Artistes Touareg du Niger, Rencontres au fil du temps

Bienvenue en pays touareg

 

Artistes au Niger

Constat amer

« Les artistes de tout bord végètent dans la misère, sans repères, sans espoir. Beaucoup trop sont mort dans l’indifférence générale alors que leurs œuvres continuent de faire la fierté du pays. (...)

Les artistes nigériens connus à l’international se comptent sur les doigts d’une main, et encore, dans des milieux spécialisés. (...) »

Marie Adji

Ce blog  n'est sans aucun doute qu'un grain de sable dans l'immensité du Sahara, mais il se veut hommage à tous les artistes touareg, hommage à leur talent, hommage à leur courage,

Merci aux artistes qui ont contribué à la création de ce blog et qui en sont le fil conducteur.

 

Voix du Peuple touareg

«Compagnons,

Écoutez, et vous allez entendre

Apprenez  ce qui est amer et nous est arrivé 

Vous ne le soignerez pas, à moins de m'écouter»

Chant touareg anonyme

Hawad poète touareg  Rhissa Rhossey poète touareg

Écoutons, 

Les poètes touareg

Et apprenons

Hawad  poète et peintre

« Ma douleur touareg, je la fais douleur de l'humanité tout entière, de tous les hommes et femmes qui souffrent écartelés, écrasés »

Rhissa Rhossey  poète du Massif de l'Aïr et de la rébellion touarègue

« Non, frère, je ne suis pas / Je ne suis plus / Le Seigneur du désert / Mais l'esclave / Des horizons nus »

Chahamata peintre touareg Almoustapha Tambo peintre touareg Ahmed Boudane peintre touareg Hadja peintre touareg

Découvrons  

Les Peintres Touareg

Et apprenons

Les œuvres de ces peintres sont intimement liées à leur identité touarègue. Hadja Tanko Hamiche , dont les tableaux sont proches de l’art naïf, est le peintre de la vie traditionnelle. Les aquarelles d’Almoustapha Tambo expriment la nostalgie d’un monde presque disparu. Les toiles abstraites d’Ibrahim Chahamata, naissent de sa «réécriture des arts ancestraux touareg et islamique». Ces trois artistes vivent à Agadez (Niger).

Ahmed Boudane forgeron, peintre, calligraphe, a été contraint à l’exil après le massacre de Tchintabaraden (mai 1990) et vit en France    

Abdallah Oumbadougou Tinariwen     

Écoutons, 

Les Musiciens Touareg

Et apprenons

Abdallah Oumbagoudou et  Tinariwen    «figures emblématiques de la résistance des musiciens combattants » 

 

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05-01-09

Hawad, figure emblématique du Peuple touareg

 

Hawad poète touareg

De la tradition à la modernité

Dépossédé de son territoire, le Peuple Touareg est aussi dépossédé de son écriture le tifinagh, de sa langue le tamasheq

« Le Peuple Touareg a toujours exercé une sorte de fascination sur les sociétés européennes et sur la nôtre en particulier. A l'heure où il n'apparaît à l'écran que pour meubler des heures d'antenne inoccupées par les aléas d'une course assourdissante et meurtrière qui a l'insolence de vouloir commémorer leur grandeur passée, il est bon de rappeler qu'il s'agit avant tout d'un Peuple et d'une culture en perdition dont Hawad est un des porte-paroles.»

Hawad   Extrait de  No Pasaran

«Désormais, une réalité agressive et incontournable se substitue aux images poétiques passées de la guerre d'honneur et de l'amour courtois. Avec les siens, Hawad vit les entraves qui enserrent de plus en plus le nomadisme, l'étranglement des espaces, le durcissement des frontières qui déchiquettent le pays touareg entre plusieurs nations, l'interruption des caravanes, la dissolution des échanges et des solidarités. Il connaît l'irruption brutale du modernisme et de la logique des technocrates sédentaires. »

Hélène Claudot-Hawad :  Caravane de la soif  Hawad

«Au cours de son histoire, la société touarègue a commencé par endurer l'offensive islamique qui l'a profondément affectée jusque dans ses mythes fondateurs. Elle a ensuite connu les assauts de la colonisation occidentale. Dans le même temps, la mécanisation des moyens de transports entraînera l'abandon des pistes du désert. (...) Cette société, comme celle des autres peuples dont le système social n'est pas rentable pour le libéralisme, est condamnée à disparaître.»

