Bonne Arrivée,

Debout !
Ne tournez ni vous penchez
afin de quemander une galette ou la justice
pour votre désarroi sous la botte d'acier
Redressez-vous,
même si votre stature est voûtée,
redressez-vous
et regardez vers nous.
Hawad
Ce site est né de la rencontre avec deux artistes touareg,
Almoustapha Tambo, artiste peintre,
et Rhissa Rhossey, poète
qui, malgré les difficultés ont voulu partager la richesse de leur Culture, exprimer leurs espoirs et leurs doutes.
Espoir d'apporter des éléments de réponses à ceux qui s'interrogent sur ce Peuple, broyé par les chaos de l'Histoire, sacrifié sur l'autel du profit.
" Le Peuple amajagh, appelé " touareg " par les étrangers, existe-t-il vraiment ? Son pays au Sahara central est-il un vide, sans âme qui vive, un espace vacant hanté par des êtres chimériques, sans lien entre eux, par des vagabonds sans ancrages, par des voix dérisoires d'un autre temps. " H. Claudot-Hawad
A Hawad
Pillard au javelot de plume / Je te malaxerai l'encre de la lave / des volcans en fusion / du sperme du lion / du venin du scorpion noir / des salines de Séguédine et Djado
Encre de braises et de feu / qui hissera le Peuple du cheminement / du néant / à la septième voùte celeste
Que le miracle de ton talent / épouse la fougue de nos élans / dans la fièvre de nos délires
Rhissa Rhossey, lycée d'Agadez
cliquer sur les photos
Le Peuple des Kel tamasheq
Femmes touarègues
Femmes / Je vous salue / Roseau fragile mais tenace / Canne sur laquelle s'appuyait / Mon peuple quand il chancelait / Et titubait dans les dédales / Du mépris.
Imzad, le violon de l'honneur
Tifinagh : écriture des kel tamasheq
Les artisans possèdent non seulement l'art de transformer la matière mais aussi l'art du verbe dont ils usent pour juger, louer ou fustiger lasociété.
Poémes, contes et proverbes touaregs
Ce pays est beau
Et pour les yeux
Et pour le cœur
Compagnons, Ecoutez , / et vous allez entendre. / Apprenez / ce qui est amer / et nous est arrivé / Vous ne le soignerez pas / à moins de m'écouter.
Chant anonyme
Les voyageurs, poètes errants
suivent les traces du vent
dans les failles de l'infini
guidés par les éclairs de la nuit
Hawad
Touareg : entre tradition et modernité
" Le Peuple Touareg a toujours exercé une sorte de fascination sur les sociétés européennes et sur la nôtre en particulier. A l'heure où il n'apparait à l'écran que pour meubler des heures d'antenne inoccupées par les aléas d'une course assourdissante et meurtrière qui a l'insolence de vouloir commémorer leur grandeur passée, il est bon de rappeler qu'il s'agit avant tout d'un Peuple et d'une culture en perdition dont Hawad est un des porte-paroles."
Extrait de No Pasaran
" Désormais, une réalité agressive et incontournable se substitue aux images poétiques passées de la guerre d'honneur et de l'amour courtois. Avec les siens, Hawad vit les entraves qui enserrent de plus en plus le nomadisme, l'étranglement des espaces, le durcissement des frontières qui déchiquètent le pays touareg entre plusieurs nations, l'interruption des caravanes, la dissolution des échanges et des solidarités. Il connaît l'irruption brutale du modernisme et de la logique des technocrates sédentaires. "
Hélène Claudot : Caravane de la soif Hawad
aquarelle A. Tambo
" Au cours de son histoire, la société touarègue a commencé par endurer l'offensive islamique qui l'a profondément affectée jusque dans ses mythes fondateurs. Elle a ensuite connu les assauts de la colonisation occidentale. Dans le même temps, la mécanisation des moyens de transports entraînera l'abandon des pistes du désert. (...) Cette société, comme celle des autres peuples dont le système social n'est pas rentable pour le libéralisme, est condamnée à disparaître. "
caravane A. Tambo
" Pour le nomade, la pensée n'existe qu'en marchant ou en chantant ; et tout ce qui est nomade doit être soit chanté, soit marché pour être vraiment tel. "
Hawad
Dépossédé de son territoire, le Peuple Touareg est aussi dépossédé de son écriture le tifinagh, de sa langue le tamasheq.
Mais c'est aussi un Peuple debout, qui lutte jusqu'au bout de ses forces, contre l'acculturation. Peuple Rebelle, Peuple d'Insoumis, Peuple de Créateurs.
chef touareg michèle ludwiczak
HAWAD
Le coude grimaçant de l'anarchie
" Ce livre, avant d'être écrit, a d'abord été chanté entre les cimes de l'Atlas et de l'Anti-Atlas, puis sur les vieux toits d'Aix. Je l'offre et le chanterai à tous les Imazighen et à toutes les femmes et tous les hommes, tous les enfants et les vieillards qui n'acceptent pas de se soumettre à l'autorité qui mutile, fut-elle celle de leur père et de leur mère. "
Avant-hier comme hier, / ils sont venus du Levant / et d'autres sont apparus / sous l'étoile du Nord / Ils nous ont envahis / par le Coran et l'épée / par l'Évangile et le fusil / et sur leurs visages s'étalaient / la faim et la frustration. / Hier comme aujourd'hui, / ils crient dans mon thorax : / Indigène amazigh / c'est ici que tu mourras, / sous les écrits de notre Dieu / et sous les rayons laser de notre civilisation. "
extrait
Les passeurs de Crépuscule
Depuis trente six ans je veille / sur le sillage des combattants / qui ont pavé les champs de bataille / balisés par la pierre / du non-retour / j''ai pris la plume comme un fusil / et l'encre comme le tartre de la mort / Ainsi ai-je épuisé le vent / et toutes les passerelles de la métaphore / j'ai décortiqué la graine des mots / j'en ai écorcé le son pour qu'ils deviennent galets / munitions de paradoxes / dépouillés du tanin des sens / butoirs / sur lesquels je trébuche / et s'émousse ma vue / Est-ce dans la lie de mon esprit / que j'ai nagé / jusqu'à écraser mon regard / sur le marc de la réalité ? / Ou est-ce les débris du souvenir / qui m'ont dévidé dans cet abîme noir de la conscience ? / La conscience d'être condamné / épave ombre touarègue / fantôme de sa propre âme / traversant les vertiges / et les clignements du crépuscule / Une épave, dis-je, une ombre / fantôme de sa propre âme / O tourne-tête sans appui / autre que latemujaghal / tempête de cimes d'orgueil / auquel personne aujourd'hui ne croit / pas même ceux qui ont tété / la moelle épinière de son échine / bosselée par les résistances / aux temps / Chaque jour du présent est / comme chaque jour de la veille sans horizon
Entorse et chagrin / nous sommes l'orgueil du voyage / Du levant au couchant / nous avons traîné l'alphabet millénaire / et tatoué le désert / du crépuscule à / Voilà qui je nomme / les passeurs de crépuscule / Si vous aussi avez des brumes / à traverser au-delà des cauchemars / alors prenez la route avec nous / Ne craignez pas les crépuscules / nous avons avalé mille lames de l'horizon / sur l'aiguille des saisons / et avons mâché multitude d'étoiles / Orions des époques
Ceci est le gémissement éteint / de l'enfant touareg que le rot d'un canon a vissé / sur les vertèbres de sa mère / S'emmêlent les amarres / et s'entrecroisent les paysages et se tassent les horizons / et sont piétinées les étoiles / Entre l'ennemi et l'ami / plus de distinction / entre le veule et le brave / plus de séparation / O vertiges / jument des nausées / Dans quelle époque / quel marécage-purin / de chiens et de phacochères / dansons-nous / au pas de canards constipés.
extrait
Copyright © Hawad La République des Lettres
Voix solitaires sous l'horizon confisqué
Les voix de l’ombre
L’idée de ce livre est née précisément de la distorsion observée entre les commentaires publiés depuis l’insurrection touarègue de 1990 par les grands organes de diffusion médiatique et, par ailleurs, les points de vue des autres acteurs sociaux concernés, ceux qui n’ont pas trouvé le moyen de faire entendre leur opinion au monde extérieur. L’histoire ne peut se construire, comme l’écrivait l’ethnologue américaine Lina Brock (1990 : 72), qu’en « rassemblant les récits qui représentent des prises de position importantes dans une société donnée – (ou dans les) différentes sociétés en présence – » afin d’ « entendre non pas une seule voix mais la conversation à laquelle ces voix prennent part. »
Testament nomade
" Et les camions jetèrent le peuple / du turban et des transhumances / au large du désert / où aucune larme de rosée n'amadoue / la langue de la soif / Alors le monde civilisé mit un bandeau de ténèbres sur ses prunelles / et de l'étoupe dans ses oreilles / comme si tous les vents et tous les souffles / de l'univers n'avaient jamais gémi / de la douleur et du chagrin / de la veuve Tayort. "

photo Souéloum Diagho
RHISSA RHOSSEY
Rhissa Rhossey compagnon de route et de combat du leader Touareg Mano Dayak est aujourd’hui la conscience rebelle du peuple Touareg par delà les frontières absurdes, figées par la colonisation.
Jour et Nuit, Sable et Sang, poèmes sahariens
" Un cri de douleur et d’amour, une chanson de gestes, une itinérance entre poésie et action politique. Une très belle quête de liberté et de justice dans le contexte de l’extrême pauvreté du Sahel. "
Lassaâd Metoui célèbre calligraphe contemporain tunisien, réalise 10 calligraphies originales pour surligner les très beaux textes de son ami Rhissa Rhossey.
Lassaâd Metoui
LA RÉSISTANCE ÉTAIT EN MOI
Il fut un temps où j’ai porté la résistance / Au plus profond de mes fibres / Elle était dans mon sang / Elle était dans mes larmes / Elle était dans ma sueur / Elle était ma moelle épinière / La résistance était mon souffle / Elle était les pulsations même de mon pouls / Elle était en chaque atome de mon corps / La résistance était en moi / Elle était dans mes nerfs / Et dans mes muscles
CHANT FUNEBRE POUR MANO DAYAK
Tu n'es plus / Et mes larmes ne tariront plus / Ton sang, ton corps et tes os / Sont à jamais mêlés à ces sables que tu as / Tant aimés. / Es-tu mort au-dessus de CHIRIET aux dunes / dorées / Ou en amont de TAMGAK qui rime avec ta / lutte ? / Sont-ce les terres maternelles de TEMET qui / te retiennent / Qui te réclament pour l' ÉTERNITÉ ? / Le désert est FIDÈLE / Comme tu l'as porté à bout de bras, au / bout du monde / Le TENERE te porte désormais en son sein / Pour toujours ton ÂME aura la clarté de ses / dunes / Et ta MÉMOIRE la grandeur de ses montagnes / Ta mère est en deuil, et tu es le Fils de / toutes les mères / Ton père est en deuil, et tu es le Fils de tous / les pères / Ton frère est en deuil, et tu es le Frère de / TOUS les HOMMES,
GRAND GUIDE
IBRAHIM MANZO DIALLO
Ibrahim Manzo Diallo
Mano Dayak s’en est allé
Sur notre ciel, les étoiles-reines se sont éteintes / Les rides qui balisaient les secrets du désert se sont effacées / Se sont tus les chants mythiques des caravaniers tirant la longe de la targuité / les campements éventrés et les oueds ronronnent des motopompes, / Regarde ô sœur ces quiètes oasis d’antan parcellées par des barbelés, / Où ne blatère ni l’Amali en rut , ni l’awara demandeur, / Entends ô frère les lugubres chants des choucas qui thésaurisent / Et tu sauras que l’appétit du gain viole l’intimité de nos cœurs endeuillés
Yunus OCQUET
DESTIN
Que faire lorsque la joie s’en va / Mordant de-ci, de- là / Quelques heureux élus ? / Pousser au loin nos soupirs enfumés... / Changer de route pour emprunter les sentiers incertains ? / Cueillir des fleurs pour couronner nos échecs ? / Prier pour achever le noir tableau ? / Chanter pour que l’écho des cimetières nous répondre ? / Veiller pour apprendre la sagesse du hibou ?
SOUELOUM DIAGHO
Qui je suis ?
Peut-être serez-vous déçu si je vous dis qui je suis. Je suis un targui en manque d'habits qui lui donnent son allure. / Mon 'tagoulmousté, je l'ai perdu le jour de la bataille de la survie. Mon pantalon j'en ai fait des sacs à provision, on l'appelait 'indjalagané' Mon grand boubou, j'en ai fait une tente comme abri. C'était le 'tekatkaté' de ma vie. Ne souriez pas mes amis, ça peut arriver ici.
J'ai entendu parler des indiens d'Amérique, des pygmées de l'Amazonie et ici les hommes du voyage qui sont traqués comme des souris : savez-vous qu'ils ont tous du sang qui coule dans leurs veines et un cœur qui palpite dans leur cage thoracique ?
Le temps est fini où le targui était fier de son allure : un beau chameau blanc avec tous ses bagages, son sabre et son javelot mérité.
Maintenant il est devenu un 'achamauré, le chômeur ou un 'échekér'.
Corde usée à la portée de tous : il ne rêve plus de la princesse assise sous le palmier dans l'attente de son amour, ni de la bataille de bravoure sous les éloges de tous.
