l’uraeus d’or s’enroulait, aux yeux d’émeraude, dardant au-dessus de la tête de la jeune femme sa double langue de rubis. Elle avait une tunique de voile noir glacé d’or, très légère, très ample, resserrée à peine par une écharpe de mousseline blanche, brodée d’iris en perles noires. Tel était le costume d’Antinéa... »
L’imaginaire de Pierre Benoît nous conduit loin de la réalité et, pour retrouver l’ancêtre des Touaregs, il est préférable de lire des ouvrages scientifiques modernes, mais dans ceux-ci la trace de Tin-Hinan est bien mince. Tin-Hinan reste donc une reine de légende qui préfigure la femme moderne , capable de créer la vie et de gérer le bien public. C’est ainsi que les Touaregs nous ont transmis son image. C’est ainsi que nous avons tenté de la faire revivre. (...) 

Aricle original  Jacqueline Sorel

Le tombeau d'Abalessa

Le tombeau d'Abalessa et la reine Tin Hinan

Attention aux «faits» faux-semblants

Seul monument funéraire saharien connu du grand public, le tombeau d'Abalessa, situé en bordure ouest du Hoggar et associé à la légende de Tin Hinan, doit sa célébrité au riche mobilier qu'il contenait, à l'originalité de sa construction, mais aussi aux péripéties rocambolesques de sa découverte.

En questionnant une vieille femme de l’Ahaggar sur l’endroit où, selon elle, pourrait se trouver la tombe de Tin-Hinan, elle a répondu que « Tin Hinan est comme l’air que l’on respire ; elle se trouve partout dans l’Ahaggar ». (extrait)

Publié par Collectif des 12 Singes

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23-02-09

Tin Hinan

 

Poésies amazigh

sous le vent de tin-hanan

Sous le vent de Tin-Hinan

Les lions enfin rugissent...

Sur les pyramides d’Egypte / Sur les roches des Atlas et du Tassili / Dans les tombes de toute Tamazgha / Jusqu’aux Canaries / les ancêtres ont tracé ton nom : amazigh
 
Sur les côtes les montagnes et les océans / Dans les déserts silencieux et brûlants / les ancêtres ont donné leur sang / nous sommes amazigh

Dans le ventre des mères et de la terre / raisonnent encore et toujours / les chants beaux des troubadours / les sourires amers des patronymes / amazigh

Sur les chemins dans les cimetières et les vallées / courent toujours Thya (Dihyia) et Tin Hinan / mains tendues chevelures au vent / soulevant poussière et tourbillons  / pour que vivent leurs enfants

Dans leur tombe continuellement / se retournent d’impatience et d’incompréhension / nos martyrs et nos héros / contre l’oubli et la lâcheté / de certains de leurs rejetons

Et de la magnifique Kabylie / Mouloud Maameri et Lounès Matoub / ont sonné le clairon  / De Zouara et Zentan les rebelles du Hoggar des Atlas à l’Azawad

Les lions enfin rugissent…

Ali khadaoui

actualite2[81458]

Tin Hinan  mythe ou réalité

Chaque aube

Des poèmes sont versés dans vos miroirs / L’eau mûrit dans vos paumes/ Quels que soient vos chagrins d’amour / Quels que soient vos chagrins de transe / D’où galopent vos peines de cœur / D’où commencent vos chants de rebelle / De cet oiseau noir / De cet oiseau blanc / Tous ceux qui savent l’horizon / Sont perdus sur vos dunes 

Chaque aube revient  / Un homme rempli de forces 

Et de corail forgé de vos sueurs / Mais qui a dit : Vous êtes stériles / Pourtant vous êtes mères / De toutes les roches du ciel / Mères de tous les aigles bleus / Qui errent sur vos poitrines / Mères de toutes les gazelles / Qui dorment dans vos girons. 

Chaque aube revient / Reines encerclées / Sommeil et blessure / Sécheresse et barbelés / Ville de cuivre/ Et reines de lumière

Chaque aube revient / Les vaisseaux de vos jardins / Papillons et mouettes / A vos fenêtres / Reviennent / Un homme rempli de forces / Et de corail forgé de vos sueurs / Annonce vos confins / De la bouche de cet oiseau noir / De la bouche de cet oiseau blanc.

Chaque aube revient / La reine de la fable Tin-Hinan / Le murmure de la révolte / De l’Azawad / De Tamanrasset / De Ghadamès / Ô mères nuageuses / Mères de tous les rois Amoud, Kawsen et Amestan / Mères de mon printemps / J’avoue / Blessé d’amour / J’avoue / Blessé d’aile / Chaque aube revient / Un homme rempli de forces / Et de corail forgé de vos sueurs / Narre vos chagrins.

Sassi DEHMANI

25-02-09

«La tente touarègue est déchirée»

 

Femmes touarègues

 

Un Présent bouleverséun Avenir incertain

aquarelle A. Tambo

tente touarègue  A. Tambo

«Une indéniable construction symbolique existe, centrée autour de la femme, pilier de la famille, de la tente, de la tribu. La femme est le principe de base, le noyau, l'intérieur, tandis que l'homme qui représente l'extérieur dérive de ce substrat. Les rôles politiques, économiques et sociaux réservés traditionnellement aux mondes masculins et féminins entretiennent une correspondance étroite avec cette vision du monde.

Bien que l'idée persiste que sans femme, c'est-à-dire sans abri, aucune vie ni aucune présence ne sont possibles, la réalité présente érige un rempart incontournable, déniant la pensée et l'organisation touarègue.

Maintenant que les Touaregs ne peuvent plus, comme autrefois, défendre leur honneur par la guerre, maintenant qu'ils ne sont plus maîtres de leur destinée, maintenant qu'ils ont le sentiment d'avoir perdu la face par rapport aux valeurs de leur société et que certains renoncent à porter le voile, à quoi bon assureraient-ils leur continuité dans l'infamie, pourquoi bâtirait-il un abri autour  de leur sœur ? »

Comme disait l'un d'eux : «La tente touarègue est déchirée» (Hawad)

Hélène  Claudot-Hawad : Touareg, Portrait en fragments 

La_tente_touarègue

Minata -A. Tambo -

Minata  aquarelle A. Tambo

«Mais qu’en est-il aujourd’hui de la place de la femme, à l’heure de la mondialisation, de la modernité, de la sédentarisation à plus ou moins long terme de ce peuple nomade ? La femme est-elle toujours « reine » dans la société touarègue ? Face à la roue de l’Histoire, n’est-elle pas en train de perdre son pouvoir ? N’est-on pas en train d’assister à une régression de la place originale qu’avait la femme touarègue dans la société ?

Il semble que le matriarcat n’existe plus. Cependant, on accorde toujours une grande importance aux cousins issus de la sœur de la mère.

Les comportements changent au niveau de la monogamie, du fait de l’Islam et de l’urbanisation.

L’école et la société s’occupent maintenant de l’éducation des enfants. L’écriture tifinagh a été supplantée par la langue du colonisateur ! Les femmes ont en grande partie perdu leur rôle éducateur. Auparavant, les femmes touarègues n’allaient pas aux champs, ne puisaient pas l’eau, ne coupaient pas le bois. Mais aujourd’hui, certaines femmes le font en raison du manque de moyens et elles n’ont plus le temps d’accomplir leur rôle éducatif. Le travail domestique est la principale source d’oppression de la femme en Afrique subsaharienne.»

Hélène Claudot-Hawad

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