No Pasaran

Hawad encre

Le coude grinçant de l'anarchie extrait

«Pour le nomade, la pensée n'existe qu'en marchant ou en chantant ; et tout ce qui est nomade doit être soit chanté, soit marché pour être vraiment tel.»

« Ce livre, avant d'être écrit, a d'abord été chanté entre les cimes de l'Atlas et de l'Anti-Atlas, puis sur les vieux toits d'Aix. Je l'offre et le chanterai à tous les Imazighen et à toutes les femmes et tous les hommes, tous les enfants et les vieillards qui n'acceptent pas de se soumettre à l'autorité qui mutile, fut-elle celle de leur père et de leur mère. "

Avant-hier comme hier, / ils sont venus du Levant  / et d'autres sont apparus / sous l'étoile du Nord / Ils nous ont envahis / par le Coran et l'épée / par l'Évangile et le fusil / et sur leurs visages s'étalaient / la faim et la frustration. / Hier comme aujourd'hui, / ils crient dans mon thorax :  / Indigène  amazigh / c'est ici que tu mourras, / sous les écrits de notre Dieu / et sous les rayons laser de notre civilisation. »  

Les passeurs de Crépuscule  extrait

Depuis trente six ans je veille / sur le sillage des combattants / qui ont pavé les champs de bataille / balisés par la pierre / du non-retour / j''ai pris la plume comme un fusil / et l'encre comme le tartre de la mort / Ainsi ai-je épuisé le vent / et toutes les passerelles de la métaphore / j'ai décortiqué la graine des mots / j'en ai écorcé le son pour qu'ils deviennent galets / munitions de paradoxes / dépouillés du tanin des sens / butoirs / sur lesquels je trébuche / et s'émousse ma vue / Est-ce dans la lie de mon esprit / que j'ai nagé / jusqu'à écraser mon regard / sur le marc de la réalité ? / Ou est-ce les débris du souvenir / qui m'ont dévidé dans cet abîme noir de la conscience ? / La conscience d'être condamné / épave ombre touarègue / fantôme de sa propre âme / traversant les vertiges / et les clignements du crépuscule / Une épave, dis-je, une ombre / fantôme de sa propre âme / O tourne-tête sans appui / autre que latemujaghal / tempête de cimes d'orgueil / auquel personne aujourd'hui ne croit  / pas même ceux qui ont tété / la moelle épinière de son échine / bosselée par les résistances / aux temps / Chaque jour du présent est  / comme chaque jour de la veille sans horizon

Entorse et chagrin / nous sommes l'orgueil du voyage / Du levant au couchant / nous avons traîné l'alphabet millénaire / et tatoué le désert / du crépuscule à / Voilà qui je nomme / les passeurs de crépuscule / Si vous aussi avez des brumes / à traverser au-delà des cauchemars / alors prenez la route avec nous / Ne craignez pas les crépuscules / nous avons avalé mille lames de l'horizon / sur l'aiguille des saisons / et avons mâché multitude d'étoiles / Orions des époques

Ceci est le gémissement éteint / de l'enfant touareg que le rot d'un canon a vissé / sur les vertèbres de sa mère / S'emmêlent les amarres / et s'entrecroisent les paysages et se tassent les horizons / et sont piétinées les étoiles / Entre l'ennemi et l'ami / plus de distinction / entre le veule et le brave / plus de séparation / O vertiges / jument des nausées / Dans quelle époque / quel marécage-purin / de chiens et de phacochères / dansons-nous / au pas de canards constipés.