Le beau temps d'hier est fini, mais on peut toujours espérer qu'il reviendra un jour.
La vie sans espoir est comme l'amour sans projet d'avenir.
Je suis enfant de sable, enfant de nuit
Je suis sombre et nu, comme toi la nuit, je navigue au-delà de tes chemins diurnes, je cherche les sentiers flamboyants qui rythment la vie. Je suis silencieux et profond comme toi la nuit, comme le désert à l'approche de ta venue.
Je suis enfant de sable, enfant de nuit, mes yeux volent dans le noir qui t'a nourri. Mes oreilles bourdonnent de peur quand tes ondes frémissent, la brume et les ténèbres sont le fruit de ton travail assidu. A l'approche de la nuit les guerriers qui luttent pour les nations perdues crient leur désespoir. Comme les cris des loups qui se rassemblent pour la fête de minuit, sauvages et terribles, ils sont quand même dans l'oubli.
Enfant, j'ai grandi dans le sable loin des villes en écoutant les berceuses des nomades qui évoluent vers les frontières de l'oubli, avec comme seul repère, le clair de lune et ses rayons d'argent éclairant les terres qui ont contenu la misère de l'enfant sans patrie, sable mouvant étendu comme une page sans écriture. La trace des chercheurs reste inscrite comme un graffiti que fait le poète en commençant sa poésie.
Enfant, le jouais à cache-cache dans la nuit avec mes amis. Le souvenir reste encore soutenu dans la part innocente de ma vie.
MUSICIENS : LES ISHOMARS
KOUDEDE
Koudede
" En 1990, quand après un carnage, les touaregs prennent les armes et les pick-up pour affronter les pouvoirs centraux au Mali et au Niger. Changer les roues des bagnoles, dormir sur les sièges de mitrailleuse échapper aux expéditions punitives et apprendre la guitare, fuit en Algérie, en Libye, dégote une vraie guitare et joue pour les réprouvés, les réfugiés et les copains restés dans le sable… Des chansons de rebelles. En 1996, c’est la paix, et « The source » fait le tour du monde " Blog Saharien
Le 24 Data paroles
Le 24 avril est un symbole de paix pour ma génération (X2) / Au Niger ainsi qu'au Mali, pour la Liberté. / Hommage à tous les militants / que l'immensité du désert a emporté avec elle. / Hommage à Mano Dayak / Hommage à Touzougé / Hommage à Infagagan
Mano DAYAk
Ewilla
Au cours de mes transhumances, j'ai fait des rencontres / Les anciens m'ont confié un message pour vous: / N'abandonne pas ta culture /N'abandonne pas ta coutume / N'abandonne pas ta langue / Allons mes frères, n'abandonnez pas votre culture / Le Niger, le Mali, n'abandonnez pas la culture / Gardons nos pantalons larges, nos grands boubous indigos
NIGER : État d'urgence poétique avec Koudede Slam
A écouter de toute urgence
ATRI N'ASSOUF
Justice
Les valeurs ont bien changé, le mot justice n'a plus sa place, / nous ne savons plus sur quoi compter / Aidez-moi mes chers amis, / Afin de redresser, / Tous les piliers de la justice, / Car ils menacent de s'écrouler
Album AKAL
AKAL : Atri N'ASSOUF
TINARIWEN
MANO DAYAK
Moi, je viens d'un Ténéré habitué aux tempêtes de sable / Je m'y reposais à l'ombre des arbustes Anna et Tadjart / Je n'ai jamais connu assez d'arbres pour constituer une forêt / Ma terre c'est le Tenesna dans sa blanche nudité inhabitée / Ma terre ne peut être pâturages pour vaches et chèvres / C'est un pays pour la chamelle suivie de son chamelon
Le Ténéré qui est au Nord de Bouss / est un Ténéré absolument nu / Sans arbres ni brindilles / Il est toujours chaud pour les hommes qui le traversent
Refrain
Maintenant je vois ce qui me réjouit : / un Kel Tamashek bien vivant / Qui communique grâce au téléphone satellite / Suspendu à l'arbre sous lequel il se repose / Les bourgeons tombent autour d'eux / Tout cela, c'est Mano Dayak qui l'a fait
Tinariwen Aman iman
TERAKAFT
Bismilla
Un hymne de la rébellion touarègue des années 90. Un appel à l’unité du peuple touareg et au combat pour la reconnaissance de ses droits
Nous pourchassons les traîtres, nous acculons les ennemis Au nom de Dieu, Nous gagnerons les montagnes Au nom de Dieu, Soulevons-nous avec mes frères .
PERTE D'ATOUA EGOURT
"ISHOMAR" de la première heure, ATOUA est un résistant pur et dur, sans concession ni compromis. Au début, il a milité avec "les ishomars". Puis les geôles d'ALI CHAÏBOU. Ensuite, le maquis. LA PAIX puis encore le maquis. Il y a quelques jours encore, j'ai débattu avec lui, il disait à sa mère :
" Un jour, tu sauras que ces enfants ont une PATRIE "
Rhissa Rhossey
KIDAL
" Durant toute cette journée, nous n'avons parlé que de ça, la rébellion. La rébellion était leur seul vrai pays. Que reste-t-il à des nomades quand des instances lointaines se mettent un beau jour à élever des frontières à travers le désert ? De quel droit quelqu'un peut-il interdire à des troupeaux d'aller paître où bon leur semble ? Si son petit Michel ne l'avait pas appelée à l'aide, si elle avait eu le loisir de flâner en chemin, Mme Bâ aurait apprécié ces Touareg : aucune maladie de la boussole, chez eux, aucune manie de l'immigration. Ce désert était leur terre, à jamais. Quelle que soit sa dureté. Que personne, seulement, ne s'avise de les asservir."
Mme Bâ : Eric Orsena
Hawad : furigraphier le vide
Touareg, nomades hier : poèmes d'Hawad, Rhissa Rhossey, aquarelles A. TAMBO...
HAWAD : Touareg, poète, peintre, calligraphe ...
Hawad est originaire du massif de l'Aïr dans le Sahara central. Enfant, il reçoit une éducation traditionnelle "dans la tente de sa mère" et rencontre, très jeune, des groupes de soufis itinérants.
Avant tout héritier d'une culture nomade, Hawad nous livre une expérience et une vision du monde bâties sur des notions qui traduisent toutes le mouvement, la mobilité, l'itinérance des choses et des êtres, voyageant entre les points fixes que représentent l'eau et l'abri.
Furigraphier le vide Hélène Claudot-Hawad
Pour exprimer l'indicible et briser le champ clos des mots, il développe une calligraphie originale créée à partir des tifinar.
notes parues dans Yasida
œuvre de Hawad
Cosmogonie touarègue
Dans la cosmogonie touarègue, tous les éléments, les êtres les choses, les moindres particules, sont perçus en mouvement, engagés dans un itinéraire cyclique, rythmé par des étapes successives.
Ainsi les nomades, en arpentant les sentiers ne font que mimer la marche du monde qui s'organise autour des points fixes que représentent l'eau et l'abri.
L'achèvement d'un trajet marque le début d'un autre cycle, dans une spirale ascendante qui conduit à la fusion avec l'Univers, à la désintégration de soi dans le flux cosmique, à l'harmonie absolue, au vide ou au néant.
Le terme qui désigne la cosmogonie « telletamete » provient de la racine « ellemi » qui signifie se répandre et implique la notion du flux continuel et du mouvement perpétuel.
L'univers est conçu comme un emboitement des mondes jusqu'à l'infini, contenu lui -même dans des infinis, à leur tour parties d' une infinité d infinis.
Abass Adando
Hawad : Caravane de la soif
Ces gémissements, paroles de fièvres embrasées devant la source tarie, je les dédie à Tellent, aux mirages vagues de dune, à l'errance du vent, au concert du silence et aux oreilles de l'oubli, seule étoile de ma caravane divaguant à travers les tempêtes qui ont brisé la charpente constellée des tentes nomades.
tareyit A. Tambo
Le nomade
Il est enturbanné de soleil / vêtu d'une robe de scorpions / chaussé d'épines / Il s'appuie sur la vipère fourchue / Il a domestiqué l'essuf / La mort s'écarte de son sentier /
Devant lui les montagnes de feu s'effondrent / Derrière lui le tapis de la terre s'enroule
Son chemin est tracé par la soif / comme le jet ébloui de l'étoile filante / au-delà des abîmes / son appui murmure sans rêve / Toi crête de l'univers / sois cheville / et tête de la pyramide
Hier l'armée d'acier a brûlé sa tente / La sécheresse a balayé ses enclos
Sa femme est au puits / drapée de chiffons gris / grimaçante sinistre / visage enduit de cendres / tresses dénouées / veuve fantôme
Ses enfants plient genoux / dans les marécages du venin / Creux de la famine / Entraves de la misère / Couche galeuses / Couvertures de vermines
Pâturages champs clos / Tornades de fumées / Ses chemins s'entassent dans les filets cloutés / mis en cellule / boîtes de conserve
Le nomade entre dans la cité / pour acheter trois mesures de blé / Ceux qui vénèrent le béton / lui crachent au visage / lui jettent dans le dos / les os de ses moutons / Hurlements de la ville / Soit maudit nomade / renard voleur pillard traître / sauvage compagnon de l'araignée / frère du chameau
Il quitte le marché / pour les étoiles / indifférent exalté / il n'entend que le son de ses pas / poussière qui l'enveloppe / violon qui harmonise / en un seul son / le passé et le futur / boucle inondant l'instant présent
Au-delà de ce temps / il regarde / et accompagne le jet des âmes / qui débordent la vie / pour la tente d'Inta / et l'aridité d'Abat / où l'existence devient mousse de lumière / dans l'océan des mirages miroirs
Il retourne à ses plaintes en chantant / mélodie de l'errance
A celui qui ne crache pas sur le déshonneur / demain les contraintes crèveront les yeux / Pour qui ne s'est pas délié / des chaînes de la servitude / les nœuds ne se démêleront pas / qui attachent la trousse des délices / de la graine étincelle
tanezruft A. Tambo
Exil
L'exil m'érode, tige dans la tempête de dune / Les vertiges, nausées du sevrage, me renversent / chiffon que le vent agite / sur les piquets des campements désertés / Le parfum de la nostalgie m'étouffe / comme un enfant entraîné par le reflux des vagues / Le soleil dessèche mon cœur / Mes yeux sont tannés par le regard de l'étrangeté / grimaces de fantômes / Les soucis ont creusé mes tempes / des rivières, marques de la vie / rides d'une pastèque abandonnée / sur les pas de la caravane / qui relie Ghadamès à Tombouctou / Mes souvenirs sont figés dans les mirages du temps / Aujourd'hui, des milliers de milliers d'étapes / vallées de vipères, falaises de fumées-ténèbres / me séparent des campements de jadis / où les corbeaux ont dévoré les rayons de la vie nomade
L'exil me noue comme les cordes de marins
L'angoisse m'élime en une aiguille de douleur
Des années et des années sont passées / Je suis la trace de mes rêves / Tant de nuits ont coulé derrière moi / Je danse dans les flammes
J'ai goûté la sève des fruits de tout l'univers / les parfums de toutes les fleurs / menthe, jasmin, grenadier / fraîcheur du palmier / jardins, ombres des palais / mosquées du lointain orient
J'ai écouté l'écho des larmes / métissage de tous les accords / Je me suis bercé à toutes les aurores-balancelles
Mais rien n'a adouci mes gémissements
J'ai dit / Où sont les tentes de jadis / imprégnées de l'indigo d'ahal ? / Où sont les tentes d'autrefois / ouvertes vers l'horizon des étoiles / le désert de la liberté errante ? / Où sont les saisons de la transhumance / Cours d'amour et de beauté ? Où sont les plaines de mirages / où pâturent les jeunes chamelles / aux gazelles mêlées / gardées par des garçons / tresses serrées dans la ceinture
O jusqu'à présent, j'entends les cris de joie / des braves guerriers / Je vois encore dans le soleil couchant / la silhouette des antilopes au cou élancé / les maîtresses de l'ahal / Sourire de la lune
Kha ! caresse fine des doigts / sur le violon de l'honneur / qui nous allie au toit des constellations / hors du temps
Khay ! Mes brûlures n'ont pas de remède / car mes rêves sont emportés / dans les tourbillons d'acier / des machines-dragons / entre la patte des hyènes
Quelle erreur de confier le gouvernail / du vaisseau de la vie à des épouvantails / qui le font dériver dans la tempête
Nous emporterons l'étincelle de cet exil / jusqu'au trône des galaxies / au royaume des éclats qui plongent / dans les océans de lumière / Car la douleur de notre exil se confond / avec celle des gémissements de l'âme / voyageuse / des corps-pierres jusqu'à l'absolu
moun in A. Tambo
Au fils du nomade
Chausse tes sandales / et foule le sable / qu'aucun esclave n'a piétiné / Éveille ton âme / et goûte les sources / qu'aucun papillon n'a frôlées / Déploie tes pensées vers les voies lactées / dont aucun fou n'a osé rêver / Respire le parfum des fleurs qu'aucune abeille n'a courtisées / Écarte-toi des écoles et des dogmes / Les mystères du silence / que le vent démêle dans tes oreilles / te suffisent / Éloigne-toi des marchés et des hommes / et imagine la foire des étoiles / où Orion tend son épée / où sourient les Pléiades / autour des flammes de la Lune / où pas un Phénicien n'a laissé ses traces / Plante ta tente dans les horizons / où aucune autruche n'a songé à cacher ses œufs / Si tu veux te retrouver libre / comme un faucon qui plane dans les cieux / l'existence et le néant suspendus / à ses ailes / la vie la mort
Rhissa RHOSSEY
NOMADES
Hier encore / Ils comptaient les étoiles / Ils avaient tout le temps / et tout l'espace / Solitaires et libres / N'écoutant que l'écho de leur voix /
Aujourd'hui / Contrariés / leur lourd voile / obstrue leur regard / Et ils ne peuvent compter les étoiles / Pourtant encore, ils rêvent / Leurs rêves lumineux / Comme la voix lactée / Est en suspend dans le chant / Des canons
Leur mouvement pris en otage / Dans le filet des frontières / Héritier d'une époque / Sans gloire/ Les fils du vent et des étoiles / Font du Silence et de l'oubli / Leur triste mélodie
PAS DE NOM
Non, frère d'outre-mer / Surtout pas de nom / Je ne suis pas le fils / Du vent et des nuages / Je suis le fils de la fange / De la fange stérile et rouge / Sables, montagnes et pierres / Je suis le fils de la terre / Maternelle / Silence, oubli, mépris / Je suis l'enfant des douleurs / Éternelles / Non,frère, je ne suis pas / Je ne suis plus / Le Seigneur du désert / Mais l'esclave / Des horizons nus
Jour et Nuit, Sable et sang, poèmes sahariens
ED Transbordeurs
MARCHE NOCTURNE
Sur le sillage / Des caravanes / Tu foules Ie sable nu / Contre la tempête / Vent qui te cingle / Un turban effiloché / Noué autour du cou coiffant ta maigrichonne silhouette / De nomade / Égarée dans les flammes / Oh cite du couvre-feu / Vieille cigale dans l'abime / Chanson des naufragés / Aspergeant l'aurore / D'une poussière de sang
Si cet enfant est né /Avec la nuit / Donne-lui les jambes des caravaniers / Fous d' errance / Ivres de route /Ces étoiles au-dessus de sa tête / Sont le miroir céleste / Pour son âme / La poésie qui apaise la soif / Sur le chemin sinueux / De la source
Dormir sous la dune / Dans les bras du silence / Le voila surgir / Comme le vent des cavernes / Sur l'épaule / Une mitrailleuse / Chanteuse de l'aube / Aux pieds des falaises ancestrales
Oh AÏR regard noyé dans les larmes / Oh ADRAR abimé /Au fond du mirage / Par quel rocher / Baliser la source ? / Entre le vestige / Du soleil au crépuscule / Son cri est une foudre / Craquant dans le silence / Des d2serts / Donne-lui le visage / Du mirage / Quand il est source
Oh cité du couvre-feu / Mères aux girons de flammes / Cet enfant aime / Les lunes d' été / Comme mon père / Au temps de l'exil / Il se moque des sciences po / Il foule les sentiers / Dans sa fébrile solitude, / Souriant à la mort / Ombre d'une nuit sans lune
Sur le sillage / Des caravanes / Tu marches dans la nuit / Oh poète !