Copyright © Hawad   La République des Lettre

Voix solitaires sous l'horizon confisqué

Les voix de l’ombre

L’idée de ce livre est née précisément de la distorsion observée entre les commentaires publiés depuis l’insurrection touarègue de 1990 par les grands organes de diffusion médiatique et, par ailleurs, les points de vue des autres acteurs sociaux concernés, ceux qui n’ont pas trouvé le moyen de faire entendre leur opinion au monde extérieur. L’histoire ne peut se construire, comme l’écrivait l’ethnologue américaine Lina Brock (1990 : 72), qu’en « rassemblant les récits qui représentent des prises de position importantes dans une société donnée – (ou dans les) différentes sociétés en présence – » afin d’ « entendre non pas une seule voix mais la conversation à laquelle ces voix prennent part. »    Hawad

Testament nomade

« Et les camions jetèrent le peuple / du turban et des transhumances / au large du désert / où aucune larme de rosée n'amadoue / la langue de la soif / Alors le monde civilisé mit un bandeau de ténèbres sur ses prunelles / et de l'étoupe dans ses oreilles / comme si tous les vents et tous les souffles / de l'univers n'avaient jamais gémi  / de la douleur  et du chagrin / de la veuve Tayort. »

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07-01-09

Les ishomara, entre tradition et modernité

 

LA TESHUMARA

En 1963, les touaregs du Mali se soulèvent contre les nouvelles autorités et fuient la violence. C'est dans la douleur et l'exil que naît la Teshumara, mouvement affirmant l'existence mais aussi la nécessaire évolution du peuple touareg. Les fondateurs de Tinariwen, groupe d'origine malienne réfugié en Algérie, reviennent sur leur histoire.

La teshumara, antidote de l'État - Persée

TINARIWEN

Taghreft Tinariwen qui signifie en tamasheq, « l'édification des pays » 

Tinariwen est un groupe de musique, originaire de Tessalit au nord est du Mali, dans l'Adrar des Ifoghas.

Leur musique, assouf, qui signifie en tamasheq la solitude, la nostalgie, fait la synthèse entre le blues, le rock et la musique traditionnelle touarègue. C'est ce que l'on peut appeler le blues touareg, car comme le blues, il a été crée dans l'exil et la souffrance. Les deux leaders du groupe sont Ibrahim ag Alhabib « Abraybone » et Alhousseini ag Abdoulahi « Abdallah », mais il faut considérer Tinariwen comme une grande famille d'artistes touaregs, un mouvement culturel et un courant musical. Les Tinariwen ne constituent pas une formation figée, les artistes y participent à leur guise. Certains, comme Mohamed ag Itlal dit le «Japonais», contribuent à l'aventure grâce à leurs compositions, mais ne souhaitent pas venir faire les tournées mondiales. → Lire

KOUDEDE

Koudédé musicien touareg

En 1990, quand après un carnage, les touaregs prennent les armes et les pick-up pour affronter les pouvoirs centraux au Mali et au Niger. Changer les roues des bagnoles, dormir sur les sièges de mitrailleuse échapper aux expéditions punitives et apprendre la guitare, fuit en Algérie, en Libye, dégote une vraie guitare et joue pour les réprouvés, les réfugiés et les copains restés dans le sable… Des chansons de rebelles. En 1996, c’est la paix, et « The source » fait le tour du monde.

Arnaud Contreras  Sahara Rocks

Le 24 Data paroles

Le 24 avril est un symbole de paix pour ma génération (X2)  / Au Niger ainsi qu'au Mali, pour la Liberté. / Hommage à tous les militants  / que l'immensité du désert a emporté avec elle. / Hommage à Mano Dayak / Hommage à Touzougé  / Hommage à Infagagan

Ewilla

Au cours de mes transhumances, j'ai fait des rencontres / Les anciens m'ont confié un message pour vous: / N'abandonne pas ta culture / N'abandonne pas ta coutume / N'abandonne pas ta langue / Allons mes frères, n'abandonnez pas votre culture /  Le Niger, le Mali, n'abandonnez pas la culture / Gardons nos pantalons larges, nos grands boubous indigos

 

ATRI N'ASSOUF

Atri n'assouf

Justice

Les valeurs ont bien changé, le mot justice n'a plus sa place, /  nous ne savons plus sur quoi compter / Aidez-moi mes chers amis, / Afin de redresser, / Tous les piliers de la justice, / Car ils menacent de s'écrouler

Leur site

TERAKAFT

terakaft

Bismilla   

Un hymne de la rébellion touarègue des années 90. Un appel à l’unité du peuple touareg et au combat pour la reconnaissance de ses droits

Nous pourchassons les traîtres, nous acculons les ennemis Au nom de Dieu, Nous gagnerons les montagnes Au nom de Dieu, Soulevons-nous avec mes frères .

 

Eric Orsena

Mme Bâ

«Durant toute cette journée, nous n'avons parlé que de ça, la rébellion. La rébellion était leur seul vrai pays. Que reste-t-il à des nomades quand des instances lointaines se mettent un beau jour à élever des frontières à travers le désert ? De quel droit quelqu'un  peut-il interdire à des troupeaux d'aller paître où bon leur semble ? Si son petit Michel ne l'avait pas appelée à l'aide, si elle avait eu le loisir de flâner en chemin, Mme Bâ aurait apprécié ces Touareg : aucune maladie de la boussole, chez eux, aucune manie de l'immigration. Ce désert était leur terre, à jamais. Quelle que soit sa dureté. Que personne, seulement, ne s'avise de les asservir.»

09-01-09

De l'oral à l'écrit

De la tradition vers la modernité

 

Récemment certains jeunes auteurs ont eu recours à l'écriture pour fixer leurs textes. Les tifinagh, alphabet touareg, ne servent traditionnellement qu'à transcrire des messages confidentiels, graver des inscriptions sur roche pour marquer une étape de voyage ou établir des comptabilités fastidieuses. Pourquoi ce passage soudain à l'écrit ? Le contact avec le monde moderne n'explique pas tout. En fait, lorsque le tissu social se déchire comme aujourd'hui chez les Touaregs écartelés entre cinq États différents. la mise en scène littéraire devient impossible : le public qui faisait écho aux œuvres a disparu, la circulation des idées et pensées qui accompagnait celle des hommes est entravée, les valeurs guerrières ne peuvent plus se réaliser, l'honneur est bafoué.  On comprend le figement et le dépérissement progressif des genres littéraires classiques tandis que les nouveaux courants n'ont pu naître qu'en se dégageant des registres anciens .

Hélène Claudot-Hawad   LES TOUAREGS  Portraits en fragments 

Ibrahim Manzo Diallo

Ibrahim Manzo Diallo

ESPOIR

Lune sanctuaire  / De mes rêves / nourris de pleurs, / Miroir où scintille / La soif / De mes poumons / calcinés / Chaque toux / casse une attelle / dans mon gosier de pierre / Chaque plainte / incinère une amarre / dans ma poitrine en feu / Mon cœur est flamme / flamme que couve le chagrin / Ma raison est pollen / pollen que butine l’envie / de voir ces fils d’Imuhar / unis par la Paix / Et dans un concert / de joie / des silhouettes momifiées / effaceront à jamais /  l’horizon longtemps assailli / de mirages / Quelle jument galoper / pour porter le message ? / Quelle pierre lancer sur / l’outre de rancœurs ? / Quelle cantique chanter / pour semer l’amour ? / Espoir / Espoir de Paix / J’ai ce soir / Sous la voûte nocturne / tant besoin de ton murmure!

Ibrahim Manzo Diallo

Souéloum Diagho poète touareg

Souéloum Diagho

Qui je suis ?

Peut-être serez-vous déçu si je vous dis qui je suis. Je suis un targui en manque d'habits qui lui donnent son allure. / Mon 'tagoulmousté, je l'ai perdu le jour de la bataille de la survie. Mon pantalon j'en ai fait des sacs à provision, on l'appelait 'indjalagané' Mon grand boubou, j'en ai fait une tente comme abri. C'était le 'tekatkaté' de ma vie. Ne souriez pas mes amis, ça peut arriver ici.

J'ai entendu parler des indiens d'Amérique, des pygmées de l'Amazonie et ici les hommes du voyage qui sont traqués comme des souris : savez-vous qu'ils ont tous du sang qui coule dans leurs veines et un cœur qui palpite dans leur cage thoracique ?

Le temps est fini où le targui était fier de son allure : un beau chameau blanc avec tous ses bagages, son sabre et son javelot mérité.