Yunus OCQUET
Yunus Ocquet
La journée du pauvre
A l’aube quand le coq chante la vie qui annonce son / impitoyable compétition, / Faufilant entre les corps frêles de tes gosses / endormis, / Tu te demandes s’ils sont morts ou seulement assoupis… / Ton boubou en lambeaux s’accroche à la palissade / épineuse ; / Dérisoire rempart contre les regards moqueurs des / passants… / L’air pur du matin jette un voile mélancolique dans / l’iris de tes yeux / boursouflés… / Un pas incertain te mène vers l’horizon zéro où nulle / dignité ne germe / Quarante années déjà que tu traînes dans les ravins / stériles de l’indigence / Sans emploi, sans avenir, le présent te fait mal aux / yeux / Les réponses à tes demandes d’emploi sentent toujours mauvais
Et les questions au destin jamais envoyées … / Souffre en silence et espère jusqu’au bout de ton / parcours !
photo Assan Midal
Souéloum DIAGHO
Le nomade
Le nomade est enturbanné, le vent du désert l'a dévêtu pour le tatouer de signes particuliers, comme l'essouf' et le Ténéré qui l'ont absorbé dans sa lutte incessante d'apprivoiser le climat dur et enchanté. La mort et la peur l'ont toujours habité. Devant lui les dunes défilent, derrière lui les montagnes se montrent hostiles. Enveloppé dans sa 'guandoura' il médite et cherche la solution à laquestion posée sans réponse.
Il a essayé de domestiquer le néant qui l'a enfanté, son chemin est la soif qui l'a habité, la terre roule toujours à ses pieds, sa couche est le berceau de l'enfant qui balance, le nomade lutte pour sa liberté il se débat contre la tempête folle de la vie qui l'entoure, il vise haut au-delà de l'abîme, le murmure du vent lui dicte des mots que personne d'autre ne peut interpréter, le souvenir des siens perdus dans des batailles sans merci le tient en vie, il a juré de se venger contre la sécheresse et le mépris, il a combattu seul dans la nuit, son arme est l'étoile filante, son phare de champ est le clair de lune, qui éblouit tous les clos, ses exploits et son mérite son récompensés par des chants de sirènes dans les cieux, le nomade enturbanné ne montre que ses yeux, de peur de montrer toutes les marques et sillons creusés sur son corps et qu'on le traite de chien galeux, le nomade a pour frère et ami le chameau qui l'a transporté dans toutes ses traversées passées et futures, il lui parle de ses douleurs et lui confie ses misères, le seul remède qu'il a pour panser ses blessures est l'espoir qui ravive la flamme dans son cour, il fixe son âme dans 'l'akal-niba' où l'existence est peut-être meilleure où dans le mirage de l'océan imaginaire en sillonnant les plaines il chante la mélodies de l'errance, ses enfants grattent le marécage tombeau de famine, ses orteils s'enfoncent dans le sable pour s'accrocher comme un animal qui expire mais qui tient à la vie, les pâturages ne sont plus, les tentes sont devenues des huttes en carton, les beaux sacs en cuir sont remplacés par des boîtes de conserve entassées, la tornade est passée et a tout emporté sur son passage, elle a balayé les nomades et le nomadisme qu'ils ont tant aimé
photo A. Tambo
Inventer nous-mêmes notre avenir
" Il ne faut compter que sur nous-mêmes et sur notre désir de transformer la mort en vie. La première autonomie que nous revendiquons, nous ne la demandons ni à la Libye, ni au Niger, ni au Mali, ni à leur maître la France, nous l'exigeons de nous-mêmes :
C'est l'autonomie de pensée. Ce n'est pas un droit, c'est un devoir.
Une société qui ne fabrique plus ses idées, ni sa culture, ni son propre regard, c'est la banlieue exclue du centre."
Touaregs Chronique d'une mort annoncée
La tente de la réalité
est au-delà du bivouac des étoiles
qui filent vers d'autres voies lactées
Hawad
photo A. Tambo
Écartez-vous, écartez-vous
laissez-nous encore
la bride de l’épuise-vent
Pour l’homme des carrefours
et de l’embouchure des rêves
nul besoin d’un mensonge
crue de larme
bridée par la pitié
edriz A. Tambo
ATRI N'ASSOUF
AKAL : Pays
C'est sur nos terres que nous vivons / Nous les défendrons quel qu'en soit le prix ! / Les notes d'imzad et d'houmaïssa, vous sont dédiées chers combattants. / J'en appelle à tous les hommes / De l'Aïr et de l'Azawak. / Unissons-nous, main dans la main ! / Que Dieu protège les combattants, / Pour qu'ils nous rendent à tous la paix. / J'en appelle à tous mes frères Burkina, Libye, Mali, Niger, Algérie, / Unissons-nous !
TOUAREGS : VOIX SOLITAIRES SOUS L'HORIZON CONFISQUÉ
LES VOIX DE L'OMBRE HAWAD
Rissa Rhossey
ÉTERNEL CRI
Pour que le soleil éclose / Brisons la carapace du silence / Lâchons le temps des mots / Sur le rideau de l'indifférence
CRIONS CRIONS
Ce cri / Commun à tous / Ce cri qui a traversé les siècles / et les continents / Toujours jeune, toujours frais
Comme né d'aujourd'hui / Pourtant, Pourtant / Aussi vieux que l'homme / Ce cri qu'on nomme / Liberté, Dignité / Et qu'on poussera / Tant qu'il y aura des chaînes
Éternel cri
Rhissa Rhossey poème inédit
ORAGE
ça tonne / Et tu t'étonnes / Pourquoi / ça tonne
ça ne te dis rien / que je ne sois rien / chez moi / que je n'ai pas / droit de cité / chez moi
ça tonne / Et tu t'étonnes / Pourquoi / ça tonne
Mais le désert / est lourd assoiffé / l'enfant affamé / les libertés confisquées / Par les marchands de minerais
Que ça tonne / de plus bel / qu'éclate Orage / et Tempête / Orage ! / Ô rage !
Rhissa Rhossey poème inédit
Tifinagh : écriture des Kel Tamasheq
photo Assan Midal
HAWAD : la pensée nomade
Il existe plusieurs formes de l'alphabet touareg : le tifinagh, mais les Touaregs n'utilisent leur écriture que pour l'usage des choses que l'on "déchire" - ce sont des petites tâches quotidiennes, telles les correspondances, les notes commerciales qui ne sont pas appelées à s'inscrire dans le long terme.
Le tifinagh est pourtant le seul instrument de la société touarègue et Hawad se refuse à s'en défaire. Il s'insurge contre le fait que l'on en dépossède les Touaregs en les obligeant à utiliser l'alphabet latin ou arabe.
Le chameau bègue journal touareg paru en tifinagh
La pire des choses que l'on puisse faire à une société au moment où elle possède une écriture, c'est de la lui arracher pour lui en apprendre une autre .Nous sommes en effet dans une culture nomade qui ne possède pas beaucoup d'objets, aussi prendre le tifinagh aux Touaregs, c'est leur prendre leur âme.
La tradition orale attribue la création des tifnagh à Amerolqis, un héros mythique, fondateur de la culture touarègue, pour communiquer discrètement avec les femmes dont il est amoureux.
ALMOUSTAPHA TAMBO
Illustrations de publications en tifinagh
Amerolqis
Pour l'amour des femmes
Un conteur explique :
" Amérolqis était coutumier des rencontres nocturnes et galantes, un homme accompli et bien fait de sa personne. Les femmes lui manifestaient des sentiments passionnés. Amérolqis était un maître en fait d'intelligence. Je peux affirmer que la caractéristique d'Amerolqis c'était d'être un galant noctambule et un amoureux des femmes. C'est à ce propos qu'il inventa les tifinagh. Il fit chaque signe à propos des femmes. Ce n'est que grâce à son intelligence qu'il les a inventées. Les connivences entre lui et les femmes n'étaient que des codes secrets."
" Moi, Amérolqis, je salue la jeunesse d'aujourd'hui qui écrit le tifinagh "
A l'origine, les tifinagh étaient donc perçues comme un ensemble de signes confidentiels pour exprimer les relations amoureuses et courtoises entre partenaires complices. Et pour parfaire cette relation amoureuse, Amerolqis inventa le poésie, le chant et la musique.
" Toutes les femmes, dit encore le conteur, ne font que lui manifester leurs sentiments amoureux quand il chante. Qu'il chante et même les ânesses, les chèvres, les vaches accourent vers lui. Toute la gente féminine l'aimait même les femelles des ânes "
Cette tradition galante et poétique continue de régir les rapports amoureux dans la société touarègue et explique pourquoi les tifinagh sont toujours une écriture bien vivante.
Extrait de " Contes, proverbes et devinettes touaregs " (APT)
TIFINAGH : Patrimoine immatériel de l'humanité
NIGER
Un journal en tifinagh pour sauvegarder l’ancienne écriture de la langue des Touaregs et participer au développement durable des régions nomades du Niger.
En 2004, l’UNESCO a apporté son soutien à l’Association pour la promotion des tifinagh (APT) basée à Agadez, au Niger, pour l’édition de deux numéros du journal bimestriel Amanar.
Amanar est édité en tifinagh, l’écriture touarègue, et en français et distribué dans les communautés touarègues du nord du Niger. Le lancement du journal a suscité un vif intérêt auprès des populations nomades.
Des groupements villageois se sont mobilisés pour s’initier à la vocalisation des tifinagh grâce au livret d’apprentissage, également édité avec le concours de l’UNESCO et mis à leur disposition par l’APT. Cette mobilisation a dépassé le simple stade de la curiosité dans ce monde où l’écrit est une nouveauté.
En 2005, l’UNESCO contribue à la publication de 6 nouveaux numéros de la revue. De plus, ce projet prévoit des stages de formation de l’équipe rédactionnelle et technique (rédacteurs, traducteurs, illustrateur et rédacteurs techniques) afin d’assurer la continuité du projet.
tifinagh Hawad
CONTES, PROVERBES ET DEVINETTES TOUAREGS
L'homme cherche à augmenter tout ce qu'il trouve,
hormis son intelligence.