Maintenant il est devenu un 'achamauré,  le chômeur ou un 'échekér'.

Corde usée à la portée de tous : il ne rêve plus de la princesse assise sous le palmier dans l'attente de son amour, ni de la bataille de bravoure sous les éloges de tous.

Le beau temps d'hier est fini, mais on peut toujours espérer qu'il reviendra un jour. 

La vie sans espoir est comme l'amour sans projet d'avenir.

Je suis enfant de sable, enfant de nuit

Je suis sombre et nu, comme toi la nuit, je navigue au-delà de tes chemins diurnes, je cherche les sentiers flamboyants qui rythment la vie. Je suis silencieux et profond comme toi la nuit, comme le désert à l'approche de ta venue.

Je suis enfant de sable, enfant de nuit, mes yeux volent dans le noir qui t'a nourri. Mes oreilles bourdonnent de peur quand tes ondes frémissent, la brume et les ténèbres sont le fruit de ton travail assidu. A l'approche de la nuit les guerriers qui luttent pour les nations perdues crient leur désespoir. Comme les cris des loups qui se rassemblent pour la fête de minuit, sauvages et terribles, ils sont quand même dans l'oubli. 

Enfant, j'ai grandi dans le sable loin des villes en écoutant les berceuses des nomades qui évoluent vers les frontières de l'oubli, avec comme seul repère, le clair de lune et ses rayons d'argent éclairant les terres qui ont contenu la misère de l'enfant sans patrie, sable mouvant étendu comme une page sans écriture. La trace des chercheurs reste inscrite comme un graffiti que fait le poète en commençant sa poésie. 

Enfant, le jouais à cache-cache dans la nuit avec mes amis. Le souvenir reste encore soutenu dans la part innocente de ma vie.

Souéloum Diagho

Ahmed Boudane peintre touareg

 

12-01-09

Touareg, nomades hier ...

Caravane de la soif, poèmes de Hawad

Hawad

Ces gémissements, paroles de fièvres embrasées devant la source tarie, je les dédie à Tellent, aux mirages vagues de dune, à l'errance du vent, au concert du silence et aux oreilles de l'oubli, seule étoile de ma caravane divaguant à travers les tempêtes qui ont brisé la charpente constellée des tentes nomades.

Le nomade

Il est enturbanné de soleil / vêtu d'une robe de scorpions / chaussé d'épines / Il s'appuie sur la vipère fourchue / Il a domestiqué l'essuf / La mort s'écarte de son sentier 

Devant lui les montagnes de feu s'effondrent / Derrière lui le tapis de la terre s'enroule

Son chemin est tracé par la soif / comme le jet ébloui de l'étoile filante / au-delà des abîmes / son appui murmure sans rêve / Toi crête de l'univers / sois cheville / et tête de la pyramide

Hier l'armée d'acier a brûlé sa tente / La sécheresse a balayé ses enclos

Sa femme est au puits / drapée de chiffons gris / grimaçante sinistre / visage enduit de cendres / tresses dénouées / veuve fantôme

Ses enfants plient genoux / dans les marécages du venin / Creux de la famine / Entraves de la misère / Couche galeuses / Couvertures de vermines

Pâturages champs clos / Tornades de fumées / Ses chemins s'entassent dans les filets cloutés / mis en cellule / boîtes de conserve

Le nomade entre dans la cité / pour acheter trois mesures de blé / Ceux qui vénèrent le béton / lui crachent au visage / lui jettent dans le dos / les os de ses moutons / Hurlements de la ville / Soit maudit nomade / renard voleur pillard traître / sauvage compagnon de l'araignée / frère du chameau

Il quitte le marché / pour les étoiles / indifférent exalté / il n'entend que le son de ses pas / poussière qui l'enveloppe / violon qui harmonise / en un seul son / le passé et le futur / boucle inondant l'instant présent

Au-delà de ce temps / il regarde / et accompagne le jet des âmes / qui débordent la vie / pour la tente d'Inta / et l'aridité d'Abat / où l'existence devient mousse de lumière / dans l'océan des mirages miroirs