Des tifinagh vocalisées pour lire vite et bien
Un mot écrit en tifinagh traditionnelles peut avoir plusieurs signification, selon la prononciation qui en est faite. Et parfois il n'est pas évident de choisir entre deux significations. Cela dépend du sens de la phrase, des mots qui précèdent et qui suivent. La lecture est longue et parfois difficile. C'est dans le souci d'une lecture aisée et rapide que les responsables de l'APT, tous spécialistes des tifinagh, ont travaillé pour mettre au point cet alphabet vocalisé.
Qu'est-ce que les tifinagh vocalisées? Ce sont des signes appelés voyelles gui, placés dans un mot entre les tifinagh traditionnelles, permettent de lire exactement le mot comme si on le prononçait lettre par lettre. Tous es alphabets modernes répondent à cette règle universelle de un son, un signe. Avec les tifinagh vocalisées, on trouve dans le mot écrit tous les éléments de la prononciation .
AHMED BOUDANE
On doit soulever des piliers tombés.
La sauvegarde de l'alphabet Tifinagh est mon devoir
" Peintre Nomade Ahmed Abdoulaye Boudane est né sous une tente en peau de chèvre au sein d'un campement Touareg situé à l'Ouest de la région de Tchin-Tabaraden, vers 1978. L'alphabet Tifinagh lui a été transmis dessiné sur le sable par sa mère et sa grand-mère. Vers dix ans Ahmed est scolarisé, on lui rase la tête, c'est le début de l'alphabétisation latine, on lui demande d'oublier son alphabet qui n'a pour les autres aucun avenir et peu de valeurs. Ahmed est un peintre autodidacte. Sa peinture est son cri, son arme, son moyen d'expression pour combattre l'injustice subie par son peuple depuis trop d'années.
vous êtes pressés... Ahmed Boudane
Ahmed a commencé la peinture par la calligraphie Tifinagh. Il utilise l'aquarelle, le pastel, l'acrylique dans ses œuvres mais tout particulièrement les pigments naturels aux couleurs du désert qu'il trouve dans les montagnes puis qu'il mélange à la colle. Les artistes qui l’influencent sont Hawad peintre poète nigérien et Lassaâd Métoui calligraphe tunisien."
Ahmed Boudane calligraphie
Mano DAYAK
Je suis né avec du sable dans les yeux
Avec des gestes graves, elle (ma mère) m'a appris à lire les vingt-six lettres de l'alphabet tifinagh qui compose la langue tamasheq. Je revois ses doigts voltiger pour tracer sur le sable des signes géométriques : le cercle qui désigne le "R", le trait horizontal qui indique le "N", les quatre points pour la consonance "KH", le rond précédé de deux points et d'une parenthèse renversée qui compose le mot "chat". Elle faisait une pause, effaçait de la main ce qu'elle avait écrit, me demandait de répéter ses gestes. J'essayais de mon mieux. Pour me récompenser, ses ongles dessinaient des poèmes; Elle griffait le sable de ses doigts de joueuse d'imzad. A peine avais-je le temps de m'étonner qu'elle effaçait ce qu'elle avait écrit pour composer de nouveaux caractères.
Combien de fables et de ballades se sont ainsi envolées sous l'aile de sa main ou bien au vent des dunes ?
écriture tifinagh
* Touaregs Apprivoiser le désert " H. Claudot-Hawad
RISSA IXA
Né en 1946 à Innates (arrondissement de Tillabery) près de la frontière du Mali, Rissa Ixa décrit ainsi son travail :
« Au sein de la famille, les hommes et les femmes m'enseignaient l'Histoire touarègue et m'initiaient à l'art et à l'écriture tamachek. Je dessinai sur le sable. Je vis et travaille, je milite dans le but que la culture touarègue ne disparaisse pas et continue à vivre en gardant son essence : le respect des traditions et des Hommes. »
HAWAD : tifinagh et calligraphie
Hawad manuscrit
HAWAD, comme chaque enfant touareg, a appris dès le jeune âge à dessiner et tracer sur le sable les lignes et les courbes des tifinagh. Cette écriture consonantique, que l'on connaît figée sur pierre ou transcrite sur peau de gazelle, s'est perpétuée et se développe ici comme l'instrument privilégié d'une culture, qui, pour se faire entendre, glisse de la tradition orale à sa fixation par l'écrit.
Hawad ne rédige ses manuscrits qu'en tifinagh. Pour rendre l'écriture plus facilement déchiffrable, il a ajouté des symboles pour les voyelles. puis, au fil de la plume, ses lettres se sont peu à peu étirées, arrondies, liées, pour devenir cursives jusqu'à cette expression calligraphique originale qui, sœur de la poésie, saurait peut-être briser les pouvoir clos des mots et de leur " bon sens " .
Hélène Claudot Caravane de la soif
Hawad manuscrit
LE GOÛT DU SEL GEMME
Trois points / campant le coude / d'un triangle inachevé / Trois pierres / gardiennes de la mémoire / mémoire de l'étape / laissée au désert / et puis un trait / parcours de la nuit / jusqu'au bout infini / rêve éveillé / d'un astre à six branches / Et un point / point soleil noir / dans un cercle / centre de l'astre / Hé camarade / ceci n'est pas leçon d'alchimie / mais marque traces / blessures sillages / des passeurs de crépuscules
RHISSA RHOSSEY : Apprivoiser les mots
LES MOTS
Les mots ! / Ils sont dociles / Doux et charmants / Ils vous suivent partout / Tout au long des chemins / Et vous font tout dire
Il faut beaucoup de patience / Pour les apprivoiser / Surtout quand ils sont d'une autre race / Il suffit d'un rien pour les effaroucher / Je crois qu'ils n'aiment pas le bruit / Et préfèrent la solitude
Ils sont omnivores / Ils se nourrissent d'un grain de joie / D'un grain de douleur / Ils boivent l'eau des océans, des mers / Et même des petits ruisseaux
Le poète est leur berger / Il les compte et recompte chaque soir / Quand le silence descend sur la terre / Pourvu qu'ils soient au rendez-vous
Il y a des mots Blancs d'innocence / Gais comme des agneaux / Il y en a des Noirs comme des corbeaux / Amers comme des bourreaux / Et d'autres tristes comme des tombeaux / Ce sont là des mots douleur / Et moi, pour les exorciser je veux / Des mots volcan / Laves fumantes de vérité / Des mots tempêtes / Désarçonnant des remparts de préjugés / Des mots brasiers
Ce sont de grandes chevauchées / Des mots inapprivoisés / Des mots débridés / Qu'il me faut
Ce sont des mots indisciplinés / Des mots sans limite / Des mots sans entrave / Des mots sans papier / Des mots viole-frontière qu'il me faut / Des mots nomades-sans-escale
Il me faut des mots boucliers / Des mots rebelles /Des mots pilonne-caserne / Des mots mine-Gubli / Des mots roquette-mépris / Je veux des mots fous / Des mots, des mots furieux / Des mots Forts
Mais les deux que j'aime le plus sont / RÉSISTANCE et LIBERTÉ /Qui toujours s'écrivent en lettres de sang
Khaï ! Quelle est cette poussé d'adrénaline / Qui soudain me prend ! / Des mots, rien que des maux !
Imzad et ahals
IMZAD
entendeurs d'imzad
" La musique est pour les Touaregs un feu intérieur, ce feu de bois qui les réchauffe pendant les nuits froides du Désert. Elle est sans aucun doute un nutriment indispensable aux "ahals" (causeries poétiques) que le temps s’acharne à arracher à ce peuple aux gestes lents, porté sur la retenue et la noblesse, sur le silence et le rejet "
écrit Ibrahim Manzo Diallo rédacteur en chef de Aïr Info du Niger, dans un plaidoyer pathétique en faveur de la préservation de la culture touarègue
Aïr-infos N° 110 p 5
IMZAD
Les soupirs étranglés
Sauver l’Inzad, violon monocorde, des flammes de l’oubli ! Sauver l’Inzad pour sauver son identité, celle de son peuple !
C’est le pari que veut gagner Salma, une jeune file targuie. Fille unique de Tayyort, la dernière joueuse d’Inzad de la région.
Elle n’a rien fait pour s’y empêcher ! Au contraire, elle a beaucoup étudié et beaucoup voyagé ! Une offense que refuse d’accepter Silimana, son père mais aussi chef de sa tribu !
Sans le savoir, la jeune intellectuelle emprunte un sentier initiatique dans lequel s’enchevêtrent le culturel et l’irrationnel : un cours qu’elle n’a lu dans aucun livre et que seule la prodigieuse mémoire de Tayyort est à mesure de livrer.
Un livre très captivant qui vous plonge dans l’intimité des secrets séculaires des campements nomades fragilisés mais toujours coriaces.
ebeljud A. Tambo
Ebeljud
Ebeljud, je meurs de n'entendre le son de l'anzad / Chaque fois que me revient à l'esprit / Cette rencontre au puits avec cet être ravissant. / Mon visage baigné de larmes, mon âme torturée par le feu. / Je lutte contre cette flèche qui m'est décochée, / Incapable d'imaginer le moindre poème. / Démon, apporte-moi de l'eau et asperge-moi les flancs. / J'erre au crépuscule sans penser à la faim. / Je suis un géant majestueux, rompu au jeun et à la soif. / Ah ! quel beau parti, ma belle, / Toi dont le cou dépasse en beauté / Celui d'élégantes antilopes / A la croupe blanche et aux épaules rayées. / L'amour que j'éprouve pour toi : / Taraude mon âme comme la soif. / Je connais bien cette mélancolie où je sombre. / Je suis depuis longtemps la proie des envieux. / J'ai ajusté mon litham, feignant l'assurance. / Mais ce propos résonne / Comme si j'étais dans une tombe, / Sans lumière, sans le moindre rayon.
a dit Kurman agg- eselselu
Poèmes touaregs de l'Aïr APT
Imzad en Poésie
Exil
Kha ! caresse fine des doigts
sur le violon de l'honneur !
qui nous allie au toit des constellations
hors du temps
Hawad Caravane de la soif
entendeurs d'imzad
L’imzad est une vièle monocorde, qui nous vient de la nuit des temps. Plus qu’un instrument, l’imzad est un symbole du pouvoir, suggérant une musique particulière vouée à un ordre social, à une organisation de l’espace et du temps.
« L’imzad est aux Touareg, ce que l’âme est au corps. »
m’avait dit Hadj Moussa Akhamok en me remettant un imzad en 2003.
Avec l’évolution de la vie moderne, l’imzad et toute la culture qui gravite autour est en train de mourir. Il ne reste plus que quelques vieilles femmes qui savent en jouer, elles rêvent de transmettre leur savoir pour laisser en héritage au monde entier, ce patrimoine culturel ancestral.
Hdama est un air chanté sur l'Imzad. Un trés vieil air qui est chanté par Halimata et Khoulen Alamine sur l'imzad, toutes deux maîtresses d'imzad au niveau de l'école de l'association Sauver l'Imzad de Tamanrasset.
Entendeurs d'imzad
L’art de l’inzad, l' « Achak » le code d’honneur, les réunions galantes appelées « Ähâl », la parole voilée « Tanghalt », sont les éléments symboliques constitutifs de la culture touarègue fondée sur la solidarité, le courage, le respect des aînés et la réserve.
Tarzagh Benomar, une des doyennes de la musique de l'imzad du Tassili n'Azdjer, vient de s'éteindre à l'âge de 84 ans, a-t-on appris dimanche du ministère de la Culture.
Cette artiste a grandement contribué avec une constante disponibilité et une grande humilité, à faire connaître l'imzad, style musical propre à la région de l'Ahaggar, à travers le monde, à sa conservation, sa valorisation et sa perpétuation.
Afin de transmettre ce prestigieux héritage dont elle a toujours pris le grand soins, Tarzagh Benomar a organisé entre 2002 et 2005 des ateliers d'apprentissage de l'imzad pour les jeunes filles dans sa demeure à Djanet.
" Ces airs ne sont pas faciles. Seule une femme qui maîtrise vraiment l'imzad peut les interpréter. On entend parler d'elle dans tout l'Ahaggar, en Ajjer et même dans l'Adrar des Iforas. Tout le monde reconnaît qu'elle sait jouer de l'imzad. "
L’Imzad n’est pas seulement une musique mais une symbolique
Les Touaregs souhaitent préserver leurs traditions musicales
L'imzad, un instrument traditionnel à corde très prisé par le peuple touareg et dont seules jouent les femmes, pourrait bientôt bénéficier d'un institut de mémoire et d'un projet plus large destiné à protéger les formes artistiques du désert.
La culture touareg oblige les hommes à rester silencieux et à s'abstenir de manger et de boire pendant que les femmes créent des mélodies empreintes de mysticisme et de spiritualité sur cet instrument millénaire. L'imzad se joue au sein d'un groupe assis en cercle, reflétant la forme de la lune et du soleil.
Le corps de cet instrument monocorde est fait dans une calebasse ou en bois recouvert d'une peau d'animal. La corde en crin traverse un pontet en deux parties. L'archet est également fait de crin.
Mais les militants craignent que cette ancienne tradition de l'imzad ne disparaisse rapidement, car les Touaregs abandonnent de plus en plus leur style de vie nomade pour adopter une culture plus sédentaire.
" Avec l’évolution de la vie moderne, l’imzad et toute la culture qui gravite autour sont en train de mourir ", explique une femme membre de l'association. " Il ne reste plus que quelques vieilles femmes qui savent en jouer ; elles rêvent de transmettre leur savoir pour laisser en héritage au monde entier ce patrimoine culturel ancestral ", a-t-elle expliqué aux participants.
" Le jeu de l’imzad est un cérémonial sérieux, ce n’est pas un amusement ", expliquait Nouredine Benabdellah, professeur à l'université, en décembre au centre culturel de Tamanrasset. " Cette musique est presque sacrée. Le respect de l’imzad est une tradition bien ancrée."
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Un chef-d’œuvre
L’auteur a pris soin, en bon pédagogue, de situer d’abord son sujet et de permettre aux lecteurs de mieux comprendre son contexte naturel, historique et sociologique. C’est l’objet du premier chapitre consacré au « contexte et aire de diffusion de la musique de l’imzad ». On y apprend une foule de choses sur les populations de ces régions, depuis les grandes évolutions historiques jusqu’aux structures des tentes qui renseignent autant sur les modes de vie que les relations sociales et la maîtrise des techniques artisanales ou autres. Les coutumes sont présentées de manière synthétique, accompagnées des explications ou hypothèses les concernant. Une fois planté son décor et emmené son lecteur dans ses différents recoins, Dida Badi lui propose alors de découvrir « l’imzad dans la mythologie touarègue ». Là, les choses deviennent passionnantes. L’imzad, qui désigne à la fois l’instrument et le genre musical, est en effet un autre univers dans le grand univers saharien. Composition et fabrication des instruments, significations de son utilisation, cadres traditionnels et circonstances, répartition des rôles selon les sexes, les âges ou les lieux, légendes rattachées, l’imzad comme « registre de l’esthétique » et « interprète des sentiments », l’essentiel est passé en revue aux limites de l’extraordinaire. Ainsi, ce passage sur le « jeu de l’imzad » et la position de l’instrumentiste qui est résumée par l’adage : « Imzad ne as amedray ennit, iwar afud iyyen essumigh as wa hedhen » (l’imzad, c’est moi qui suis son frère, il repose sur un genou et moi sur l’autre). Le troisième chapitre, qui occupe environ la moitié de l’ouvrage, porte sur le répertoire de l’imzad et comporte une anthologie de textes donnés en version originale et traduits en français, accompagnés pour certains de partitions musicales. Les registres poétiques, ils font large place à l’amour et aux sentiments que les épreuves de la vie génèrent. Ainsi ce 12e poème :
« Aujourd’hui, mon cœur est tel un incendie, tu peux y mettre une bouilloire à bouillir, tu peux y fondre des bracelets en argent. »
Article paru dans el Wattan
amzad le violon Ahmed Boudane
Inscrit désormais parmi les trésors du patrimoine immatériel mondial, l’imzad continue de susciter l’intérêt, autant en Algérie qu’à l’étranger, où les initiatives pour sa sauvegarde et sa promotion se sont multipliées sous diverses formes et ampleurs.
Imzad en poésie : le violon de l'honneur
IMBROGLIO
Les jours passent / Les braves trépassent / La résistance s'effiloche / Et dans mon cœur / Le désenchantement / Va de sa pioche / Dans chaque vallée / Sur chaque colline / Chacun crie sa tribu / Et revendique déjà / Son lopin de terre / Celui-là dénonce son frère / Cet autre tue son père / Oh ! Frère d'ÉGUIGUlRE / Oh ! Compagnon de TAZIRZlT / Étaient-ce les paroles prophétiques / Qui se réalisent ? / La révolution est conçue par les savants / Les braves y meurent / Et les lâches en profitent / Qu'en penses-tu RABITINE ? / INZAD trouve-t-il toujours écho / Aux oreilles de ceux de l'épée? / Seigneur / Les charognes et les mangeurs de boue / Ont prostitué / L'esprit du souffle / Ils ont péché contre / La pureté originelle du souffle / Oh qu'il était grand / Jadis le souffle / Quand il fusionnait les cœurs /Dans un même brasier d'espoir / Et subitement petit et vil / Le souffle / Quand il dressait Frères contre frères / Pour un grain de riz / Et un océan de mensonges / Oh Seigneur / Ne leur pardonne point / Ceux-là qui ont falsifié / L'esprit du souffle / Par leurs ventres qui ne remplissent jamais / Par leurs regards qui percent les mystère / Par leurs bouches qui disent plus / Qu'il ne faut dire / Oui ! Je les renie
Jour et Nuit, Sable et Sang , poèmes sahariens
Ed transbordeurs
alam i A. Tambo
L'imzad
De l'imzad avant tout / une musique aussi ancienne, / qui brandit la bravoure, / qui fixe l'achaq, / il revigore, / par des sons fins et piquants, / donnant générosité et tolérance, / calebasse emballée par le cuir, / un archet grattant, / tu es indispensable, / thérapeutique instrument, / soignant l'incurable / instructif inculquant la sagesse, / pour chasser la solitude, / pour ressusciter l'amour, / chasser la haine, / redonner la force, / tu incarne les qualités humaines. / Ton cri fait trembler l'homme du chèche, / il fait gonfler son cœur. / Les coups de l'épée ont leur place, / tu donnes le courage, / te préoccupent : / l'épique, le lyrique, les temps passés, / émettant réjouissance et souvenirs. / tu es un ensemble, / formé du mort et des vivants, / le mort sonne, / les vivants chantent. / Le tout fait l'imzad.
AHAL : ÉDUCATION TOUARÈGUE
HAWAD
"J'ai aussi participé en suivant ma mère et mon oncle maternel à ce qu'on appelle les ahal ou veillées, qui sont d'autres écoles théâtrales, tragiques poétiques (l'éducation de l'amour courtois comme les occitans du Sud de la France), philosophiques. On passe des nuits entières à faire la description d'une chamelle ou d'une gazelle et à la fin, on a l'impression qu'on épuise complètement les mots. Chaque personne qui a fait son exposé a donné une description.
C'est une philosophie de l'esthétisme.
L'esthétisme ça veut dire que l'objet lui-même on le met en mouvement, on le voit sous plusieurs angles. Le critique, le commentateur qui fait son exposé doit voir l'objet sous plusieurs angles après il doit le projeter dans plusieurs espaces dans lesquels l'objet apparaîtra de manière contrastée.
Donc, on part de l'esthétisme de l'objet, puis on dépasse sa beauté, sa forme et à la fin, on entre uniquement dans le flou de l'objet, ou de la matière, ou du graphisme ou de l'espace (selon ce que l'on envisage).
Et c'est là que s'instaure l'état de vision que recherche les Touaregs, car les Touaregs pensent qu'il y a une autre philosophie (que celle de la rigidité), une autre pensée qui repose dans la tension du mouvement.
Je n'aime pas beaucoup les mots " universel ", "cosmique ", mais c'est la phase où l'on épuise les mots, où l'on épuise la pensée. On arrive alors à un état sauvage de la matière ou de la forme, dans la première étape primordiale ou primitive des choses c'est-à-dire où les choses existent dans une existence de la non-existence.
C'est ainsi qu'elles peuvent être nommées mais aussi qu'elles peuvent avoir une identité de non-identité parce que la "vraie" identité est fausse : c'est la société qui la donne.
Or,nous cherchons, à travers tout ça, un regard qui n'est pas culturel, qui n'est pas influencé par notre éducation, par notre conception.
Pour parvenir à ce stade, on a besoin de conversations qui durent des nuits, des mois, des années entières. On commence une conversation, on l'arrête et demain, on reprend.
La parole n'est qu'un fil : chaque fois, il faut tisser, détisser, broder, il faut tresser au-delà. "
Hawad : Rencontre Ténéré, Niamey 1990
aghamar A. Tambo
BENDIR
Farid BELKADI
Lui « qui ne trouve pas normal qu’on n’ait pas un moyen d’expression » en a trouvé, en plus de la peinture, plusieurs autres pour canaliser son énergie créative. Parmi elles, la sculpture, le théâtre ou encore la musique. Il collabore souvent avec Jean-Philippe Rykiel, qui a travaillé avec de grands artistes africains comme le Sénégalais Youssou N’Dour. Il joue aussi du bendir, un instrument algérien dont la pratique se perd et qu’il essaie de faire revivre. Farid Belkadi est indéniablement un gardien des traditions dont la seule arme contre le temps est l’Art dans tous ses états.
article AFRIKA.COM
Imzad et Modernité
Femmes touarègues : portraits en filigrane
LA TENTE TOUARÈGUE
" Une indéniable construction symbolique existe, centrée autour de la femme, pilier de la famille, de la tente, de la tribu. La femme est le principe de base, le noyau, l'intérieur, tandis que l'homme qui représente l'extérieur dérive de ce substrat. Les rôles politiques, économiques et sociaux réservés traditionnellement aux mondes masculins et féminins entretiennent une correspondance étroite avec cette vision du monde.
Bien que l'idée persiste que sans femme, c'est-à-dire sans abri, aucune vie ni aucune présence ne sont possibles, la réalité présente érige un rempart incontournable, déniant la pensée et l'organisation touarègue.
Maintenant que les Touaregs ne peuvent plus, comme autrefois, défendre leur honneur par la guerre, maintenant qu'ils ne sont plus maîtres de leur destinée, maintenant qu'ils ont le sentiment d'avoir perdu la face par rapport aux valeurs de leur société et que certains renoncent à porter le voile, à quoi bon assureraient-ils leur continuité dans l'infamie, pourquoi bâtirait-il un abri autour de leur sœur ? "
Comme disait l'un d'eux :
" La tente touarègue est déchirée "
HAWAD
La reine des Touaregs Tin Hinan
Gérard Zaurin : genèse d'une œuvre
" Nous étions, un ami Touareg, avec qui j'entretenais une amitié depuis quelques années, et moi- même en Belgique pour une exposition où nous partagions un espace, lui avec ses bijoux traditionnels, moi avec mes toiles et dessins.
Au cours de nos discussions, il s'engagea dans un long et énigmatique monologue autour de l'idée que " l'on peut vivre dans une tente déchirée". Tout cela ne me paraissait pas d'une grande clarté, mais faisait surgir en moi des images très fortes ...
A cet instant est née " LA TENTE DÉCHIRÉE "
Des évènements ont ponctué son déroulement: en relisant un ouvrage en ma possession depuis longtemps, je découvre un extrait d'un texte de HAWAD, écrivain et calligraphe Touareg, intitulé "La Tente Déchirée". Je ne sais si cet ami avait connaissance de cet article de Hawad .. coïncidence ? Plus tard je rencontrerai Ahmed Abdoulaye BOUDANE, peintre Touareg Nigérien, abordant le thème de la perte de la culture avec une œuvre portant le même titre."
la tente déchirée ou la perdition de la culture A. Boudane
FEMMES : REGARDS D'ARTISTES
illustration A. Tambo
Tanaynat
Je t'implore, ô Dieu, notre maître ! / Et vous tous, les jeunes hommes ! / Tanaynat, la branche d'agar verdoyante / Couverte de rosée. / Si Tanaynat ne m'aime pas / Qu'ai-je à faire des chamelles que j'entrave, / De ce beau chameau que j' harnache, / De l'épée sans égale que je porte ? / Je ne cesse de gémir, je suis malade, / Comme un enfant souffrant de gerçures profondes, / Refusant même de téter le sein de sa mère. / Si Tanaynat ne m'aime pas, / Je retournerai d'où je viens, / Mon pays, le Gobir vers le Sud. / Je cultiverai la terre, une peau comme unique vêtement, / A la place du turban, un bonnet. / Je t'implore ô Dieu, notre maître, / Couvre-moi des marques de dignité / Pour gagner le respect de mes pairs devant les jeunes filles / Ou au combat des épées qui tranchent les boucliers. / Les coups d'épées lacèrent les corps, / Les jets de lance les transpercent. / Des giclées de sang se répandent, / Nous les chaussons comme des souliers, / Nous les endossons comme des habits, / En votre honneur, jeunes filles, / Fardées de l'indigo des voiles. / Je t'implore ô Dieu, notre maître, / Moi, dont tous les frères sont jaloux, / Fort de ma dignité sur mon chameau Awrag, / Si Tanaynat m'accorde son amour, / Je lui détacherai de mes troupeaux / Deux dizaines de jeunes chamelles / Et leur géniteur élancé au pelage tacheté.
L'amour est une peste
Amis, pardonnez mon propos. Ce que je dis est pure vérité / L'amour est une peste foudroyante. / Il déchire aussi bien les jeunes que les vieillards. / Il s'en prend même au fiancé. / Celle que j'aime, je peux la suivre même au fond du puits de Laghlagh. / Là où, dans la boue, l'hyène rayée a mis bas. / Là où grouillent les serpents, / Rampent les scorpions et bêle le python. /Même de nuit, j'y entrerai pour couvrir son cou de mille baisers / Et enlacer de mon bras son épaule et son dos. / Que nos vies cessent le même jour, je le souhaite. / Si cela est possible, si cela est légitime. / Alors pour Dieu et la miséricorde, / Unis dans le même sacrifice funéraire, que notre tombe soit une. /Et maintenant, mes amis, écoutez : / Si quelqu'un de vos dit qu'elle a donné naissance / A mille enfants illégitimes, / Je préfère sa race à ces rumeurs. / Parce que, elle et moi, ne sommes entrés dans la tente : Avant que le marabout, ce lettré que tous disent savant, / Ne scelle notre mariage.