Il retourne à ses plaintes en chantant / mélodie de l'errance

A celui qui ne crache pas sur le déshonneur / demain les contraintes crèveront les yeux / Pour qui ne s'est pas délié / des chaînes de la servitude / les nœuds ne se démêleront pas / qui attachent la trousse des délices / de la graine étincelle

Hawad

Silhouette Caravabe de la soif

Exil

L'exil m'érode, tige dans la tempête de dune / Les vertiges, nausées du sevrage, me renversent / chiffon que le vent agite / sur les piquets des campements désertés / Le parfum de la nostalgie m'étouffe / comme un enfant entraîné par le reflux des vagues / Le soleil dessèche mon cœur / Mes yeux sont tannés par le regard de l'étrangeté / grimaces de fantômes / Les soucis ont creusé mes tempes / des rivières, marques de la vie / rides d'une pastèque abandonnée / sur les pas de la caravane / qui relie Ghadamès à Tombouctou / Mes souvenirs sont figés dans les mirages du temps / Aujourd'hui, des milliers de milliers d'étapes / vallées de vipères, falaises de fumées-ténèbres / me séparent des campements de jadis / où les corbeaux ont dévoré les rayons de la vie nomade

L'exil me noue comme les cordes de marins

L'angoisse m'élime en une aiguille de douleur

Des années et des années sont passées / Je suis la trace de mes rêves / Tant de nuits ont coulé derrière moi / Je danse dans les flammes

J'ai goûté la sève des fruits de tout l'univers / les parfums de toutes les fleurs / menthe, jasmin, grenadier / fraîcheur du palmier / jardins, ombres des palais / mosquées du lointain orient

J'ai écouté l'écho des larmes / métissage de tous les accords / Je me suis bercé à toutes les aurores-balancelles

Mais rien n'a adouci mes gémissements

J'ai dit / Où sont les tentes de jadis / imprégnées de l'indigo d'ahal ? / Où sont les tentes d'autrefois / ouvertes vers l'horizon des étoiles / le désert de la liberté errante ? / Où sont les saisons de la transhumance / Cours d'amour et de beauté ? Où sont les plaines de mirages / où pâturent les jeunes chamelles / aux gazelles mêlées / gardées par des garçons / tresses serrées dans la ceinture

O jusqu'à présent, j'entends les cris de joie / des braves guerriers / Je vois encore dans le soleil couchant / la silhouette des antilopes au cou élancé / les maîtresses de l'ahal / Sourire de la lune

Kha ! caresse fine des doigts / sur le violon de l'honneur / qui nous allie au toit des constellations / hors du temps

Khay ! Mes brûlures n'ont pas de remède / car mes rêves sont emportés / dans les tourbillons d'acier / des machines-dragons / entre la patte des hyènes

Quelle erreur de confier le gouvernail / du vaisseau de la vie à des épouvantails / qui le font dériver dans la tempête

Nous emporterons l'étincelle de cet exil / jusqu'au trône des galaxies / au royaume des éclats qui plongent / dans les océans de lumière / Car la douleur de notre exil se confond / avec celle des gémissements de l'âme / voyageuse / des corps-pierres jusqu'à l'absolu

Hawad 

Hawad tifinagh

Au fils du nomade

Chausse tes sandales / et foule le sable / qu'aucun esclave n'a piétiné / Éveille ton âme / et goûte les sources / qu'aucun papillon n'a frôlées / Déploie tes pensées vers les voies lactées / dont aucun fou n'a osé rêver / Respire le parfum des fleurs qu'aucune abeille n'a courtisées / Écarte-toi des écoles et des dogmes / Les mystères du silence / que le vent démêle dans tes oreilles / te suffisent / Éloigne-toi des marchés et des hommes / et imagine la foire des étoiles / où Orion tend son épée / où sourient les Pléiades / autour des flammes de la Lune / où pas un Phénicien n'a laissé ses traces / Plante ta tente dans les horizons / où aucune autruche n'a songé à cacher ses œufs / Si tu veux te retrouver libre / comme un faucon qui plane dans les cieux / l'existence et le néant suspendus / à ses ailes / la vie la mort

Hawad

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