Extrait d'un poème de Kurman (1912-1989) né entre Agadez et Ingalmes. Il est considéré comme l'un des plus grands poètes de l'Aïr (Poèmes touaregs de l'Aïr APT)
LITTÉRATURE
Mano DAYAK
Mano Dayak
" Je dois tout aux leçons de ma mère. C'est elle qui m'a appris à démonter et à remonter la tente, à plier et à déplier le lit taillé dans le torcha, un arbre au tronc épais mais au bois tendre et léger. C'est elle qui m'a fait découvrir les étoiles qui annoncent les changements de saisons. C'est elle qui m'a révélé les différentes castes des gens de ma tribu, les Iforas. C'est elle qui m'a enseigné la lecture, le chant, la poésie. C'est elle qui ... "
Je suis né avec du sable dans les yeux
Ma vie de femme touarègue Odile Dayak
Agadez A. Tambo
POÉSIE CONTEMPORAINE
Rhissa RHOSSEY
Blessure
Seules les femmes / Debout dans la tourmente / Le poing dur / L'insulte à la bouche / Femmes / Je vous salue / Roseau fragile mais tenace / Canne sur laquelle s'appuyait / Mon peuple / Quand il chancelait / Et titubait dans les dédales / Du mépris. / Femme, cœur d'airain / Bouclier de fer / Salut femme / Gardienne inlassable des rejetons / Orphelins d'un père / Qui ne répond plus à l'appel.
Salut mère / Toi qui jugulas la haine des temps amers / Pour tes prières sincères / Salut sœur / Toi qui bravas le fer / Pour nous apporter un peu de lumière / Jusqu'au fond de nos sombres tanières / Salut femmes amazones des temps pénibles.
Extrait
Foule
Foule / Tu es femme / Quand tu aimes / Et l'Amour / Coule / De tes mains / De tes yeux / De ton cri
extrait
Hawad : Caravane de la soif
Silhouette infinie
Une vieille, maigre, grande / voilée de hardes / un panier sur la tête / se détache du campement / Ombre arrachée à son abri / elle grimpe les falaises / bras ballants entraînés par le vent / Toutes les mélodies de l'Éternel / sont gravées dans le geste de ses bras / et sur les lacets incurvés de la route / qui ondule vers les plateaux montagneux / d'Inta
La forme de ce geste contient le rêve / du chemin qui mène au puits / dans une vie sans soif / Ce qui nous manque est inscrit dans la mélodie de chaque pas / le sourire de chaque lèvre / dans la gueule même des hyènes / et dans la silhouette de cet arbre élancé / dont les racines sont plantées / dans les entrailles de la terre / et les branches accrochées / dans l'azur des cieux
Tamajaq
Elle garde les chèvres / sur les dunes lissées par le vent / Elle a laissé sa tente au creux de la falaise / où rôdent hyènes, renards, charognards / sous le vélum des étoiles cieux / ternis par la fumée des usines / qui déchiquètent les entrailles de la terre / Son bébé incrusté sur le dos / grain de beauté / peau tannée par le soleil / ocre visage ridé / par les rêves suspendus / le sursaut des cauchemars / elle est assoiffée / maigre, grande, cou élancé / antilope / Elle porte un collier de croix / géométries où le cosmos est réduit en bulles de lumière / Elle est sauvage / prête à s'effaroucher / comme l'autruche chatouillée / par une araignée / Ses yeux sont aigus comme ceux d'un fennec / qui sort de son trou au crépuscule / Ses mains sillonnées de veines / bleuies par la famine angoisse
Elle tresse une natte en feuilles / pour son mari qui a conduit la caravane / hors des frontières / agenouillé par les chaines des prisons / et le brasier des tortures
ou pour son frère en exil / errant d'une étoile à une autre / pour éviter le manteau étroit des cités / et leurs cellules d'asile
non / natte trame /qui raccommode le tissage des mythes / Espoir qui détresse les douleurs / Gestes qui tisonnent la lueur des souvenirs / pour démêler les nœuds coulants / d'une vie étranglée entre sa couche et ses puits
Soigne les ailes brisées du souffle en vol / entre son gîte et sa destinée liberté / mélodie qui tranche enficelages et entraves / O mouvement de l'archet / Aiguise les lames de l'aurore / et fends la grimace des serres machines / qui troussent les jupons de la nuit / où se love le sommeil des enfants touareg
YUNUS OCQUET
Yunus Ocquet
FEMME
L'harmattan souffle et emporte nos rêves de
poussière...
Agadez, sous la chaleur torride de nos sentiments
partagés... brille de mille étincelles qui jaillissent
de tes yeux envoûtants
Sorcière blanche venue du pays des toubabs, je suis fou
de tes sortilèges passionnels...
Sur la route de tes jambes moulées dans ton sari à
rayures, je devine la fraîcheur de ta peau veloutée ...
Le staccato de ton cœur d'amoureuse, réveille mes
sens engourdis par le désir ...
Je me suis souvent demander de quel miel sont faites
tes lèvres ... femme touarègue !
Je frissonne souvent à l'idée de me noyer dans les
spasmes de tes soupirs lorsque par une night de
chaleur nous aurons notre corps à corps ...
Match perdu d'avance car ne contenant pas
d'adversité...
Femme touarègue, je te prends la main et essaie de regarder avec
toi le même horizon ...
photo Yunus
FEMMES DE NUIT
Le chewing-gum claque bruyamment dans vos bouches de
suceuses
Les libidos défilent sur le paillasson de vos cabanes
cabanons
De vos aisselles mal épilées se dégage l’effluve
concentré du désir acide
Le cliquetis saccadé de vos perles perverses rend la
nuit incertaine
Le petit pagne n’est plus qu’un bidet de fortune où se
soulage le plus offrant
Femmes de nuit perdues dans l’attente de l’amant
éphémère
Femmes de proie, cousines du rapace furtif et
souterrain,
Que faites vous de tant de fantasmes incarnés ?
Que dites vous de tant de phéromone distillée ?
L’amour, la souffrance et le mépris ont mutilé vos
ovaires
Les hommes enchaînés à vos pieds ne savent à quel sein
se vouer
Tout doucement, se dessinent les contours écrêtés du
précipice auquel vous aspirez…
Souéloum DIAGHO
La femme assise
Écoute le chant, murmure du vent, la femme assise en face d'une dune attend le
crépuscule pour
lancer son chant d'amour, chant de plaisir, la femme laisse couler la mélancolie
de son cœur, elle rit,
elle pleure sa joie, la peine, le désir de partager sa vie, elle cherche le chemin qui
conduit à
l'inconscience, les ténèbres l'engloutissent et les deux opposés se rencontrent,
l'inconscience et la
conscience, la femme cherche la lumière qui a nourri ses désirs, ses formes
caressent l'espace vide,
d'où jaillit l'oubli, univers brumeux, univers paisible, les odeurs se multiplient, les
odeurs que le
vent ramène, sa voix du cœur lui parle d'amour, amour profond, énergie de vie
qui passe par tous les
paysages. Paysages de joie, mélange des rires, paysages tristes comme
mélancolies La femme
plonge dans le noir de la nuit, comme seule amie, la dune et les grains de sable
qui roulent comme
des petites billes, elle a peur de la nuit, peur de tout, elle entend son petit enfant
qui pleure, c'est son
cœur qui palpite.
photo A. Tambo
PEINTURE
Almoustapha TAMBO
tazolt : aquarelle A. Tambo
Minata A. Tambo
Ahmed Boudane
La femme voilée et dévoilée A. Boudane
Hadja
Farid Bekaldi
" Les femmes m'ont passé le flambeau. Je trouve que parler d’art pour qualifier mon travail est un bien grand mot. Je ne crée rien, je sauvegarde ce qui existe déjà, je ne fais que m’en inspirer »
femme touarègue bleue
femme touarègue
MUSIQUE TOUARÈGUE
KOUDEDE
Timaggiren
" Les femmes Touareg d'avant, les femmes Touareg d'avant / on les reconnait à leurs beaux bijoux en or qui laissent paraître leur honneur, / qui laisse paraître leur culture /Leur honneur étincelle comme les pléiades dans le ciel / Les femmes Touareg je vous demande d'imiter celles d'avant / Leur beauté apparaît quand elle sont assises sur les tapis tissés d'avant / entourées de leurs beaux coussins, portant leurs beaux colliers houaïssa " .
PAROLES DE FEMMES
" Mais qu’en est-il aujourd’hui de la place de la femme, à l’heure de la mondialisation, de la modernité, de la sédentarisation à plus ou moins long terme de ce peuple nomade ? La femme est-elle toujours « reine » dans la société touarègue ? Face à la roue de l’Histoire, n’est-elle pas en train de perdre son pouvoir ? N’est-on pas en train d’assister à une régression de la place originale qu’avait la femme touarègue dans la société ?
Il semble que le matriarcat n’existe plus. Cependant, on accorde toujours une grande importance aux cousins issus de la sœur de la mère.
Les comportements changent au niveau de la monogamie, du fait de l’Islam et de l’urbanisation..
L’école et la société s’occupent maintenant de l’éducation des enfants. L’écriture tifinagh a été supplantée par la langue du colonisateur ! Les femmes ont en grande partie perdu leur rôle éducateur. Auparavant, les femmes touarègues n’allaient pas aux champs, ne puisaient pas l’eau, ne coupaient pas le bois. Mais aujourd’hui, certaines femmes le font en raison du manque de moyens et elles n’ont plus le temps d’accomplir leur rôle éducatif. Le travail domestique est la principale source d’oppression de la femme en Afrique subsaharienne."
Karsa Welet Elghelas
Propos recueillis en touareg par Hawad en février 1995 à Ouagadougou.
Karsa est originaire de l'Adagh et réside à Ouagadougou depuis de nombreuses années. Elle est mariée à un Burkinabé et mère de plusieurs enfants. Elle est quadragénaire..
" Ma maison est ma nation qui est la maison du monde entier.
Même dans nos déserts, le puits qu'on n'utilise pas pour extraire de l'eau et qu'on n'écope pas, à la fin, finit par tarir et mourir, et la terre boit son eau. Voilà notre philosophie, nous, les femmes de la nation touarègue, mais hélas, dans ce monde moderne, nous, les femmes touarègues, il ne nous reste aucune place. Dans ces difficultés que traverse le peuple touareg, dans la lutte par laquelle il cherche à se libérer et à se construire lui-même et son pays, hélas, la femme touarègue n'a pas sa place. Pour la femme touarègue des générations anciennes que je suis moi, les humanités, l'esprit et l'éducation que nous avons hérités de notre nation n'ont pas leur place dans ce monde. Nous n'avons pas de place, mais la femme touarègue, malgré son absence de force et d'assise, continue de résister et tente comme d'habitude de couver son humanité et sa philosophie. "
femme du désert Michèle Ludwiczak
Pour Saoudata Aboubacrine et ses camarades de l'association Tin Hinan, défendre le peuple touareg, c'est lutter pour les droits des femmes. Rencontre en marge d'Indigenève, la plate-forme de rencontres entre délégués autochtones à l'ONU et Genevois, qui se tient aux Cropettes
Mais la femme autochtone, touarègue par exemple, ne rencontre-t-elle pas aussi des difficultés propres à son genre?
" On présente souvent les peuples autochtones à travers leurs difficultés. Mais leurs richesses sont aussi immenses, même si l'incapacité d'avoir des échanges équilibrés avec les sociétés dominantes les met en danger. Prenons l'exemple des femmes touarègues. Traditionnellement, elles régissaient un système matriarcal complexe qui imposait la monogamie. Malheureusement, les mauvaises relations entretenues entre les Touaregs et les autres sociétés n'ont jamais permis aux femmes des peuples dominants de découvrir et de profiter de ce système social. Au contraire, sous l'influence de ces sociétés, nous sommes maintenant affectés par la polygamie... Plus largement, c'est la position de la femme – privilégiée dans la culture touarègue – qui s'affaiblit de façon vertigineuse! "
Survie d’un matriarcat de Faiza SEDDIK ARKAM
" Poussée par la nécessité, la femme a dû se soumettre à faire des travaux auxquels elle ne participe jamais auparavant. Le rôle socioculturel de la femme s’est trouvé lui aussi par conséquent appauvri. Sa fonction d’éducatrice, de conseillère, de formatrice est grevée par l’accomplissement des tâches quotidiennes. La transmission du savoir à leurs enfants, à leurs filles en particulier, ne peut se faire comme avant.
Face à ces conséquences, la société a développé par instinct de survie de nouvelles méthodes d’approche de son développement. En attendant que ce processus soit pris en compte dans un cadre formel, la femme touarègue ayant pris conscience de la déperdition culturelle et sociale consécutive aux phénomènes détaillés en haut, essaie de s’en sortir. Une nouvelle vague d’espoir voit le jour et encore une fois, ce sont les femmes qui en sont porteuses. Comme par le passé, elles puiseront dans leur courage l’énergie nécessaire pour sauver la société en péril. "
TOUAREGS : Apprivoiser le désert
" Pour les femmes touarègues des générations anciennes que je suis, moi, commente une quadragénaire, les humanités, l'esprit et l'éducation que nous avons héritées de notre société n'ont pas leur place dans ce monde. La génération des femmes touarègues qui sont nées après nous n'a pas une autre mémoire ni d'autres souvenirs qui les empêchent d'affronter leur crépuscule, comme nous qui rêvons d'un passé noble et d'un futur digne.
Les femmes touarègues de ma génération, aujourd'hui, n'ont pas de rôle sauf se recroqueviller sur des regrets car nous n'avons pas de présent.
Mais comment accepter le changement, quand on a vécu et que nous étions fières de notre existence ?
L'amertume a tué et tue les femmes touarègues, héritires des valeurs de leur société "
TADREWT
« Une meilleure santé, une meilleure éducation et la liberté de planifier l'avenir de leur famille élargiront les choix économiques offerts aux femmes; mais elles libéreront aussi leurs esprits et leurs cœurs. »
Alphabétisation
" Avec une espérance de vie ne dépassant pas 46 ans et un taux d’analphabétisme de 92 %, les femmes vivent au jour le jour la mendicité, l’exode forcé, l’épuisement dans les taches ménagères dû au pilage du mil, au port de charges énormes et à l’éloignement des puits. "
MIRY : NIGÉRIENNE, FEMME ET ARTISTE
cercle fermé Miry
Née le 6 Mai 1975 au Niger, Mariama se confirme aujourd'hui, malgré sa vie artistique relativement courte, comme une figure imposante de la vie culturelle au Niger. Femme, dans un pays à forte tradition musulmane, elle a choisi la voie d'une aventure artistique et humaine en se lançant dans l'art et l'expression plastique .
le gouffre Miry
Je suis artiste, c'est ma vie, ma passion, ma thérapie face aux phénomènes de la vie. Je suis une femme, je crois au développement personnel dans la dignité.
ELLE, entre « liens » et « nœuds » Coutumes, traditions, et religions s’accusent les unes les autres. Au centre, ELLE occupe une place, telle une victime de sinistre dont ELLE serait coupable. La société, victime et coupable elle aussi, agit sur ELLE comme poussée par une force surnaturelle.
Femme, africaine, artiste, épouse, belle-mère, mère,.. .c'est ce qu'elle est
Femmes dans les arts d'Afrique
Musée Dapper
" C'est une très belle exposition qui se tient au Musée Dapper du 10 octobre 2008 au 12 juillet 2009. En guise d'introduction, les photographies d'Angèle Etoundi Essamba sur les femmes. Rendus ainsi sensibles le corps des femmes porteur de vie, femme blanche, femme noire; leur regard direct ou voilé. "
Femmes et excision : regards d'artistes
CONTE FANTASTIQUE CONTEMPORAIN
ANTICLOPOLIS
Nue sous le vieux « bargo » de ma grand-mère, je me recroqueville dans la position du fœtus, la main entre les jambes encore ensanglantées. Je revois encore comme en playback la fulgurance de cette lame assassine qui agressa mon intimité, ma féminité et mon humanité. Oui, mon humanité car, j’ai cessé d’être une personne depuis que cette vieille femme aux mains fossilisées avait jeté son dévolu sur mes amies et moi, avec la complicité active de nos parents, des voisins et de tout le village.
Pendant que je revivais cette scène douloureuse mes paupières s’alourdirent et peu à peu j’avais impression d’être légère, plus légère qu’un grain de sable : un charme. C’est sous cette forme miniaturisée à l’extrême que je me mis en quête de l’origine de ce qui apparaît à mes yeux comme une injustice, un abus, une atrocité, une abomination.
Je fermais les yeux en soupirant. Un fracas assourdissant, des éclairs zigzaguant dans un ciel rouge. Une pluie de sang dégoulinait le long de lames métalliques coupant et découpant des bourgeons enflammés. J’atterris dans un village juché sur la cime des arbres. Ce village est si vieux que les arbres aux alentours portaient des excroissances : on dirait des barbes rougies par le sang des sacrifices humains.
Des chiens de la taille d’un bœuf, aux gueules béantes et aux crocs semblables à des coutelas, bondirent en aboyant, signe qu’un étranger ou un intrus était dans les parages. Un vieillard grabataire apparu. Il frappa le sol de son bâton surmonté d’une tête de rapace et intima aux chiens de se calmer. La queue entre les pattes, les douze molosses retournèrent dans le trou qui leur servait d’abri, déçus de laisser la belle proie que j’étais et lénifiés par la calme autorité de leur maître. Rangeant sa pipe encrassée par des années de combustion, le vieillard toussota trois fois, me toisa pendant un bon moment et, d’une voix caverneuse me dit :
« Petite fille curieuse, quel mauvais destin t’amène ici ? »
Mon sang se glaça et les battements de mon cœur ressemblaient au staccato de mille mitraillettes détraquées. Apeurée, j’ouvris ma bouche et balbutiai :
« Vénérable vieux – père, je viens du monde moderne
pour découvrir pourquoi… pour q…. »
Ma parole s’étouffait dans un sanglot long. L’odeur fétide du sang souillant le sol me donna la nausée.
« Pour découvrir quoi ? » Cria le vieillard.
Un monstre chargé de lames et de couteaux effilés surgit et enjamba la palissade de la cour faite d’ossements géants de chameaux ou de dinosaures peut-être. Le cliquetis de son macabre chargement ne fit sursauter.
Pétrifiée par ce spectacle apocalyptique je me mis à genoux et, d’une voix tremblante je lui dis :
« Je voulais savoir pourquoi j’ai été mutilée …
Pourquoi m’a t-on coupé ce petit organe si essentiel ? »
« Sacrilège ! Petite écervelée ! Tu oses remettre en question les secrets de notre tradition pluriséculaire ? Petite folle, ta témérité causera ta perte. Ne sais-tu pas que moi-même, dernier gardien de ces secrets traditionnels n’oserait en aucune façon m’interroger sur le pourquoi et le comment de ces dogmes ? D’ailleurs, je te condamne à mort car, tel doit être le châtiment réservé aux fouineurs indélicats de ton espèce qui ne savent pas que la tradition est éternelle et inamovible et qui osent côtoyer des rivages interdits, réservés aux seuls initiés que nous sommes !
MALOBE ! BAMALO ! KAPILE ! KARZAZA ! emparez--vous de cette insensée et conduisez–la sur l’autel de la prêtresse exciseuse.
Pas d’anesthésie pour elle. Opérez–la sur le vif ! » S’écria BAMALO jouissif et viscéralement pervers.
Sans hésitation, ces quatre sbires aux yeux rougeoyants me prient tel l’épervier le poussin et se dirigèrent vers cette sinistre direction quand le vieil homme, comme prit par un remord soudain, les arrêta et dit :
« Petite curieuse, bien que ta mort soit certaine, j’aimerais que tu saches la vérité avant ton trépas. MALOBE, ramène–là sur cette natte à côté de moi. »
Sans ménagement, il m’y jeta si violemment que mes coudes s’écorchèrent au contact d’ossements qui jonchaient le sol latéritique. Le vieil homme alluma sa pipe avec un tison incandescent qui crépitait bruyamment. Il huma longuement l'épaisse fumée qu’il rejeta ensuite par de petites bouffées en spirale, regarda le ciel comme si l'Être suprême l’observait et commença son récit :
« Je m’appelle KANKOURA SAYKARE. Je suis le mille deux centième dépositaire de la tradition de la lame mutilante. Les grand- pères de mes grands-pères ont reçu cette tradition et nous l’ont transmise sans rien changer. Cette tradition est vierge de tout additif et de toute révision. Les siècles passent et se succèdent, augmentant ainsi les strates de notre infinie mémoire. Quant à elle, nul changement n’altère sa puissance. Je me suis toujours battu pour la préserver de tout rajout ou greffe dénaturant. Mon arrière-grand-père me raconta qu’il y avait longtemps, très longtemps que la première loi de cette tradition fut décrétée.
Tout commença dans la cour de notre roi de l’époque le vaillant KATAKORE. Celui- ci avait un harem composé de trois cent soixante six femmes. Ainsi, chaque jour il passait la nuit chez l’une d’ entre elles. Pour voir son tour arriver, une femme devait attendre une année entière à dormir seule ou avec ses enfants. Il leur était interdit de converser avec d’autres hommes. Leurs domestiques étaient toutes de sexe féminin à l’exception de deux eunuques qui étaient des guetteurs..
Un jour, la cinquante huitième femme la nommée MOUNAHOUKA en manque d’affection et fatiguée d’attendre une année entière le retour du roi dans son lit, tomba sous le charme d’un soldat de la cour qui s’appelait KARAMBANI. Par une nuit glaciale et sans étoiles elle l’introduisit dans sa case et coucha avec lui.
De ces amours infidèles, un enfant naquit un mois avant le retour du Roi qui n’eut pas de peine à comprendre que MOUNAHOUKA avait triché. Il savait que si cet enfant était de lui, il allait naître deux mois avant selon le délai naturel de la conception.
Le Roi convoqua les sorciers de son royaume et leur demanda conseil sur l’attitude à prendre pour éviter la tentation de l’adultère à ses 366 épouses.
Au cours de cette cérémonie qui dura trois jours et trois nuits d’intenses débats et de tergiversations, le vieux prêtre GAGARABADAO proposa au Roi cette solution qui consiste à exciser les parties génitales de ses épouses afin de leur ôter toute sensibilité et toute disposition à l’érotisme, à la luxure.
Ainsi pensait–il, elles resteraient chastes et lui donneraient d’authentiques héritiers et non des bâtards qui seraient comme des fruits pourris accrochés à son illustre arbre généalogique. MOUNAHOUKA fut la première à être séparée de ce qui entre ses jambes était la cause de son infidélité à l’égard du Roi NAMIJIN-DA qui était jaloux et très possessif.
Après l’opération, MOUNAHOUKA ne survécut que deux jours. Elle avait perdu tout son sang. Deux cents quatre vingt dix-neuf autres femmes moururent des suites de cette mutilation, c’est peut être mieux pour elles que de vivre la honte d’une infidélité découverte? source de mépris et de marginalisation voire de bannissement.
Après cette hécatombe, le sorcier ordonna aux prêtresses chargées des opérations de ménager les victimes en coupant moins de chair dans leurs parties génitales.
Peine perdue, la plupart d’entre elles mouraient, devenaient folles ou se recroquevillaient sur elles-mêmes dans le silence et affichaient une indifférence à leur entourage, à la vie. Elles n’avaient goût à rien et on les retrouvait quelque fois mortes au fond d’un vieux puits ou désarticulées au pied d’une quelconque falaise abrupte, fatiguées de vivre à moitié.
Avant de mourir, le Roi agonisant fit prêter serment à toute la communauté et à son successeur de perpétuer cette tradition envers et contre tout. Une prière collective fut célébrée et l’on souhaita les pires malheurs à quiconque serait tenté de contrevenir à ce serment collectif.
Ce ne serait pas toi petite curieuse, fille insolente des temps modernes qui oserait briser cette pratique traditionnelle. Que l’enfer t’engloutisse pour que tu ne sois plus un frein à ce que nous avons de plus cher dans notre histoire : l’ablation du sexe de la femme, source de toutes les souillures et réceptacle de toutes les infidélités …
Embarquez – la le plus vite afin que d’autres mauvaises graines ne suivent son exemple. Vous savez qu’avec la MONDIALISATION, les informations vont vite. J’ai peur que les idées de cette coquine ne fassent tâche d’huile sur la TOILE pour brouiller les ressorts de notre culture. »
Les quatre sbires m’attachèrent sur une potence et rapprochèrent tous leurs instruments de torture. Ils m’écartèrent les jambes en équerre. Le plus cynique d’entre eux prit une bouteille qu’il cassa contre une pierre et s’approcha de moi en brandissant le goulot aux extrémités dentelées. Il frappa de toutes ses forces et je vis sa main disparaître dans mon ventre.
Je poussais un cri désespéré et m’évanouis.
Des bruits de pas me firent ouvrir les paupières. Grande fut ma surprise de me retrouver au dispensaire du village. Je reconnus la sage- femme qui parlait à l’infirmier–major. Sur ma fiche d’observation, le diagnostic est clair : septicémie et tétanos.
Je compris que j’étais condamnée. Je voulus parler mais mes mâchoires étaient crispées, verrouillées à jamais par le virus tétanique… je fis un effort pour m’asseoir sur le rebord du lit. Je pris une feuille blanche et à l’aide du sang qui dégoulinait de mes jambes, je me mis à écrire ce testament :
HONNEUR au poète SENGHOR qui réhabilita la femme noire en la couvrant de toute sa beauté.
HONTE à ceux qui mutilent les femmes au nom de je ne sais quelle tradition rétrograde.
Cette barbarie doit s’arrêter pour que s’épanouissent toutes les jeunes fleurs futures mères de l’Humanité.
Survivrais–je à ces profondes blessures sur mon corps et dans mon âme laminée ?
Je ne l’espère pas..
Condamnée que je suis, je lance à la face du monde cette ultime revendication :
Laissez les jeunes filles grandir librement !
Instruisez-les pour qu’elles soient la lumière du monde et le symbole d’un autre avenir.
Mobilisons – nous contre toute forme de mutilation sexuelle
Aujourd’hui, Demain et pour les siècles à venir ....
Je vous quitte en attendant le Jugement Dernier pour que nos tortionnaires répondent de leurs actes à l’issue d’une Justice parfaite :
Celle de Dieu.
Adieu
Je dédie ces lignes au Docteur PIERRE FOLDES, chirurgien, spécialiste de la réimplantation du clitoris que j’ai eu la chance d’écouter un soir sur RFI et dont les recherches constituent un immense espoir de la réappropriation du plaisir pour beaucoup de femmes
bargo : épaisse couverture tissée en pays haoussa.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.
Œuvres Poétiques Le Seuil
LE JOUR QUE JE N'OUBLIERAI JAMAIS
Un poème de Fouzia Hassan 9 ans
Le jour que je n'oublierai jamais
C'était un dimanche soir quand ma mère m'a appelée
et elle me dit : « Ma fille, viens » à voix basse
... Je suis allée tranquillement.
Tout à coup, ma mère a dit : « Ma fille demain est ton jour J ».
J'ai été choquée d'entendre ça
mais je n'avais pas prévu de dire quoi que ce soit.
Dans la matinée, j'ai été traînée et plaquée à terre.
Quand trois femmes se sont assises et m'ont crucifiée sur le sol.
J'ai pleuré jusqu'à ne plus avoir de voix.
La seule chose que j'ai dit c'est, "Maman, où es-tu?"
Et la seule réponse que j'ai obtenu était "calme, tranquille, ma fille."
La douleur que j'ai vécue était une de celles que
Je n'oublierai jamais pour le reste de ma vie.
Et je ne voudrais pas que la même chose arrive à mes amies.
Cette nuit-là, j'ai eu une nuit sans sommeil.
Je pouvais voir une vieille dame avec beaucoup de lames
le faire encore et encore et encore.
J'ai crié et ma mère arriva en courant pour voir comment j'allais.
Mes parents aimants, est-ce vraiment ce que je méritais ?
Je demande à vous tous, est-ce vraiment ce que je méritais ?
Traduit par Emmanuelle Daubercies
oeuvre de Patrick Gignac
Ce tableau de l'artiste canadien Patrick Gignac est un Hommage à toutes les femmes excisées dans leur enfance
Source : Contre l'excision
AU NIGER
Les exciseuses nigériennes hors-la-loi
Projet de loi
Le gouvernement nigérien va sanctionner les personnes reconnues d’avoir opéré des mutilations sexuelles génitales. Peines de prison et amendes sont prévues pour les exciseuses qui ne veulent pas déposer leurs couteaux. Une avancée énorme dans un pays où l’excision est taboue.
AU SÉNÉGAL
L’EXCISION AU SÉNÉGAL : DE LA COUTUME A LA LOI
L’excision représente une pratique coutumière bien ancrée dans certaines régions. Mais dans la mesure où par ses effets mutilants, elle entraîne des conséquences psychologiques, physiologiques et gynécologiques sur la victime, une intervention législative était nécessaire afin de préserver l’intégrité physique des femmes exposées à cette intime et douloureuse ablation. Il était devenu urgent de faire de cette pratique localisée et sujette à controverse une infraction en soi, distincte de tout autre.
Monsieur Babacar NDIAYE
Plus de détails Tantines
Ousmane Semene : Moolaadé
Dans un village africain, il est le temps du rituel ancestral de l'excision, considéré comme une purification des femmes. Collé Ardo, seconde épouse de Bathily, un notable du village a, sept ans auparavant, refusé de faire exciser sa fille. Ce matin-là, quatre fillettes se prosternent à ses pieds : elles ont échappé aux exciseuses et lui demandent protection.
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Excision : artistes engagés
L'engagement de tout un village L'appel de Diégoune
Plaisir mutilé & Beauté en Souffrance : Katoucha...
R. Rhossey : Poète du Massif de l'Aïr et du Ténéré
RHISSA RHOSSEY
Les émotions et les rêves évoquent les très riches heures
d'une révolte désespérée, entre Sable et Sang
Jour et Nuit, Sable et Sang, poèmes sahariens
ED Transbordeurs
Rhissa Rhossey à Tchirozérine
Photo : H. Lemaréchal
" Issa, le poète de l'Aïr, comme certains t'appellent, tu as l'art de faire surgir de tes mots et de ton cœur l'âme du pays touareg et de ses mille visages. Tu les tailles, ces mots, au burin de l'inspiration, pour en faire sortir des bijoux qui scintillent sur le sable.
Que ton rêve d'infini, Issa, se prolonge dans tes poèmes : qu'il rejoigne celui de ton père, le prince des guides du Ténéré ! Amen ! "
Aboubé Tchirozérine, ce 15 avril 2004
Préface de Jour et Nuit, Sable et Sang, poèmes sahariens
Ghossey père
AÏR
Au bout du monde / L'AÏR / Chez moi, / Il y a plein de vallées / Peuplées de jardiniers / Au salut facile / Plein de plaines / Aux noms de femmes / Des montagnes / Aux écritures oubliées.
Dans ce pays / Il n'y a pas toujours / De quoi se vêtir / Mais le cœur y est / Chaud à l'amour
Très souvent / Le ventre y est vide / Le cœur ramassé / Pour s'y amuser / Il suffit d'une peau de chèvre / D'un mortier de bois / Quelques belles / Et la fête commence / Les fêtes balancent / Et cadencent
Ce pays est beau / Et pour les yeux / Et pour le cœur
pour Aboubé

gani A. Tambo
TÉNÉRÉ
Terre ancestrale / Terre mythique / Terre magique / Terre nombril de la terre / On te dit cruelle / Moi, je te dis maternelle / Non, je ne dirai jamais / Les secrets de ton lait / Mère, la manne de tes mamelles / Mais je dirai la magie / Ta magie / D'ensemencer la vie / Dans le vide / Tes dunes / Ne sont pas des tas de sable sans vie / Tes dunes sont vivantes / Vivante ta lune / Ton silence n'est pas un gouffre / Mais clémence pour qui souffre / Et qui s'interroge / Sur cette nature que l'on s'arroge
TÉNÉRÉ / Terre de méditation / Terre de création / Terre ÉTERNELLE / L'Homme est peintre sur pierre / La femme est mannequin / Le jour lumière / La nuit poète / Le vent ciseleur / Sur marbre
TÉNÉRÉ / Tes enfants ne sont pas / Des marionnettes / Qu'on exhibe pour théâtre / A quatre sous / Ce sont des caravaniers / Qui tissent la fraternité / Ce sont de grands artisans / De l'UNITÉ
TÉNÉRÉ / N'est-ce pas encore / Ta magie / Cette nostalgie / Qui toujours ramène à toi / Les Hommes de toutes les fois / Ta loi étant le toit / De L'UNIVERS ? / Mer autrefois / Paradis ou Enfer / Demain ? / Qui dira le mystère ? / Quant à moi / Tu es mon berceau / Et mon cimetière
tende goumatam A. Tambo
TAM-TAM
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / Il gronde / Très fort / Encore baraqué / Devant les tentes / Chameaux et chameliers / S'impatientent / Car longue est l'attente.
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / Il gronde / Très fort / Il appelle ceux des vallées / Et ceux des plaines / Il les appellent tous / A la grande fête.
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / Tourbillon de poussière / Et vertige des âmes / Cadence des corps / Hommes et bêtes / Réconciliés / Tournoient / Et tournoient encore
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / TENDE'N Goumaten / Entraîne tout / Dans sa fureur / Elle viole les âmes / Les perce, les envole / Rien que déchainement / Désordre , folie / Les mots délivrés d'eux-mêmes / Épousent la fuite / Des gestes / Dans l'espace / Nocturne.
C'est la nuit profonde / Et le tam-tam gronde / Par la magie/ L'IRRÉEL / Côtoie le Réel / Le vrai et le faux / Se confondent.
tende ou tam-tam touareg A. Boudane
POURTANT
Au coin d'un lopin / De terre oublié / Je feuillette des rêves morts / Éclaboussés de nuit.
Il n'y avait pas d'oiseau / Pas d'arbre / Pas même un brin d'herbe / Tout est triste et désolé
Pourtant / De mon talon nu / La source est née / Et mes rêves s'animèrent
Le jour fut / Il y eut plein d'oiseaux / Beaucoup d'arbres / Et plein d'herbe
Tout est beau / Et charmant / Quand le jour s'élève !
près d'Agadez A. Tambo
Poèmes dédiés à Rhissa Rhossey
A Issa, le poète des sables
Grain de sable,
Tu es le grain de sable au sommet de la dune
Et on ne voit que toi,
Souffle du scarabée
Et on n’entend que toi,
Tu es l’insoutenable cri à l’oreille du dictateur,
La poussière dans l’œil du tyran,
Toi le rebelle,
Toi le poète des sables,
Toi mon ami.
Le Pays des Hommes au coeur riche
Aïr-Info
DU BLEU EN POINTILLÉS...
itinéraire saharien d'un rêveur éveillé 
Un pointillé
de bleu,
sur une plage d'ocre
jaune
sombre
immense...
des dunes
rose-mauve
bleu-marine
qui s'impatientent !
Un pointillé
comme immobile...
Un pointillé
de bleu,
sur une plage d'ocre
jaune
sombre
immense...
du sable
rose-mauve
bleu-marine qui se disperse !
un pointillé
comme immobile...
Murmures
premiers,
à peine
perceptibles,
et prémices
des harpes du vent,
commencement
recommencement,
écho,
des souffles
heurtés,
aux corridors
usés
de la pierre,
balbutiements
respiration,
résurrection,
et,
là
où
à la nuit
exacte,
n'étaient
que
platitude
noire
inhospitalière,
néant,
la lumière
s'étale,
savante...
L'ocre
reconnaissant,
par le ciel
alléché !
et léché,
par le ciel,
s'éclaire...
Frémissements
intimes
des vagues
entrain,
de se vêtir...
Un pointillé,
un pointillé
comme immobile !
- Un pointillé
qui avance...
pourtant !
et à y regarder
de plus près,
- un pointillé
- qui serpente
même !
Un chapelet,
un chapelet,
de vies,
un rêve égrené,
d'hommes,
nés,
au bord
de l'invisible,
et devenant
visibles,
aux dos de leur
monture,
tout doucement
au fur et à mesure,
à petits feux,
aux petits-feux
de l'aube...
Pointillés
éclairés
et
désormais,
visibles,
pointés,
indivisibles,
indissociables,
sociables,
palpables,
en quête :
du matin,
du puits
du peu,
de pain et d'eau,
d'une main
à serrer !
peut-être,
d'une rencontre...
- auprès d'un thé de braise !
Pointillés
en quête,
du microcosme...
Pointillés
en chemin !
Improbabilité
d'êtres
qui paraissaient
perdus
mais qui connaissent...
macrophages
petits
minuscules
et
bleus,
de
infiniment
grand,
dévoreurs
de l'espace
sans fin
et sans limites,
dépositaires
de l'horizon...
perdu,
et retrouvé
dix fois,
mille fois,
ensuite
et au matin...
de l'horizon
indemne,
imperturbable !
Pourquoi chercher
l'ailleurs
ailleurs,
et sur d'autres planètes,
là réside
l'absolu,
peut-être
l'au-delà...
et si l'eau
à trouver
est devenue si rare,
les puits
à découvrir
que sait,
celui qui sait,
se comptant
bien souvent
sur les doigts
d'une main...
ici demeure
le signe,
encore
le probable,
improbable
pour
l'étranger,
le possible,
l'ultime
récompense,
les puits,
comme les doigts
de la main
de Celui qui sait...
- Tout !
Que le ciel
aujourd'hui -chaque jou r...
sans fin !
compagnon de l'errance,
spectateur,
immensément averti,
immensément éclairé,
garde,
protège,
et perpétue,
cette notion de vie,
fragile
à l'extrême,
forte,
fière
digne,
belle,
et isolée,
libre,
et démesurée...
cette notion
de vie,
à nulle autre
pareille,
et admirable,
malgré
cette infinie
difficulté,
que l'on présume...
sans doute
dans un monde
aussi bouleversé !
D'encore ... Être
aquarelles A. Tambo
Pour Rhissa Rhossey et tous ceux qui aiment le Sahara
FRERE DU VENT - SOEUR DES BÊTES
Prélude berbère
Elles ont suivi les nuages / Les fines gazelles d'Essekrem / Bondissant vers les oueds assoiffés / Jusqu'au camp de l'homme bleu / Said le chasseur sort / Laissant son arme dans sa tente / Plissant les yeux, au-delà des dunes / Ou l'invisible demeure
Frère du vent, soeur des bêtes / Entend la voix du silence / La soif du vide, le puits blanc / Le présage du retour de l'eau / Il se rince la bouche / Avant de dire la première parole
Aman iman ! Mon coeur est le désert / Toutes sources de l'univers / Sont des gazelles !
Puis viennent brouter sans peur / Les fines gazelles d'Essekrem / Bondissant vers les oueds assoiffés / Jusqu'au coeur de l'homme bleu / Lèchent la main du chasseur / S'endorment à portée de flèche / Et deviennent ciel.
tiré des contes des sages nomades, par Patrick Fischmann Seuil








































































































































